CANDIDAT A LA PRESIDENTIELLE DE JUILLET 2018

Moussa Mara rattrapé par le scandale de l’avion présidentiel

 

« Je n’ai été associé de près ou de loin à l’achat de l’avion présidentiel ». C’est par cette phrase à la fois solennelle et porteuse de rupture, que le Président du parti Yéléma, Moussa Mara, a dégagé en touche toute implication dans le scandale de l’achat de l’avion présidentiel. On dirait que ce n’est pas le même Moussa Mara, Premier ministre avec de grands airs, qui tentait de snober l’opposition parlementaire en défendant bec et ongles le processus d’achat de l’avion présidentiel et en déclarant, par la même occasion, que l’avion du président ATT n’avait pas de papiers valables. Ce qui était faux.

 

« J’entends incarner le nouveau destin pour le Mali et le construire ». Ainsi parle Moussa Mara qui convoite le suffrage des Maliens à l’occasion de la prochaine présidentielle… Notre pays a un besoin ardent d’idées novatrices, pragmatiques et concrètes portées par des responsables neufs et même de répondre aux aspirations de chaque citoyen » dit Moussa Mara aux journalistes lors de la conférence de presse annonçant sa candidature à la prochaine présidentielle.

De belles ambitions pour le Mali, à propos desquelles nous ne trouvons rien à redire, sauf que le dossier de l’achat de l’avion présidentiel étant évoqué, nous ne pouvons laisser cette occasion de dire ce que nous en pensons car c’est « Le Sphinx »qui avait soulevé le lièvre concernant ce scandale et naturellement nos contradicteurs, dont Moussa Mara, avaient finalement mordu la poussière.

Pourtant Moussa Mara, que nous n’avions pas reconnu en ce temps-là, puisqu’il est différent que celui que nous avions l’habitude de voir et d’entendre parler, s’est embourbé dans la défense de ce dossier en manquant de respect à l’opposition parlementaire et surtout en causant un grand tort au Mali, lorsqu’il déclarait solennellement que l’avion du président ATT n’avait pas de papiers valables. Imaginez un peu, l’image engendrée par de tels propos : le chef de l’Etat du Mali se baladant dans le monde avec un avion sans papier.

Les faits étaient graves, tellement graves que Moussa Mara, par respect pour les Maliens, ne peut banaliser ce moment lugubre de son passage à la Primature. Nous connaissons des gens qui aimaient bien Moussa Mara, mais qui aimaient aussi tellement bien ATT qu’ils n’oublieront pas facilement ces propos osés du jeune Premier ministre. L’un d’eux, d’ailleurs, de nous dire que Moussa Mara qu’il connaissait, avec son cursus universitaire et son expérience professionnelle, ne devait, quelle que soit la situation, admettre qu’on lui fasse dire que l’avion acheté par le Mali et servant au transport de nos plus hautes autorités n’avait pas de papier. En plus, comment cet avion parvenait-il à atterrir dans les plus grands aéroports du monde s’il n’était pas en règle ? Si le Mali est aussi complaisant au point que Moussa Mara a voulu le décrire, les autorités de ces pays ne le sont pas du tout. 

La réponse de Moussa Mara est simpliste : il a dit ce qu’on lui a fait dire. En effet, a-t-il dit aux journalistes : « Les gens feignent souvent de l’oublier. Ce n’est pas moi qui ai acheté l’avion. Sur ce dossier, on parle presque plus de moi que du Président lui-même. Mais comme c’est la politique, il faut l’accepter. L’avion a été acheté du temps du Premier ministre Oumar Tatam Ly. En ce moment, l’actuel Premier ministre était ministre de la Défense. Le ministre Koumaré était au département de l’Equipement et des Transports et qui était, comme tant d’autres, impliqué. Il y avait Mme Bouaré qui était ministre de l’Economie et des Finances. C’est cette équipe et le Président IBK qui ont acheté l’avion. Et il est bon que les Maliens le sachent. J’ai eu le malheur d’arriver à la Primature au moment de l’arrivée de l’avion au Mali. J’ai été nommé Premier ministre le 5 avril 2014 et l’avion est arrivé le 7 avril 2014. Donc, je suis arrivé pratiquement avec l’avion. Mais l’avion a été acheté en décembre 2013. Il est bon de le noter. Maintenant, qu’est ce qui s’est passé quand l’avion est arrivé ? Le 29 avril 2014, je suis arrivé à la Déclaration de politique générale du gouvernement. Et l’opposition a posé la question sur l’avion. D’abord, j’ai donné les informations qui m’ont été données par les services de l’Etat de l’époque sur les questions si l’avion a été acheté ou pas par le Mali, le ministère des Finances, le ministère de l’Equipement, le ministère de la Défense, l’immatriculation et autres et sur l’ancien avion qui a aussi concerné le débat. Donc, ça veut dire que le Premier ministre que j’étais a donné les informations qui lui étaient données par les services. Je n’ai pas de preuves pour dire que ces informations étaient fausses. Parce que là où les gens ont dit qu’il y a des différences de chiffres, c’est entre ce que j’ai dit et ce que le président de la République lui-même a dit dans une interview à Jeune Afrique ».

Pourtant, bien qu’il tente de minimiser, il reconnaît quand même des erreurs : « Le Président a dit que l’avion a été acheté à 18,5 milliards FCFA, soit 38,5 millions de dollars. Et j’ai dit à l’Assemblée nationale que l’avion a coûté au Mali 20 milliards FCFA. Et ces 20 milliards FCFA étaient les 18,5 milliards FCFA payés au fournisseur plus les frais de parking. Parce que l’avion a été acheté en décembre en Californie et a passé un certain temps en ces lieux. Ensuite, il y a eu les frais d’assurance, les frais de transport jusqu’à son arrivée à Bamako. Des commissions ont été versées. Donc, en tout, l’avion a coûté au Mali 20 milliards FCFA. Cela veut dire que dans les faits les deux informations sont exactes. Le Président a parlé de ce qui a été versé au fournisseur, c’est-à-dire les 18,5 milliards FCFA. Et j’ai dit ce que l’Etat malien a versé au fournisseur en plus des autres dépenses. Ce qui fait 20 milliards FCFA. C’est ce que j’ai dit à l’Assemblée nationale et partout. Mais les gens continuent de dire qu’il y a des différences de chiffres et qu’il y a du mensonge dans l’air. Il faut le concéder ».

Mais pour Moussa Mara, c’est tout simplement une erreur de communication qu’il a commise : « L’avion est considéré comme un bien de luxe dans un pays en guerre et défendu par un individu (ndlr : Moussa Mara Premier ministre d’IBK) qui était considéré comme rigoureux, transparent, à cheval sur les deniers publics. Donc, il y a eu une différence entre la perception de mon image par les Maliens et ce que j’ai prononcé à l’Assemblée nationale. Je concède cette erreur de communication. Sinon, sur le fond, les autres informations qui ont été données sont des informations qui ont été données par les services de l’Etat. Et je n’ai pas de preuves sur la fausseté ou la véracité de ces informations. Mais le fait essentiel, c’est que ce n’est pas moi qui ai acheté l’avion. Cela doit être noté ».  

Nous rappelons que l’excellent rapport de la section des comptes de la Cour suprême et le travail fouillé du Bureau du vérificateur général ont fini par donner raison au journal « Le Sphinx. »

En effet, des investigations menées par le Bureau du vérificateur général et sur la base des aveux de celui qui est à l’heure actuelle le Premier ministre du Mali, l’avion n’a coûté en réalité que 7,3 milliards de FCFA, le surplus déclaré relevant d’une tontine au sommet de l’Etat.

Avec de tels faits, Moussa Mara doit tout simplement regarder les Maliens dans le blanc de l’œil pour leur dire : « Je m’étais trompé en ce temps-là, comme je m’étais trompé en acceptant le poste piégé de Premier ministre sous IBK ». Reconnaître ses erreurs avec franchise et sincérité relève du courage politique car tout le monde sait que l’erreur est humaine, c’est y persister qui devient diabolique.

N.S.