QUI A PEUR DU PROCES DE SANOGO ET COMPAGNIE ?

Les analyses ADN commanditées sont à Bamako depuis plus de quatre mois

 

Qui a peur d’un procès de Sanogo ? Cette question vaut son pesant d’or car les analyses Adn réclamées par les avocats du général Amadou Haya Sanogo et réalisées par l’Institut Mérieux sont arrivées au Mali depuis la fin du mois de novembre 2017, mais du côté de la justice les choses ne bougent toujours pas, pendant que les mis en cause sont maintenus en détention, au-delà du délai légal. Au même moment, des démarches sont entreprises, soi-disant dans le cadre de la réconciliation nationale, pour proposer une compensation aux familles des victimes, en lieu et place d’un procès de tous les dangers, surtout dans la situation actuelle du pays. 

 Ironie du sort, c’est l’actuel Premier ministre, alors ministre de la Défense dans le premier gouvernement mis en place par le président IBK, qui a beaucoup contribué à l’arrestation du capitaine bombardé général d’armée, Amadou Haya Sanogo. Depuis lors, les deux hommes sont devenus des ennemis jurés et les partisans de l’ex-chef putschiste n’ont jamais caché leur antipathie pour celui qu’il considère comme le tombeur du chef de l’opaque Cnrdre.

L’histoire retiendra que c’est le même Soumeylou Boubèye Maïga qui devient Premier ministre, tout juste au moment où le procès de Sanogo et compagnie, incarcérés depuis plus de trois ans pour certains et quatre ans pour d’autres, doit reprendre car rien ne s’y oppose plus désormais.
Curieusement, le pouvoir traine les pieds et ce procès ne semble même pas trouver sa place dans l’agenda des activités de ce premier semestre de 2018, où il n’est question que des préparatifs de l’élection présidentielle. Un dossier aussi encombrant que celui de Sanogo et compagnie pourrait venir tout perturber.

L’on se rappelle que ce procès très attendu, qui n’a d’ailleurs jamais sérieusement démarré, a été suspendu suite à la demande d’analyses ADN en mesure de confirmer ou d’infirmer que les corps retrouvés dans le charnier de Diago sont bien ceux des 21 Bérets rouges portés disparus et dont on dit qu’ils ont été enlevés, séquestrés et ensuite assassinés par des éléments de la junte du capitaine-général, Amadou Haya Sanogo.

C’est une exigence des avocats de la Défense qui ont rejeté les analyses qui se trouvaient dans le dossier, pour la simple raison que, selon eux, les experts n’ont pas été choisis dans des conditions légales. Effectivement, au cours de ce procès, la pièce essentielle de l’accusation, qui portait notamment sur les expertises, a été contestée. Le juge, dans sa souveraineté, a ordonné une nouvelle expertise. C’est sur cette base que la justice fit appel à l’Institut Mérieux, connu pour son sérieux et son professionnalisme afin de procéder aux analyses ADN.

Répondant à des allusions et reproches selon lesquels il avait peur de juger le capitaine-général Amadou Haya Sanogo, suite au renvoi du dossier pour attendre les expertises en question, Me Mamadou Ismaïla Konaté, en ce temps-là encore ministre de la Justice, avait répondu sans sourciller : « Je n’ai pas peur lorsqu’il s’agit du droit et je n’ai pas peur lorsqu’il s’agit de l’application de la loi. L’expertise va être prête au plus tard la fin octobre ».

Il parlait d’octobre 2017. Même si cela a pris un mois de retard par rapport au délai qu’il avait annoncé, il faut préciser que depuis la fin du mois de novembre dernier, il n’y a plus d’obstacle à la poursuite de ce procès parce que les analyses attendues sont bel et bien parvenues au Mali, tout juste au moment où Me Mamadou Ismaël Konaté rendait le tablier. Et une de nos sources de laisser entendre que s’il était encore en poste, certainement que ce dossier aurait évolué car c’est avec lui que ce procès a pu être ouvert et en arriver à ce stade-là.

De toute façon, cela fait déjà plus de quatre mois que ces analyses dorment dans des tiroirs, pendant que les familles des victimes, qui ont encore du mal à faire leur deuil, attendent encore cet hypothétique procès.

Alors, voguent la confusion et les supputations, surtout qu’il se raconte que des médiateurs entrés en action auraient pris contact avec des familles des victimes pour leur demander de faire violence sur elles-mêmes pour pardonner et d’accepter en contrepartie une prise en charge des enfants laissés par les victimes comme pupilles de la Nation, l’octroi d’une maison de type logement social pour chacune des familles et en plus le versement d’une vingtaine de millions de nos francs. Selon, ce qui se raconte, ce projet rentrerait dans le cadre de l’allure générale de réconciliation nationale pour recoudre les différentes déchirures du tissu social malien depuis la série d’événements douloureux de 2012-2013.

 

Accepter pareille proposition serait trahir la mémoire du défunt


Une des familles approchées pour vérification par nos soins nous apprend qu’elle ne sait pas de qui émane cette information, mais qu’elle leur est parvenue par les on-dit. De façon plus précise, personne n’a pris contact officiellement avec un seul membre de la famille pour leur faire pareille proposition qu’elle n’accepterait pas parce que ce serait trahir la mémoire du défunt qui a besoin qu’on lui rende justice.

Pour les familles des victimes, il n’y a plus aucune possibilité de faire machine arrière depuis l’ouverture du procès qui doit être mené à son terme par la justice malienne, non seulement pour la mémoire des victimes, mais aussi pour faire éclater la vérité à consigner dans l’histoire du Mali. En d’autres termes, puisque les accusés clament leur innocence, il faut que la justice tranche et situe la responsabilité de chacun des accusés dans cette affaire.

Mais le gros problème, c’est la tenue de ce procès qui risque de ne pas intervenir avant l’élection présidentielle prévue pour le 29 juillet prochain. Officiellement, on risque d’évoquer une question de sécurité pour ne pas le rouvrir. Mais si l’insécurité ne doit pas empêcher la tenue de l’élection présidentielle concernant l’ensemble du territoire, comment pourrait-elle empêcher une bonne distribution de la justice, surtout dans un dossier comme cette affaire de disparition des 21 Bérets rouges pour laquelle des gens se trouvent inculpés et détenus au-delà du délai légal prévu par la loi.

La non-tenue de ce procès, justement, renvoie à la question de leur mise en liberté provisoire tant demandée par leurs avocats et il va falloir que l’Etat, à travers sa justice, se décide enfin à avoir la bonne conduite. Si le Mali se montre défaillant, la justice internationale est prête à prendre le relais, notamment la Cour pénale internationale dont la Procureure, Mme Fatou Bensaouda, a déjà annoncé la couleur. En effet, le gouvernement de la Transition, avec un certain Malick Coulibaly comme ministre de la Justice, avait saisi la Cpi pour les crimes commis au nord du pays. Mais dans sa réponse, la Cpi avait confirmé être compétente pour les crimes commis aussi bien au nord qu’au sud du pays. Ce que Fatou Bensouda a confirmé lors de sa visite au Mali l’année dernière.

Quoiqu’il advienne, il est difficile à Amadou Haya Sanogo d’échapper au couperet de Dama Justice car en dehors de ce dossier concernant les Bérets rouges, il doit répondre de ses actes dans une autre affaire plus embarrassante, notamment les crimes commis suite à la mutinerie du 30 septembre 2013 où il s’est débarrassé de ses proches encombrants dont le chef de sa sécurité personnelle et du colonel Youssouf Traoré, entre autres meurtres constatés. Nous reviendrons prochainement sur ce dossier de la mutinerie avec des détails croustillants.

N.S.