PROGRAMME DE BRADAGE DU PATRIMOINE DE L’ETAT

Le festival des prête-noms


 

Le régime IBK a entrepris, sous le prétexte d’un plan de modernisation de la capitale du Mali initié par le gouvernement de la Transition, avec David Sagara comme ministre du Logement des affaires foncières et de l’urbanisme, la vente      de bâtiments appartenant à l’Etat. En effet, dans ce cadre, mandat avait été donné à la Direction de l’ACI par le gouvernement de Transition pour effectuer l’opération qui a été malheureusement détournée à d’autres fins, permettant à la mafia des nouveaux riches de Bamako (toujours les mêmes cités partout) de faire main-basse sur ce patrimoine public en usant de prête-noms.

 Selon le Mandat n°2013-001/MLAFU-SG signé le 25 juillet 2013 entre d’une part David Sagara en tant que ministre du Logement des Affaires foncières et de l’Urbanisme et la Direction de l’Aci, il est dit à l’Article 1 relatif à l’objet de ce mandat que le Ministre « confie à l’Agence de cessions immobilières (Aci) ci-après dénommé « Mandataire », et représentée par son directeur général qui l’accepte, la réalisation du projet d’aménagement et de gestion des immeubles du centre-ville de Bamako appartenant à l’Etat ».

Comme on le voit, il s’agit bien, à l’objet du Mandat signé, « d’aménagement et de gestion des immeubles ». En plus, à l’article 3, relatif aux obligations du Mandataire (l’Aci), il est clairement stipulé : « trouver tout moyen se rapportant à la mise en valeur des immeubles concernés ». Ce qui ne sera jamais fait car on s’est contenté tout simplement de brader lesdits immeubles, cités à l’article 1 du Mandat donné à l’Aci et dont nous donnons la liste en encadré.

Il faut reconnaître qu’il y a une contradiction dans ce document et qui rend donc illégales toutes les opérations menées sur cette base. En effet, en lieu et place de la mise en valeur, spécifiée en plus en termes « d’aménagement et de gestion des immeubles », l’article 6 du même document stipule que « le Mandataire mettra en bail avec promesse de vente ou vendra aux enchères publiques au plus offrant et dernier enchérisseur les immeubles mis en valeur faisant l’objet du présent mandat ». 

Dès lors, ce mandat pose problème et ne peut être un acte sérieux sur la base duquel on brade le patrimoine public. Il y a aussi lieu de se poser des questions sur les intentions réelles des initiateurs de cette opération qui a été décidée au moment où le Mali était en plein dans la crise sécuritaire et cherchait à en sortir. C’est justement en ce moment que le gouvernement, profitant certainement de l’inattention des citoyens préoccupés par la situation nationale, décide de se débarrasser de bâtiments chargés de pans entiers de l’histoire du Mali et dont la plupart sont en bon état comme en témoigne leur valeur marchande fixée après expertise.

A ce sujet, tous les membres du gouvernement de la Transition auteur de cette bévue doivent ré

pondre de leurs responsabilités, auxquelles il faudra ajouter celles du président IBK et son régime qui ont bien compris, trop bien compris même, le sens de ce mandat pour aller vite dans la vente de tous ces bâtiments publics.

C’est vrai que les autorités actuelles n’ont lu dans le mandat donné à la Direction de l’Aci que ce qui les intéresse, notamment la possibilité ouverte à l’Aci de vendre une partie du patrimoine du Mali. Mais le même mandat donné à l’Aci par le gouvernement spécifie bien qu’il s’agit d’une vente aux enchères publiques. Ce qui n’a pas été le cas avec les édifices publics cédés dans la plus grande opacité.   

« Le Sphinx », fouineur devant l’éternel, a pu se procurer la liste des soi-disant acquéreurs de ces bâtiments. Elle est assez évocatrice de ce qui s’est passé, notamment qu’un lobby s’est constitué pour s’accaparer des biens de l’Etat à travers des prête-noms.

L’on comprend maintenant pourquoi l’ex Dg de l’Aci 2000 a été récompensé par sa nomination à un poste de ministre, mais pas n’importe lequel : il remplace le ministre Mouhamed Ali Bathily et de ce fait il est désormais celui qui supervise les opérations, parce que la Direction de l’Aci est placée sous sa tutelle.

 

Liste des immeubles de l’Etat destinés au bradage

 

Ex-Caisse des Retraités (Dnetss) ; ex-Direction nationale des Impôts ; ex-Direction régionale du Génie rural ; ex-Direction de la Géologie et des Mines ; ex-Centre national de la Promotion artisanale ; ex-Direction nationale du Génie rural ; ex-Institut de la Statistique en même temps ex-Direction du Plan ; ex-Grande Chancellerie du Mali ; ex-Division du Cadastre et de la Propriété foncière ; ex-Service des Taxes indirectes des Impôts ; ex-Direction régionale des douanes de Koulikoro ; ex-Direction des douanes Guichet unique ; ex-Logements n°1 et 2 sur une partie du Titre Foncier n° 354 ; ex-Direction régionale des Affaires économiques (Drcc) ; ex-Direction des Affaires sociales ; ex -entre de Formation des magistrats ; ex Maison des avocats ; ex- Centre médico-scolaire ; ex-Ministère du Développement social ; ex-Recette générale du Trésor ; ex-Direction nationale des Industries ; ex-Logement n°256 sur une partie du Titre foncier n°42 ; ex-Jardin d’enfants « Les Oisillons » ; ex-Conseil supérieur de la Communication ; ex-Comité d’appui aux réformes institutionnelles ; ex-Association des Historiens du Mali (Ashima); ex-Direction générale de l’Azi.

 

Liste des soi-disant acquéreurs

 

Le bloc des ex logements de la Bdm a été cédé à Modibo Yara. Tenez-vous bien, c’est le même Modibo Yara qui a acquis encore l’ex immeuble de la Direction nationale du Plan et de la Statistique, en plus de celui où se trouvait la Direction nationale de la Géologie et aussi l’ex-immeuble de la Direction nationale de l’Artisanat et du tourisme.

Cheick Oumar Yattassaye alias Somayatt voit son nom imprimé sur deux cours qui appartenaient à la Sotelma et l’ex-immeuble de la Direction générale des Eaux et Forêts.

De son côté, Madjou Simpara affiche son nom comme acquéreur de l’ex-bâtiment du tribunal du Commerce et de l’énorme édifice qui abritait la Direction des douanes en face de la gare.

L’e- immeuble de la Direction régionale des Affaires économiques devenue par la suite Direction régionale du commerce et de la concurrence (Drcc) près du Grand marché est étiqueté comme une acquisition d’Oumar Djiguiba.

Quant à Sambourou Niangadou, il voit son nom porté sur deux immeubles. Il s’agit des ex-locaux de la Direction de la Pharmacie populaire du Mali et de l’ex-immeuble de la Direction des Impôts.  

Le nom de Birama Bathily alias Super BB est inscrit désormais sur l’immeuble qu’occupaient des services des Impôts et qui se trouvent à côté du tribunal du Commerce.

Un édifice qui servait aussi de bureaux et qui se trouve à côté du tribunal de la commune III est supposé appartenir désormais à Oumar Niangadou alias Petit Barou, PDG de la Sodima et frère de Djo Walaki.

Face à l’immeuble de la direction des Eaux et Forêts, un immeuble qui abritait aussi des services de l’Etat a été prétendument cédé à Dramane Sow, vendeur de Wax au marché.

N.S et A.D