ELIMINEE PAR LA COMMISSION DE DEPOUILLEMENT
La société Bivac imposée par la Dgmp pour le Pvi

 « Le Pvi: un marché captif » avions-nous titré dans la rubrique « Confidences » de notre édition n° 667 parue il y a de cela deux mois. C’était pour attirer l’attention sur ce qui se passait du côté de la Direction générale des marchés publics et des Délégations de services publics où l’on tentait de faire passer la société Bivac en lieu et place du soumissionnaire régulièrement choisi par la Commission de dépouillement mise en place par le Conseil national du Patronat, maître d’œuvre de ce marché du Programme de vérification des importations (Pvi). Eh bien, il se trouve que cette magouille prend de plus en plus forme avec des négociations à Paris sur le dos des Maliens pour imposer Bivac dont le dossier de soumission était purement et simplement disqualifié par la Commission de dépouillement.


S’il y a bien une caractéristique qui distingue le régime IBK de ses prédécesseurs, c’est la multiplicité et l’énormité des scandales financiers et surtout ceux passés par la manipulation des marchés publics. Et en cette veille d’année électorale au cours de laquelle le président IBK cherche à convaincre de la nécessité de rempiler pour un second mandat, se lançant dans des actions politiciennes aux allures de campagne électorale, en voici un dossier qui risque d’empoisonner la ligne droite de son quinquennat car il fera entendre le bruit assourdissant de ses casseroles. Il s’agit bien du marché du Programme de vérification des importations.

Nous avions alerté sur le scandale qui se dessinait au sujet de l’attribution de ce marché d’une cinquantaine de milliards à la société Bivac au mépris de toutes les dispositions légales en matière de marchés publics. En effet, ainsi écrivions-nous dans notre édition n° 667 : « Bien avant le lancement du marché du Programme de vérification des importations, des Maliens de l’Extérieur qui ont vraiment envie de travailler pour leur pays et sont en contact avec de grands groupes, nous confiaient qu’ils n’allaient pas postuler à un marché captif. Ils n’avaient pas tort car Webb Fontaine qui était choisi par la Commission de dépouillement des offres est sur le point de perdre le marché au profit de Bivac ».

Nous rappelions ainsi que « lors du marché précédent qui avait porté Bivac aux affaires en ce qui concerne le Programme de vérification des importations, la société Cotecna avait de loin la meilleure offre et rencontrait ainsi le choix de la Commission. Mais au dernier moment, elle a été éliminée pour un motif anodin : une des pièces administratives n’était pas de dimension internationale comme prévu par le cahier des charges. C’est ainsi que le marché est revenu à Bivac dont le partenaire principal n’est autre que Véritas qui était déjà titulaire du marché ».

Dans cette même confidence, nous avions pris le soin de préciser que « cette année encore, Webb Fontaine est en train de perdre le marché, malgré la résistance du Conseil national du Patronat du Mali qui tient à faire respecter le choix de la Commission de dépouillement. Mais puisque Véritas, disons Bivac a les racines profondément ancrées dans le sol malien, il n’est pas facile de les déraciner surtout si l’un des principaux administrateurs reste un des hommes forts du pouvoir actuel, contrôlant ainsi, à la fois, les entrées par les routes et les ports d’une part ; par les aéroports d’autre part. Tout cela pour les mêmes gens ! Suivez notre regard… »  
Nous ne savions pas si bien dire car des concertations sont en cours à Paris, loin de toutes les règles sur les marchés publics, pour attribuer ce marché à Bivac. Alors que, conformément à la procédure, la commission de dépouillement, a examiné minutieusement les offres techniques et financières des prétendants. Ladite commission était composée des représentants de tous les services techniques concernés par le dossier, notamment d’experts de la Direction Générale des Douanes, de la Direction Générale du Commerce et de la Concurrence et du Conseil Malien des Chargeurs.

Il y avait trois soumissionnaires : Webb Fontaine, Bivac et Crimson Logistics. Lors de ce dépouillement, l’offre technique a été privilégiée par rapport à celle financière. Sur cette base, la commission de dépouillement a retenu la société Webb Fontaine comme adjudicataire provisoire du marché devant Bivac dont l’offre, nous revient-il, a été rejetée, notamment à cause d’une garantie de soumission inférieure au seuil défini dans l’appel d’offres, l’absence d’expérience dans la réalisation de CET et, surtout, une offre technique qui ne satisferait pas aux exigences des différentes administrations maliennes qui sont représentées, rappelons-le, au sein de la Commission de dépouillement.

En d’autres termes, les « Solutions informatiques » présentées par Webb Fontaine seraient largement au-dessus du lot en termes de performance. Celles de Bivac s’avéreraient de niveau inférieur en s’en référant aux exigences du cahier des charges.

Mais contre toute attente, la Direction générale des marchés publics (Dgmp) se dresse contre la commission de dépouillement et ordonne d’attribuer le marché à Bivac. Ce qui ne nous surprend guère car comme rappelé ci-haut, nous avions alerté sur les manœuvres en cours pour reconduire Bivac, rendant ainsi captif un marché de 50 milliards de nos francs. En effet, cela fait dix ans que Bivac est aux affaires et sans résultats convaincants. Au contraire, il y a même des raisons de l’éliminer de ce marché.

Des indiscrétions évoquent la préservation des intérêts français en offrant ce marché à Bivac sur un plateau doré. En reconnaissance des sacrifices consentis par la France au Mali dans la lutte contre le terrorisme, dit-on. Mais alors, pourquoi pour le marché des cartes nationales d’identité Cédéao sécurisées n’a-t-on pas mis en avant la même logique pour laisser à Cissé technologies son marché en tant qu’adjudicataire provisoire ? Si l’on sait que Cissé technologies a pour partenaire L’Imprimerie Nationale de France ? En plus, au plan financier, ce marché de cartes d’identité s’avère plus intéressant que celui du Pvi. C’est la preuve que ces arguments relèvent de balivernes. On a voulu tout simplement chercher des artifices pour reconduire Bivac en insultant l’intelligence des Maliens.

Il faut noter que le Cnpm a fait preuve de rigueur et de transparence en choisissant Webb Fontaine et a même opposé de la résistance pour faire aboutir le choix de la commission de dépouillement. Mais c’est comme si une sorte de « Raison d’État » était mise en avant pour mettre Bivac à la place de Webb Fontaine comme adjudicataire provisoire. Une « Raison d’Etat » qui ignore aussi les constats et recommandations d’une des institutions de la République, notamment le Bureau du Vérificateur Général, lequel a relevé que sur le contrôle des importations Bivac a failli à sa mission durant les années où le Mali lui a fait confiance. En effet, comme noté par le Vérificateur Général dans son dernier rapport : « Bivac n’a pas respecté toutes ses obligations dans la gestion des importations d’hydrocarbures au Mali ». Ce qui a causé d’énormes pertes au niveau des recettes douanières sur la base d’un écart important constaté entre le volume réel de carburant expédié sur le Mali et celui traité par Bivac-Dakar pour la même période.

Rien que pour cette raison, la société Bivac doit être purement et simplement écartée. Mais puisqu’au Mali du président IBK le ridicule ne tue point, cette société est en train de se voir gratifier d’un énorme marché de 50 milliards de Fcfa.

Peut-être aussi que c’est pour récompenser Bivac de ces manquements sur le contrôle des importations de produits pétroliers où il y a plein de choses à dire et à redire pour ces dernières années. C’est pour dire que ce dossier d’importation de pétrole va refaire surface car des concurrents d’une compagnie pétrolière qui a maintenant un quasi-monopole sur le Mali ne cessent de ruminer leur colère et ne rateront jamais l’occasion de mettre à nu certains pratiques.

De toute façon, tout se passait comme si les lois du pays en matière de marchés publics on s’en tapait le jabot. Mais puisque tous les actes posés aujourd’hui seront jugés demain, surtout qu’on a ouvert les yeux des Maliens sur les possibilités de poursuite des dirigeants comme ce qui a t tenté contre ATT, il pourrait y avoir bien de la bousculade devant les tribunaux et à la Haute cour de justice. A bon entendeur…

N.S.