SCRUTIN PRESIDENTIEL DE 2018

L’incertitude persiste !

Les assurances du Président IBK n’y changeront rien : de réelles menaces pèsent sur la tenue du scrutin présidentiel de 2018. Et le danger y va crescendo au regard de la situation sur le terrain.

C’est au mois d’Août 2018 qu’aura lieu, ou du moins, que devra avoir lieu le scrutin présidentiel marquant la fin du premier quinquennat du premier IBK visiblement partant pour un second exercice.

Dans la même veine, le Premier en fonction, à la faveur de son discours de nouvel an à la Nation le 31 Décembre, a tenu à rassurer ses compatriotes par rapport à la tenue effective et aux dates indiquées de tous les scrutins (présidentiel, communaux partiels et législatives). Pour un président de la République désormais champion des promesses en l’air, il y a de quoi douter. Tenir de telles promesses relèverait tout simplement du miracle.

Par rapport aux élections communales partielles, demeurent encore et toujours les raisons à l’origine de leurs reports dans la quasi-totalité des circonscriptions du Nord et du centre du pays. Il s’agit de l’insécurité et de la menace jihadiste. 

Dans ces communes, l’Etat malien brille toujours par son absence et pas question, selon le secrétaire Général de l’UNTM de faire encore tuer ses militants dans ces contrées parce que tout simplement, l’Etat malien n’y a pas les moyens de sa politique. Il l’a dit à qui veut l’entendre le 28 Décembre dernier lors du conseil national de l’UNTM en présence de la Ministre du Travail et de la fonction publique. Et on le sait : sans administration, point d’élection ! Et ce n’est pas demain la veille du retour de cette administration parmi les jihadistes.

De mal en pis

Ce n’est point la seule administration d’Etat qui a déserté les zones conflictuelles. Les électeurs aussi. Ils sont déplacés ou réfugiés pour cause d’insécurité.

Voici le tableau pour le moins sombre. Durant ces 3 derniers mois, les groupes terroristes ont mené au total 71 attaques dans le pays. Parmi elles, 20 se sont produites dans la région de Mopti, 17 à Gao et 14 à Kidal. Le rapport de l'ONU précise aussi que 37 de ces 71 attaques ont été menées contre les forces de sécurité malienne. 22 dans les régions de Mopti et Ségou, 8 à Gao, 4 à Tombouctou, 2 à Koulikoro et 1 à Ménaka.

Les attaques contre les hauts représentants de l’État et les institutions ont aussi augmenté dans le centre du Mali, note le document. Dans la région de Ségou, le Président du tribunal de Niono a été enlevé le 16 novembre 2017 moins d’un mois après l’embuscade mortelle contre le convoi du Président de la Haute Cour de justice dans la région de Mopti…

A Mopti, la population se dit inquiète de la situation sécuritaire de la région. Au-delà des attaques terroristes, on assiste de plus en plus à des assassinats ciblés dans la localité
 (source : rapport trimestriel de l’ONU sur la situation sécuritaire au Mali).

Qu’est ce qui peut bien inciter les populations à retourner sur place ? Le retour de la sécurité, bien entendu ! Mais sur place, la situation ne présente guère sur de bons auspices aussi bien pour les FAMAS que pour BARKHANE lesquels, sans pour autant encore connaître leurs limites devront cependant faire face à de nouvelles tactiques et organisations, au renforcement des groupes jihadistes par des combattants étrangers. A cela, il faudra il bien ajouter les autres formes d’insécurité désormais fréquentes (lire tableau).

Il s’agira donc pour qui veut organiser un scrutin, de recenser d’abord les électeurs, d’actualiser la liste électorale, de constituer des commissions électorales indépendantes (démembrements de la CENI), de former les membres, d’acheminer le matériel électoral sur place, (urnes, bulletins, encre, etc.), et enfin, de tenir le même jour un scrutin présidentiel transparent, équitable et dont les résultats seront acceptés par toutes les parties. Ce, dans un délai de 4 mois, au regard des activités postélectorales. Il faudra bien un miracle pour ce faire.

Il existe cependant une alternative : négocier avec les groupes armés en vue de la tenue des consultations électorales. Une option qui n’est non plus sans conséquences. Solliciter leur approbation, c’est du coup leur conférer une légitimité certaine. Et du coup, ils atteindront leur objectif. Aussi, une éventuelle reconnaissance risque bien de saper le moral de l’opinion publique internationale très engagée auprès de nos Etats et celui des victimes qui ne demandent que justice.

En tout état de cause, croire à la tenue d’élections régulières, transparentes et acceptées de tous au Mali dans les 12 prochains mois relèverait tout simplement de l’utopie. Pour autant, il paraît que le miracle existe.

Batomah Sissoko