ENLÈVEMENT DE PAUL ISMAËL BORO ET MOUSSA KIMBIRI

Quand un Procureur de la République se ridiculise


De l’avis de Mahamadou Bandjougou Diawara, Procureur de la Commune III, à la faveur d’un point de presse qu’il a animé le lundi 03 septembre 2018, les détenus Moussa Kimbiri et Paul Ismaël Boro sont poursuivis pour « crime et délit contre la sureté intérieure de l’Etat ». Ce magistrat aurait certainement mieux fait de se taire. Mais hélas !

C’est une semaine après l’enlèvement de Paul Ismaël Boro et Moussa Kimbiri que le Procureur Mahamadou Bandjougou Diawara a aminé un point de presse pour donner des éclaircissements sur les raisons et conditions de détention des « prévenus ». A ses dires, Paul Boro et Moussa Kimbiri sont détenus pour « crime et délit contre la surété intérieure de l’Etat ».

Et de préciser qu’ils ont été arrêtés suite à des « informations par rapport à des faits qui, s’ils étaient avérés, pourraient constituer des infractions, crime et délit contre la surêté intérieure de l’Etat ».

Il a précisé que c’est lui qui a instruit au service d’investigation judiciaire de la Gendarmerie de mener l’enquête. Toute chose qui, à ses dires, a conduit à l’arrestation de Paul Ismaël Boro et de Moussa Kimbiri.

Avant de souligner qu’ils ont été interpellés pour, dit-il « vérifier l’information susmentionnée, qui concernerait d’autres personnes… »

Evoquant le délai de garde-à-vue, il a révélé qu’ils ont dû le proroger de 24 heures pour avoir des compléments d’informations. Il a aussi indiqué qu’il ne lui est pas possible de « donner suite à une enquête tant que le mot d’ordre de grève illimitée des magistrats n’est pas levé. Je ne peux pas faire un traitement sélectif pour ces deux… Cette grève est un cas de force majeure », a-t-il laissé entendre.

Sur leurs conditions de détention, il a signalé que les dispositions sont prises pour qu’ils jouissent de tous leurs Droits.

 Entre dérive et incompétence

Le Procureur Mahamadou Bandjougou Diawara vient assurément d’endosser une grande responsabilité pour qui sait que les personnes citées (Paul Ismaël Boro et Moussa Kimbiri) n’ont pas été arrêtées à l’issue d’une procédure légale, mais extra-judiciaire. Ils ont été plutôt enlevés et détenus dans les locaux de la sécurité d’Etat, avant d’être remis au camp I de la Gendarmerie. Le Procureur Diawara assume donc là une grosse, très grosse responsabilité.

Aussi, il tente maladroitement de falsifier les faits en indiquant que c’est lui qui a instruit au service d’investigation judiciaire de la Gendarmerie de mener l’enquête ayant conduit à l’arrestation de Paul Ismaël Boro et de Moussa Kimbiri. Il est magistrat certes, mais l’histoire est le meilleur juge car la vérité a beau être cachée, elle finira par passer la nuit à la belle étoile.

Les personnes sus-indiquées ont été confiées à la Gendarmerie 48 heures après leur enlèvement. En clair, le Procureur ne s’est invité dans le dossier qu’après ce qu’il convient d’appeler le kidnapping. Et pour ce motif (enlèvement), le code de procédure pénal lui enjoint d’ordonner immédiatement leur libération. Mais non ! Le voilà qui prétend que c’est lui qui ordonné l’enlèvement ! Tant pis ! L’histoire jugera !

Le Magistrat pousse le ridicule plus loin en affirmant que les deux interpellations ont été opérées pour, dit-il, «vérifier l’information susmentionnée», à savoir, les «infractions, crime et délit contre la sureté intérieure de l’Etat». Incroyable mais vrai !

Nous voilà donc un Magistrat, un Procureur de surcroit, qui ne dispose d’aucun élément et qui procède à l’arrestation de citoyens en vue d’étayer ses accusations ! Alors de deux choses l’une : ou Monsieur n’a pas assimilé ses cours de droit ou il tente maladroitement de faire du juridisme ! Dans l’un et l’autre cas, il déçoit amèrement et ne mérite nullement son fauteuil !  Il aurait mieux fait de se taire ou de démissionner pour l’honneur !

Enfin, Monsieur le Procureur de la République se dit incapable de « donner suite à une enquête tant que le mot d’ordre de grève illimitée des magistrats n’est pas levé. Je ne peux pas faire un traitement sélectif pour ces deux… Cette grève est un cas de force majeure ».

Sacré Procureur ! C’est bien au cours de la grève des Magistrats qu’il a reconnu avoir ordonné l’ouverture d’une instruction sans attendre la fin du mouvement ! Et prétendre qu’il ne peut rien entreprendre avant la fin de cette grève est l’argument le plus fallacieux qui puisse exister. Et pour cause ! Tout Procureur, excepté lui, a l’opportunité de poursuite ou de classer un dossier. Mais il l’a dit lui-même : lui n’en a pas la compétence, donc INCOMPETENT, il l’est ! C’est lui-même qui le dit : « Je ne peux pas…» !

Merci Monsieur le Procureur ! C’est compris ! Ce sera retenu contre vous !

Batomah Sissoko