NOUVEAU GOUVERNEMENT
Des questions et des inquiétudes

La suppression du Ministère des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières dans un pays où la spéculation menace dangereusement la stabilité sociopolitique ne constitue qu’une des incohérences et source d’incompréhension de l’actuel gouvernement. Seulement une ! Car il faudra bien y ajouter l’Inutile pléthore et charges additionnelles pour de gros risques de conflit de compétences. Pour autant, au-delà de toutes ces considérations, certains perçoivent là un gouvernement de transition qui ne dit pas son nom. 

Désormais plus trace du département en charge des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières. Tout comme son ministère, Mohamed Ali Bathily a lui aussi été rayé de la liste du nouveau gouvernement. Une décision qui laisse de nombreux observateurs perplexes. Et pour cause.

Le triomphe des spéculateurs fonciers


C’est un secret de Polichinelle que d’affirmer que la spéculation foncière constitue à l’heure actuelle la plus grosse menace affectant dangereusement la vie sociopolitique du pays, hormis, bien entendu, la crise sécuritaire.

La preuve : la question était au centre de toutes les préoccupations de la dernière édition de «l’Espace d’Interpellation Démocratique» (EID) au mois de Décembre dernier. Mieux ou pis : plus de 70% des interpellations avaient trait à cette question.  Le constat du jury est que même la Justice n’a su trouver réponse au phénomène. Les statistiques indiquent par ailleurs que 80% des dossiers en justice portent justement sur le foncier.

Aussi, l’on dénombre chaque année des troubles à l’ordre public souvent avec d’homme liés aux conflits fonciers tantôt entre particuliers, tantôt entre communautés ou même avec l’Etat.  Et aucune circonscription, qu’elle soit urbaine et/ou rurale n’est épargnée. A ce rythme, il y a lieu de craindre une instabilité généralisée.

Et on pouvait l’aimer ou pas ! L’ex-Ministre du défunt département des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières était bien parti pour lutter contre le phénomène avec, bien entendu, des hauts et des bas, des cas de réussites et d’échec. Nul n’est parfait, dit-on. Pour autant, supprimer son département bannir lui-même du gouvernement laisse véritablement perplexe et fait douter de la volonté du Décideur de combattre le phénomène et de rendre justice aux victimes.

Du coup, c’est désormais un boulevard ouvert aux spéculateurs que rien ne pourra désormais arrêter. A croire, comme le pensent de nombreux observateurs et victimes, que les véritables fauteurs de troubles ne sont que les gouvernants eux-mêmes.

L’on dira que les services techniques veilleront toujours au grain nonobstant la suppression de ce ministère au motif qu’ils seront rattachés à un autre département. Heureux les simples d’esprit ! Le mal, se trouve justement au niveau de ces services ! C’est en effet ici que tout commence et c’est encore ici que le ministre sortant avait décidé de porter la pression avec plus ou moins de succès !

Par ailleurs, la confusion inhérente au changement de nomenclature gouvernementale est de nature à favoriser les spéculateurs lesquels, on le sait, se servent justement des insuffisances, lacunes des textes, de la naïveté, de la cupidité et de la pauvreté de leurs prochains.

Pour tout dire, ce changement notoire au sein du gouvernement n’augure rien de bon. A se demander alors si les spéculateurs fonciers sont en intelligence avec les hauts décideurs ou qu’ils le soient d’ailleurs eux-mêmes.  L’histoire du bonnet blanc et du blanc bonnet !

Inutile pléthore et charges additionnelles pour de gros risques de conflit de compétences

Sur la liste du nouveau gouvernement figurent ces départements pourtant annexes voire similaires, en tout cas, susceptibles de jouer les mêmes rôles et fonctions auprès des administrés. Tenez : aux côtés du «Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation» désormais occupé par Mohamed AG ERLAF, siège celui en charge des «Collectivités Territoriales» (Alassane Ag Hamed Moussa). Et un peu plus loin, figure le Ministère de «l’Aménagement du Territoire et de la Population» (Adama Tiémoko DIARRA). Et le «cousin germain» de celui-ci s’avère le département en charge de de «l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable» (Madame KEITA Aïda M’BO».

A y regarder de très près, il s’agit dans tous les cas cités, de l’administration d’un environnement et de ses occupants. Il était plus loisible de créer des directions et divisions rattachées à une même entité.

Avec quatre structures, il s’agira maintenant de dispatcher les services techniques entre les différents départements ministériels.
Toutes choses de nature à susciter des conflits de compétences et aussi, à impacter négativement sur la bonne marche de l’administration au regard d’abord de la traditionnelle lenteur à celle-ci d’une manière générale, mais aussi, du retard que suscitera la nouvelle organisation des services (nominations, prises de fonctions, description de tâches, missions, etc.).  Un véritable gâchis !

Quand le Président IBK rate l’occasion de réduire les charges et réduire les dépenses de fonctionnement

La reconduction du département de la «Justice, Garde des Sceaux» au même titre que celui des «Droits de l’Homme», deux structures presque identiques, en tout cas, jumelles, laisse entendre que le président de la République n’a pas autant souci des charges pour le budget national. Les deux départements sont en effet si complémentaires qu’ils pouvaient en faire un et un seul.

Idem pour le Ministère de «l’Education Nationale» et celui de «l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique».  Les deux domaines sont certes si vastes et complexes qu’ils mériteraient, en temps normal, être séparés. Mais au regard des charges et en ses temps de vaches maigres et de d’austérité budgétaire, personne n’aurait crié au scandale s’ils évoluaient dans le même moule.

Un gouvernement de campagne ?

De 35, le nombre des membres du nouveau passe à 37 (+02). A quelques mois du prochain scrutin présidentiel (Août 2018), l’on pense très logiquement à un gouvernement de campagne. Mais cette thèse résiste peu à l’analyse politique. La raison : très peu de ténors politiques font ici leur entrée. Y sont plutôt maintenus à leurs postes respectifs les grosses figures à l’image de ceux de l’Adema PASJ.

Un gouvernement de campagne aurait également supposé la rentrée dans le nouveau gouvernement de la frange pure et dure du RPM dirigée par Bocary Tréta laquelle, quoiqu’on dise, s’avère politiquement très dynamique et entreprenante. Pour preuve : elle est bien parvenue à s’accaparer la présidence du parti à la faveur des dernières assises malgré et contre tous (suivez mon regard !).

Vu sous ces différents prismes, il ne s’agirait donc nullement d’un gouvernement de campagne. Toute chose qui laisse planer des doutes sur la volonté du président sortant de rempiler (ceci est une autre histoire).

De gouvernement de réconciliation, l’on ne saurait non plus parler. Cette hypothèse suppose la venue de l’Opposition politique et d’une présence significative des signataires de l’Accord d’Alger. Tel n’est le cas.
S’agira-t-il alors d’un Gouvernement incolore, inodore et sans saveur ? Pas si sûr !

Quand bien même n’étant politique ni de réconciliation, ce gouvernement est bien susceptible de diriger une transition qui ne dit point son nom. A cet égard, l’homme à sa tête (Soumeylou Boubèye Maïga) n’aurait été choisi au hasard.  Mais quelle transition ? Là est toute la question !

B.S. Diarra  (La Sentinelle)