LES MOLLAHS ET LA PRESIDENTIELLE DE 2018

IBK et Sabati 2012 victimes de leurs propres jeux

Il a promis l’impossible aux groupes religieux en 2012 et n’a, évidemment pu tenir ses engagements. Et du coup, il a perdu toute crédibilité auprès de ces organisations religieuses aujourd’hui très politisées et désormais consciente de leurs forces.  Avec le recul, l’on s’aperçoit clairement qu’il n’avait aucun moyen de tenir promesses. Mais de quelles promesses s’agissait-il ?

C’est le 14 juillet 2013 dans la salle Bazoumana Sissoko du Palais de la culture Amadou Hampathé Ba que le Mouvement Sabati 2012 a présenté son fameux mémorandum revendicatif aux candidats retenus pour l’élection présidentielle de l’année. La cérémonie était placée sous la présidence du président du mouvement Moussa Boubacar Bah entouré de plusieurs délégués venus de toutes les régions du pays.

Il eut, ce jour-ci, de grandes déclarations. Tenez : aux dires du président dudit Mouvement, «il est temps que les musulmans se mobilisent pour élire un homme capable de diriger le Mali dans la dynamique du changement de comportement». Et Messa Mory Konaté, un membre du bureau national de Sabati 2012 : «le monde entier est convenu que la cause essentielle de la crise qui secoue notre pays est la mauvaise gouvernance… Alors voter le 28 juillet prochain est le seul moyen pour opérer le changement souhaité par les Maliens».

Et le vendredi 19 juillet de la même année, les mêmes intervenants organisèrent une rencontre chez le Chérif de Nioro (lui-même présent), dans les locaux de sa Zawiya. C’est ici, qu’ils confirmèrent leur choix sur IBK lequel à leurs dires, s’est engagé à respecter tous les termes du contrat à lui proposés (lire le mémorandum). Les dés étaient dès lors jetés.

Un jeu de dupes

L’histoire retiendra qu’aucun point de revendication de Sabati 2012 n’a, à ce jour, été pris en compte par le seul candidat s’étant engagé à les mettre tous en œuvre. Malgré ce constat, de l’autre côté, nul n’a dit mot. Il nous revient que les principaux leaders du groupe, hormis le Chérif de Nioro, ont reçu d’importantes sommes pour leur silence. Et le chérif de Nioro ayant constaté cette «haute trahison» a pris ses distances avec les «traitres».  Ce fut donc le clash.

Aujourd’hui, le Chérif de Nioro est certainement l’un des farouches adversaires politiques du candidat IBK pour avoir soutenu et activement participé et la création d’ADP-Mali et à son départ du camp présidentiel pour l’opposition.

C’est dans ce contexte que s’annonce le scrutin de 2018. L’on imagine alors aisément et au regard du fiasco relatif au mémorandum de sabati 2012, qu’aucun regroupement d’obédience religieuse ne se hasardera à amener des critères de choix au potentiel candidat qu’est Ibrahim Boubacar Keïta. L’expérience aurait au moins ceci de bon qu’elle a aujourd’hui suscité les religieux à se méfier de la chose politique. C’est dire qu’IBK ne peut espérer sur leur soutien comme en 2013.

Batomah Sissoko




​Mémorandum du Mouvement Sabati 2012

-Mettre en place la Haute Cour de Justice afin d’éviter la prescription des Infractions commises par certain responsables politiques dans l’exercice de leur fonction ;

 -Veiller à l’application effective des dispositions contenues dans le code des personnes et de la Famille tout en favorisant les mesures d’accompagnements ; 

Au titre de la Crise du Nord

-Résoudre définitivement la crise du nord en excluant toute option d’autonomie et ou de décentralisation poussée ; 

-Instaurer le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés enfin d’éviter toute frustration sociale ; 

-Renforcer le processus de Réconciliation national en évitant toute forme d’impunité ; 

Au titre de la Sécurité

-Maintenir et renforcer la présence des forces armées républicaines sur toute l’étendue du territoire national et particulièrement dans les cercles des régions Nord du Mali ; 

-Réhabiliter les casernes militaires afin de permettre aux forces armées et de sécurité de vivre dignement. 

Au titre de la Santé

-Créer un Centre hospitalier Universitaire Mère –Enfant ;

-Créer un hôpital Militaire pour une meilleure prise en charge médical de nos forces armées et de sécurité 

–Au titre de la Religion

-Créer des centres de formations des Imams et prêcheurs

-Impliquer largement les responsables religieux dans l’organisation du Hadj

-Elargir le financement public des partis politiques aux structures faitières religieuses ;

-Instituer comme férié le premier jour de l’année hégirienne (Achoura). 

Au titre de nos valeurs Ethiques et morales

-Adapter le contenu du programme des medias audiovisuel à nos valeurs socioculturelles ;

-Appliquer avec rigueur relatif à la règlementation des bars et maisons closes ;

Interdire toute publicité de tabac et d’alcool sur toute l’étendue du territoire national du Mali ;

-Criminaliser tout comportement tendant à faire la promotion de l’homosexualité au Mali. 

Au titre de l’enseignement –Formation

-Intégrer les écoles coraniques au système éducatif formel ;

Créer une agence nationale des Medersas et des Ecoles Coraniques ;

-Renforcer et vulgariser la formation technique e professionnelle au niveau des medersas et écoles franco-arabes ; 

-Renforcer la prise en charge scolaire des enfants souffrant d’handicaps lourds ;

-Créer un fonds spécial pour le financement des études post universitaires des jeunes afin de pallier aux manques de ressources au niveau des universités ;

-Créer un fond spécial pour la spécialisation dans certains domaines de la médecine. 

 Au titre de l’Agriculture

-Supprimer la redevance eau pour les paysans dans les périmètres irrigués ;

-Faciliter l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises agricoles ;

-Renforcer la subvention des intrants agricoles. 

Au titre de l’Assainissement

-Instaurer des mesures idoines pour une meilleure gestion des déchets ;

-Promouvoir des initiatives pour la transformation des déchets. 

Au titre de la Gouvernance

–Maintenir le Ministère des Affaires Religieuses et du Cultes en le dotant des moyens nécessaires pour l’accomplissement de sa mission ; 

-Intégrer nos valeurs socioculturelles dans les politiques de gouvernance ; 

-Adapter l’environnement institutionnel et juridique pour l’implantation des institutions financières islamiques ; 

-Accorder un quota aux diplômés arabophones dans les différents recrutements et concours organisés par l’Etat et des structures d’insertion socioprofessionnelles (ANPE, APEJ…) 

-Dynamiser la diplomatie malienne auprès des pays arabes en impliquant les jeunes cadres arabophones ; 

Assurer une large accessibilité aux denrées de premières nécessités ; 

-Réduire les couts de l’énergie tout en promouvant les énergies renouvelables ; 

-Revoir les contrats miniers pour une meilleure prise en charge des intérêts de l’Etat ; 

-Veiller à l’application des recommandations des états généraux sur le foncier.