MICHEL TOMI À BAMAKO VIA CONAKRY

Déjà un entretien de plusieurs heures avec Boubeye, Camara, Karim Keïta, Chabane… en attendant d’être reçu par IBK. Les non-dits d’une visite

C’est depuis le tarmac de l’aéroport, le 08 Avril dernier que le Corse a été accueilli et conduit dans sa résidence privée à la Cité du Niger sous escorte de quatre véhicules aux vitres teintées et non immatriculés. Ici, dans sa villa de ce quartier huppé, il a reçu des personnalités et non des moindres. Les enjeux du moment laissent quelque peu entrevoir les raisons de ce séjour bamakois.
C’est en effet le samedi 08 Avril dernier que Michel Tomi est arrivé à Bamako en provenance de Conakry en compagnie de six autres personnes.  Naturellement, les mystérieux visiteurs n’ont pas respecté les formalités comme tout autre passager. Ils étaient attendus au pied de la passerelle et se sont engouffrés dans des véhicules non immatriculés et aux vitres teintées venus les accueillir. Et de l’Aéroport Bamako-Sénou, ils ont été directement conduits dans une villa à la Cité du Niger laquelle, selon nos sources, semble bien être la propriété privée de Tomi Michel lui-même. 
Le lendemain de leur arrivée, le visiteur (Tomi Michel) a tour à tour reçu Soumeylou Boubeye Maïga), secrétaire Général de la Présidence, le sulfureux fiston national Karim Keïta et Chabane, l’Homme à tout faire du président IBK. Il est évident qu’il a déjà été reçu par IBK en personne.
Signalons qu’à Conakry, il a reçu un proche de d’Alpha Condé répondant au nom de Modibo Traoré cité dans de nombreuses affaires pour le moins sulfureuses. On peut dire autant de ses premiers hôtes de Bamako. Rappelons à toute fin utile que le visiteur est aujourd’hui inculpé en France pour «corruption d’agent public étranger», «complicité de faux et d’usage de faux», «abus de confiance», «complicité et recel d’abus de biens sociaux», «faux et usage de faux», «travail dissimulé» et «obtention indue d’un document administratif»… A la suite de son audition, le juge d’instruction chargée de l’affaire, l’a mis en garde-à-vue et il dut payer 2 millions d’euros en vue d’une liberté provisoire malheureusement pour lui, assortie d’une interdiction de sortie du territoire. Certainement que cette dernière mesure a été levée. D’où son séjour Bamakois.
Les probables raisons d’une visite
Difficile, avouons-le, de connaître les véritables raisons de cette intrigante visite de Tomi Michel à Bamako. Mais ce ne sont pas les indices qui manquent.

Il y a d’abord cette affaire toujours d’actualité en France dans laquelle son nom et celui du président malien ont été cités. Il s’agit de l’affaire dite «BIENVENUE PLACE BEAUVAU». Un livre sorti en fin Mars évoquant l’existence d’une police secrète au service exclusif du Président François Hollande. Tomi Michel est aujourd’hui fortement soupçonné par des candidats à la présidentielle française d’être impliqué, voire être membre à part entière de cette police dont la mission était de couler les adversaires politiques de Hollande. C’est bien dans cette affaire que le nom du président malien est apparu. Un rappel des faits :

IBK, une simple marionnette ?
A en croire les auteurs du livre, des policiers et magistrats ont été chargés de filer Tomi, et constituer un dossier non contre le Parrain des Parrains, mais plutôt contre Manuel Valls également candidat à la présidentielle. Soit dit en passant, les faits se déroulent au moment où Hollande n’avait pas encore renoncé à sa candidature en 2017. Sa police secrète avait donc mission d’éliminer tous les potentiels obstacles à sa réélection. Manuel Valls et Fillon étaient visiblement de ceux-là.
Toujours est-il qu’à la suite des investigations de la «Police secrète» en question, fut mise à jour l’affaire de l’achat du Boeing présidentiel d’IBK sanctionnée par l’inculpation de Tomi Michel pour «corruption d’agents publics étrangers» et «blanchement de fraude fiscale».
Mais en quoi Manuel Valls peut-il être affecté par l’inculpation de Tomi Michel ? Les auteurs du livre nous livre la réponse : «leurs papiers [le rapport de la Police secrète] sur le parrain des parrains a été un gros motif de contrariété pour Manuel Valls... Ses ambitions africaines s’effondrent lui qui comptait sur son sherpa subsaharien Ibrahima Diawadoh N’jim pour lui ouvrir les portes de la région […].

Dans le carnet d’adresses de Diawadoh N’jim, «le Marabout de Valls» comme certains l’appellent, figure en bonne place IBK».

A croire donc que le but de la manœuvre était de nuire à Manuel Valls et à peine si les auteurs du livre ne soupçonnent Tomi Michel d’être membre à part entière de la Police secrète de François Hollande, en tout cas, au regard des déclarations du Corse : «On [IBK et moi] a voyagé avec deux policiers français et à l’arrivée, le GIPN (Groupement d’intervention de la Police Nationale) nous a escortés». Avec gyrophare et deux- tons».
S’il en est ainsi, pourquoi alors a-t-il été interpellé et inculpé pour «corruption d’agents publics étrangers» ? Pour de simples formalités ! Car après tout, le Corse se trouve à l’heure actuelle en liberté sous caution et ajoutent les auteurs du livre, «comme certains enquêteurs le redoutaient, les investigations vont faire long feu sur le volet international» («Le Sphinx» N° 637 du vendredi 14 Avril 2017).
Au regard de ce qui précède, le Corse serait-il venu se justifier auprès d’IBK ou ce sont juste les affaires qui reprennent ?
Tomi Michel intéressé par les mines d’or, la Construction de routes, des chemins de fer et autres infrastructures au Mali
L’on sait d’ores et déjà que le Corse était accompagné de six autres personnes, probablement des hommes d’affaires proches de lui. L’on est donc tenté de croire qu’il s’agirait aussi et surtout de business.  Il nous revient en effet, que le visiteur a effectivement repris du service et mise sur le Mali en l’occurrence dans le secteur minier, la construction de routes et de chemins de fer, la sécurité... L’on sait d’ores et déjà que c’est la société privée Gallice dirigée par un des ex-patrons de la Gendarmerie française qui a obtenu le marché de la garde présidentielle malienne. Ce dernier a été présenté à IBK par Tomi Michel. Une des raisons de son inculpation en France.

Tomi et l’élection présidentielle malienne de 2018


Tomi Michel, on l’a constaté suite à son implication dans la sphère politique française, n’a pas que du business à faire. Il est aussi un faiseur de roi surtout en Afrique. Il est soupçonné d’avoir tripatouillé une élection présidentielle au Gabon. Et c’est une bouche autorisée qui l’affirme.  
Suite à un film documentaire publié en France au mois de Février dernier, Pierre Péan, 79 ans, «Spécialiste de la Mafia Corse, ex-confesseur de Mitterrand, enquêteur émérite parfois contesté, infatigable chasseur de scoops et auteur d'une trentaine d'ouvrages» est interviewé par la chaîne TéléOb. Voici un passage de l’interview :

Question : « Pourquoi vous intéresser à la mafia corse ?

Pierre Péan. «Je ne me serais jamais intéressé aux Corses si je ne m'étais pas intéressé à l'Afrique. En 1962, je suis au Gabon [Pierre Péan est alors attaché de cabinet du ministre des Finances, NDLR]. Déjà, je remarque la présence de Corses. Une trentaine d'années plus tard, en 1993, alors que je suis conseillé du chef de l'opposition gabonaise Paul Mba Abessole, je vois des Corses intervenir dans la mécanique pour casser le résultat de l'élection présidentielle et conforter le pouvoir d'Omar Bongo. J'entends des noms : Michel Tomi, Robert Félicitai… Je commence à les suivre, à observer leur évolution. Ces "Corsico-africains" ont été, pour moi, la porte d'entrée vers ce sujet». (Source : http://teleobs.nouvelobs.comx –  Titre « mafia-république- Enquête en eaux troubles ».
Que dire alors de cette visite incongrue à Bamako à quelques encablures de l’élection présidentielle malienne de 2018 ?

Batomah Sissoko et A. Dramé

 

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