SALON INTERNATIONAL DE L’INDUSTRIE DU MALI

400 millions FCFA pour du pipeau

Les industriels n’ont pas répondu favorablement à l’appel du ministre Mohamed Aly Ag Ibrahim au sujet de « son » Salon de l’industrie, parce qu’ils n’y trouvent aucun intérêt. A tel point que pour sauver son honneur et ne pas paraître ridicule devant le président de la République, le ministre se voit obligé de démarcher individuellement les industriels, en utilisant le nom de ce dernier qui ne serait pas content, selon lui, de voir que les opérateurs économiques du Mali ne sont pas mobilisés, alors que le chef de l’Etat turc, Erdogan, sera à Bamako à l’occasion de ce salon.

 Peut-être que si le ministre du Développement industriel, Mohamed Aly Ag Ibrahim, s’y était pris autrement, il n’allait pas se retrouver dans une situation où il est obligé de démarcher individuellement les industriels, les suppléant de se mobiliser pour la première édition du Salon international de l’industrie au Mali (Sim) dont il a fait son propre business. Effectivement lui seul, en tant que ministre, s’occupe quasiment de tout.

« Il n’appartient pas à un ministre d’organiser un salon de l’industrie et de se comporter comme le chef d’une agence de communication événementielle, alors que nous attendions de lui des mesures concrètes. Il ne sert à rien de dépenser autant d’argent, de déplacer le président de la République pour y faire un beau discours, alors que dès le lendemain du salon, les industriels vont retourner à leur misère » nous confie un industriel.

Un autre de renchérir : « Après le salon du Made in Mali si bien organisé par l’Organisation patronale des industriels (Opi) où il y a eu un panel qui a cerné, pour la énième fois, les problèmes de l’industrie malienne, en plus du forum des investisseurs organisé par le Gouvernement et qui a pris en charge des questions stratégiques qui concourent au développement des activités industrielles, le salon de Mohamed Aly est du superflu ».

Vous l'aurez remarqué,  tous les industriels que 'Le Sphinx" a interrogés ont requis l'anonymat,  de peur de répresailles de la part du Ministère qui n'hésitera pas de leur envoyer le fisc

Le « salon de Mohamed Aly », voilà comment dans les milieux d’affaires on désigne cette affaire comme pour prouver le dédain manifesté vis-à-vis de ce projet et en même temps faire ressortir le démarcage des industriels qui ont autre chose à faire que de jouer au faire valoir pour un ministre.

Dès la cérémonie de lancement du compte à rebours de ce salon, le Premier ministre a été témoin d’un fait qui devait pousser le gouvernement à comprendre que des grincements de dents commençaient à se manifester. En effet, le président du Conseil national du patronat du Mali (Cnpm) dans son allocution, devant l’Ambassadeur de la Turquie dont le pays est l’invité spécial, a demandé ouvertement que le Patronat soit mieux impliqué dans l’organisation dudit salon, à travers le groupement professionnel des industriels qu’est l’Opi.

C’était une véritable alerte pour le gouvernement qui devait comprendre à travers ces mots, que le salon n’était pas encore, jusqu’au démarrage du compte à rebours, l’affaire d’industriels du Mali bien qu’ils soient les premiers concernés. L’occasion était bonne de se demander : pourquoi donc organiser ce salon pour y engloutir 400 millions de FCFA.

En plus, en guise de pré salons dans les régions, comme proclamé haut et fort, ce ne sont que des one-man-shows du ministre du Développement industriel suivis de débats hors sujet. Comme quoi, le Salon n’est visiblement pas la préoccupation des opérateurs économiques rencontrés sur place.

« Que va-t-on faire dans un salon au moment où l’Energie du Mali nous empêche de travailler parce que son directeur général nous a écrit pour nous demander de ne pas user du courant la journée pour que les ménages puissent être servis comme il le faut ? Il y a des questions urgentes et d’importance stratégique sur lesquelles devait se pencher le Ministre, au lieu de se transformer en organisateur de salon », affirme un autre industriel, apparemment très remonté contre le Ministre.

« Qu’on ne nous divertisse pas avec ce salon »

« Les Turcs viendront uniquement pour explorer le marché malien et se contenter du minimum, à savoir trouver un représentant commerçant pour fourguer leur production au Mali et nous concurrencer davantage car à l’heure actuelle il n’y a aucune condition permettant à une industrie de se développer correctement au Mali » déplore un autre industriel ».

Un homme d’affaire rencontré dans le cadre de nos investigations et qui n’est pas même pas un industriel, attire notre attention sur le fait qu’il y a eu des contacts poussés entre opérateurs économiques turcs et maliens, avec un déplacement d’opérateurs maliens en Turquie, mais cela n’a pas permis d’atteindre les résultats attendus car, après étude de la situation du Mali, les industriels turcs s’étaient rendu compte que l’environnement industriel du Mali n’était pas favorable. « D’ici-là rien n’a changé alors qu’on ne nous divertisse pas avec ce salon » s’exclame-t-il, avant d’ajouter : « Il avait prévu de tenir la première édition du salon en 2017 selon son programme d’urgence pour l’accélération de l’industrie malienne. Mais il n’a pas pu et l’Opi l’a bien fait avec le salon Made in Mali, une initiative qui a abouti à l’édition d’un annuaire du Made in Mali. Le ministre Mohamed Aly force les choses pour inscrire dans son bilan qu’il a organisé un salon qui ne sert à rien dans la situation actuelle de l’industrie malienne ». Vous l’aurez remarqué tous nos interlocuteurs ont parlé sous le sceau de l’anonymat parce qu’ils craignent les représailles du ministre qui risquent d’être terribles ; en leur envoyant le fisc par exemple.

Aménager des zones industrielles viables et fonctionnelles ; solutionner l’accès difficile au marché sous-régional et régional ; protéger les industries maliennes contre le dumping pratiqué sur le sol malien par des entreprises de pays voisins, notamment avec les faux certificat d’origine ; régler les problèmes de transports liés au manque d’infrastructures de mobilité ; résorber le déficit énergétique ; orienter la commande publique vers le Made in Mali comme l’ont toujours demandé les industriels pour booster leur production ; appliquer un taux de Tva spécial à l’industrie ; harmoniser le point de vue de la douane et celui des industriels sur certaines questions constituant des divergences profondes ; résoudre la problématique de l’approvisionnement en matières premières ; réduire les coûts des facteurs pour rendre l’industrie malienne plus compétitive et aussi améliorer l’environnement juridique des affaires pour encourager l’investissement. Telles sont les attentes fortes des industriels pour lesquelles, jusqu’à présent, le ministère du Développement industriel n’a pu répondre et les réponses ne se trouvent pas dans ce salon international de l’industrie malienne programmé du 19 au 21 avril 2018.   

Si le président IBK a voulu réaliser un grand coup avec la création du ministère du Développement industriel, la montagne aura finalement accouché d’une souris car l’animateur de ce Département a plus vendu son image que de faire du Développement industriel.

C’est tellement vrai que depuis la création de ce Département, les textes de référence notamment en matière de politique industrielle de façon générale et de politique de développement de filières (les rares qui existent) datent encore de la période où ATT gérait le Mali. Aucune innovation de la part du ministère du Développement industriel et à l’heure du bilan, on se rendra compte qu’il y a eu beaucoup de bruit et très peu d’avancées.

Mais puisqu’il dit qu’il faut soutenir le président de la République, les industriels risquent de se pointer à la cérémonie officielle d’ouverture pour retourner à leurs affaires sitôt celle-ci terminée. Une cérémonie qui se tiendra dans une salle qu’on remplira avec une mobilisation montée loin des milieux d’affaires afin que le vernis puisse bien prendre.

N.S.