RAS-BATH : LES RAISONS DE SON DEPART DE LA PLATEFORME, LE SCRUTIN DE 2018…

«Ils ont dit que je roulais pour Moussa Mara… Mais nous serons à l’image de «Balai Citoyen» et de « Y en a marre»

 

 

Dans cette interview qu’il nous accordée, Ras-Bath explique tout.

 

Question : L’on sait que le CDR que vous représentez n’est désormais plus membre de la plateforme «Anté A Banna». Mais quelles en sont les raisons ?

Ras-Bath : Notre sortie s’explique par le rejet de la question de l’Alternance 2018. C’est une question essentielle pour nous et à l’origine de notre adhésion à la Plateforme. En son temps, nous avions estimé que le projet de réforme constitutionnelle proposée par le Président de la République comportait des dispositions attentatoires à la démocratie et à la bonne gouvernance et dans la forme, violait l’article 118 de la Constitution en vigueur. Nous avions pensé que c’en était de trop après quatre ans de  gestion sur cinq impartis et jalonnés par la corruption, le clanisme, le népotisme de déni de justice, la mauvaise gouvernance… Le mieux qu’on pouvait attendre de lui, était de revenir à un comportement républicain... Mais nous amener un projet grotesque, en fut de trop. La demande de retrait du projet s’inscrivait dans une dynamique et logique de lutte contre toute forme d’attentat à la démocratie, à la bonne gouvernance et s’inscrivait dans la volonté du respect du peuple malien…

Si nous avions réussi dans un premier temps à obtenir le sursis (ce qui nous voudrait l’obligation de rester existants…) en tout état de cause, la plateforme se devait de rester en veille, de veiller à ce que la démocratie et la bonne gouvernance soient et demeurent afin que le développement soit de retour.

Mais nous n’avions pas compris qu’au lendemain du retrait, que l’Assemblée qui s’est tenue deux jours plus tard, ait acté le retrait de la question de l’alternance. Quand on rejette la question c’est qu’il n’y a plus possibilité de rentrer dans le fond.

Nous avons donc quitté la plateforme suite au rejet de l’alternance aussi bien dans le fond que dans la forme. Il n’y a pas eu l’honnêteté requise dans la démarche. Je rappelle que lors de l’Assemblée Constitutive de la plateforme, le CDR par ma voix a pris la parole pour remercier IBK de nous avoir unifiés à travers son projet de réforme constitutionnelle. Nous devrons alors nous inspirer des cas Sénégalais et Burkinabé afin de parvenir à l’alternance puisque les conditions étaient identiques, nous ne devrons pas rater cette opportunité. Et ce jour, tout le monde a applaudi et approuvé. Pour sa part, le CDR, partout où il est passé, a fait savoir qu’il s’agissait d’un combat rationnel, de conviction et que la finalité était alternance. 

 

Vous avez cheminé avec la Plateforme durant deux mois et vous avez brusquement décidé de quitter. Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu avoir au préalable un cadre de concertation surtout que l’on prétend que vous aviez demandé à ce que la dite Plateforme soit érigée en Mouvement Alternance 2018 ?

D’abord une précision : je n’ai demandé à personne de transformer la plateforme en «Alternance 2018». Je mets quiconque au défi de donner la cette allégation… Le jour de cette assemblée Générale à laquelle j’ai été convié à 11 h…, j’ai clairement expliqué ce que j’attends par «Alternance». C’est de changer un système par un système, une mentalité par une mentalité aussi bien chez l’électeur et de cesser de voir une élection comme une opportunité  de se faire des relations, d’avoir de l’argent, de monnayer son bulletin de vote… et de voir une élection comme une opportunité de dessiner son avenir… J’ai tout expliqué… En plus du devoir de veille, la plateforme devrait donc aussi œuvrer pour l’Alternance en sensibilisant les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales, à veiller à ce que le processus électoral soit audité, entre autres.

En tout état de cause, je ne suis pas sorti brusquement. J’ai d’abord appelé Cheick Oumar Diallo, vice-président de l’ADP pour lui demander si ce que j’ai lu sur les réseaux sociaux émanait véritablement de la Plateforme, il m’a confirmé que oui. J’ai ensuite appelé le 3ème Vice-président Master Soumy lequel a confirmé à son tour. Et je suis allé plus loin en lui demandant s’il était conscient des conséquences du rejet de la question de l’Alternance. Et il m’a répondu ceci : «pour être sincère, on n’a jamais été d’accord avec la question relative à l’alternance au sein de la Plateforme. Et pour preuve, le jour de la conférence de presse à la Maison de la Presse relative au report de la marche, quand vous aviez lancé l’ultimatum au nom de l’Alternance 2018, les journalistes ont approché Thiam de l’ADP qui a eu toutes les peines du monde à répondre… C’est pour vous dire que personne n’était d’accord avec la question». J’étais interloqué ! Mais pourquoi donc personne ne me l’a dit ou même demandé ce que l’on entendait par alternance ? Il m’a répondu que c’est parce que tout le monde pense que tu as un candidat. Et le vice-président de l’ADP m’a dit la même chose. Il a précisé que majoritairement au sein du directoire de la Plateforme composé de Zoumana Sacko, Madame Sy Kadiatou Sow, Tiéblé Dramé…, tout le monde pense que tu as un candidat. Et par la suite, on m’a dit que c’est Tiéblé Dramé et Zoumana Sacko qui ont influencé les membres de l’Assemblée au motif qu’Alternance voudrait dire « Yelema » qui s’avère le parti de Moussa Mara lequel serait donc mon candidat et pour qui je roule !

Je dis, dans la forme, ce n’est pas honnête ! Diallo de l’ADP m’a dit qu’ils ont eu peur de me le dire en face par crainte que je quitte la Plateforme.

Est-ce que vous intégreriez la plateforme si celle-ci décidait de revoir sa copie et de tenir compte de l’Alternance ?


Nous avons adhéré à la Plateforme dans le but de parvenir à une alternance et à la lutte contre le projet de réforme constitutionnelle. Pour nous, l’Alternance 2018 est capitale et substantielle pour qui veut la démocratie, la bonne gouvernance… En rejetant donc l’Alternance, nous à la CDR, avons estimé que nous n’avions plus notre place au sein de la Plateforme.

 

D’accord, mais qui parle alternance, parle de fichier électoral propre. Il se trouve aujourd’hui que la révision de ce fichier devrait avoir lieu entre Octobre et Décembre et nous sommes déjà en Septembre. Au regard de ce constat, qu’avez-vous à dire aux militants et aux électeurs en particulier ?

 Je me réjouis de cette question pour le moins capitale. Si nous voudrions que le mode de gestion en cours change, que la gouvernance en cours depuis quatre ans change, avec un bilan aussi catastrophique, à tous égards (santé, éducation, sécurité, etc.), si nous voulons avoir une nouvelle politique capable de nous offrir de l’eau potable, un système de santé universel et de qualité, de nous garantir une sécurité, des emplois, une justice dans nos cours et tribunaux, le respect de nos libertés et droits, etc. Alors il nous faudra revoir notre politique en cours. Et en politique, il n’y a qu’un seul moyen de changer : c’est l’alternance à travers les élections et non par les armes. Et puisque n’est pas électeur qui le veut, c’est un devoir pour tout citoyen de veiller à son inscription sur le fichier électoral du 1er Octobre au 31 décembre. Et les services d’Etat (justice, ministère de la santé, entre autres) doivent communiquer les cas de décès, de radiation, de condamnation. D’où la révision annuelle du fichier.

Et pourtant, à chaque approche d’une année électorale, l’ORTM diffuse des messages de sensibilisation à propos de cette révision constitutionnelle. Mais cette année, et bizarrement, à quelques semaines de l’échéance, il n’y a aucune communication, aucune campagne ne passe sur les medias publics. C’est pourtant le devoir de l’Etat d’informer les citoyens de l’ouverture de ladite période. Il existe d’ailleurs un budget pour cela. L’Etat ne l’a pas fait. Et pourtant selon les informations émanant du Ministère de l’Administration territoriale, 1 million de Maliens auraient 18 ans cette année et seraient donc en âge de voter. Et ces milliers de Maliens ne le savent pas.

Par ailleurs, la vocation d’un parti politique, c’est conquérir et exercer le pouvoir. En rejetant l’Alternance, comment cette quarantaine de partis compte conquérir le pouvoir ? En rejetant donc l’Alternance, l’on s’inscrit dans la continuité.

 

 

Pour qu’il ait élection, il faut un fichier électoral. Que pensez-vous de l’actuel fichier ?


Ce fichier à l’état actuel est plus que corrompu et bancal. Dans mes recherches, j’ai découvert que le parti URD sous la direction de son président a rendu une visite à la Délégation Générale aux élections. Et le responsable de cette délégation, le Général Chaka a révélé qu’il avait besoin de purger le fichier électoral des condamnés, des décédés et autres et d’inscrire les nouveaux, bref, actualiser le fichier. Et l’URD a même proposé ses services en vue d’auditer ledit fichier. Mais le Directeur a, par la suite, refusé. Et l’URD a demandé que l’audit soit effectué par des organisations internationales. Mais pour cela, il aurait fallu que la Délégation chargée des élections et la CENI écrivent à ces institutions. Mais elles n’ont rien fait, d’avril 2017 à nos jours.

Donc à un mois de la révision du fichier électoral, rien n’est fait. Aucun audit n’est programmé malgré les tares et insuffisances. Nous, nous exigeons un audit de ce fichier.

A chaque sortie, vous insistez sur l’obtention de la carte Nina. Il s’avère pourtant qu’il existe 1. 000.000 exemplaires de trop de ce document et qui ont disparu au moment où l’actuel PM était Ministre de l’administration territoriale ; aussi que l’accès à ces documents est aujourd’hui très difficile. Qu’en dites-vous ?

Nous avions en effet appris à travers votre journal que presqu’un million de cartes NINA vierges existent dans le circuit. Une information jamais démentie, en tout cas, à notre connaissance.  A celles-ci, il faudra ajouter les cartes non-utilisées et qui se sont retrouvées dans d’autres mains. Il ne faudra pas oublier non plus le transfert des candidats d’un point à un autre très utilisé lors des dernières législatives… Nous sommes une société civile de veille. Raison pour laquelle nous demandons l’audit. Nous n’avions pas la capacité juridique de faire l’audit. Ce devoir revient aux partis politiques qui en ont la qualité. Nous, nous contentons de mener une pression sociale sur les partis politiques. Et en concert avec eux, nous avions effectivement demandé l’audit.

Vous avez fait allusion au Sénégal avec « Y’en a marre » et au Burkina avec « Balai Citoyen ». Dans ces pays, les partis politiques étaient cependant unis contrairement au Mali où ils sont disparates. Qu’en pensez-vous ?

Ils doivent prendre conscience d’une chose : individuellement, aucun d’eux ne saurait battre IBK si celui-ci est candidat en 2018. Ce parce que l’élection du président de la République tient par trois critères, à savoir : la compétence intellectuelle, la probité morale et la capacité financière. A ma connaissance, IBK sera le candidat le plus riche en 2018. L’argent aura son mot à dire…

A ces trois critères, il faudra ajouter l’appareil politique, à savoir la majorité politique composée de deux grands partis, l’Adema et le RPM. C’est dire qu’il dispose d’un appareil politique très costaud. Il faudra aussi compter sur l’administration d’Etat, les préfets et sous-préfets qui peuvent tout faire. Raisons pour lesquelles, IBK ira avec plus de chance que les autres candidats en comparaison individuelle. C’est à ce constat que sont parvenus les partis politiques de l’opposition du Sénégal et du Burkina d’où la forte coalition ayant eu raison des présidents sortants. Au Sénégal, leur stratégie a consisté à contraindre Wad à un 2ème tour et à se partager géographiquement le Sénégal pour battre campagne pour leur candidat unique eu second tour. Bref, si l’opposition malienne veut obtenir un tel résultat, elle doit se mettre au-dessus des clivages politiques, des intérêts personnels, unir les forces. Toutes choses qui demandent une maturité politique, un sens élevé du patriotisme et de la responsabilité. Sans cette coalition, point de victoire !

Pour notre part, nous société civile, nous sommes en train de nous constituer en organisation de veille à l’image de «Balai Citoyen» au Burkina et de «y’en a marre au Sénégal» et faire en sorte que les dérives ne passent plus.

 

Et si l’on vous demandait de résumer le bilan de quatre du président IBK ?

Ce bilan d’IBK est, en un mot catastrophique, lamentable et décevant ! Catastrophique pour qui sait le contexte dans lequel il a été élu. L’attente des Maliens était d’ordre sécuritaire. Il a été élu sur cinq points : respect de l’autorité de l’Etat, ramener la sécurité, relancer l’économie, redorer l’honneur et la dignité du peuple malien, créer des emplois. Et il faut voir le nombre de milliards engloutis au nom de sécurité pour un résultat en deçà des attentes. Aussi, la bonne gouvernance qu’il nous a promise n’existe point. Plus de 300 milliards F CFA volés en 3 ans ! Et aucun auteur poursuivi, aucun montant recouvré… Bonjour l’impunité !

Et le Président lui-même a avoué sur Aljazeera que la majorité des Maliens n’a accès à l’eau potable, à l’éducation et à la santé. Pour tout dire, il a avoué son échec !

 

Propos recueillis par Adama Dramé