MOSQUEE DE OUOLOFOBOUGOU

Tension autour de la succession de l’imam
La passivité de Mahamoud Dicko pointée du doigt


 

Au quartier Ouolofobogou, dans la commune III du district de Bamako, il y a un problème pour assurer la succession de l’imam feu Seydou Tall qui dirigeait les prières dans la vieille mosquée (deuxième ou troisième plus ancienne de Bamako). En effet, les fidèles, dans leur écrasante majorité, disent préférer l’imam Ibrahima Diallo, intérimaire à la tête de ladite mosquée et suppléant choisi par le défunt imam de son vivant. Pour éviter des troubles à l’ordre public, la police était même intervenue lors de l’installation de l’imam contesté, le 11 septembre 2016 (date maudite). Mais depuis lors, aucune solution n’a été trouvée. Comme si, du côté des autorités religieuses, notamment du Haut conseil islamique du Mali et de l’Amupi, on souhaitait le pourrissement de la situation et on y est presque.

 

L’imam de la mosquée de Oulofobougou, Seydou Tall, est décédé, il y plus d’un an, suite à une longue maladie, au cours de laquelle un de ses adjoints, Ibrahima Diallo, dirigeait la prière. Ce qu’il continuera d’ailleurs de faire après la mort de l’imam titulaire, prenant ainsi le témoin à titre intérimaire.

Il faut surtout noter que, comme cela se fait dans les mosquées, il y avait plusieurs adjoints, disons des suppléants de l’imam feu Seydou Tall. Mais ils sont tous morts avant l’imam titulaire, excepté Ibrahima Diallo. C’est pourquoi, selon un sage du quartier que nous avons rencontré, «la question de la succession ne devait même pas se poser car résolue par Dieu lui-même, qui a choisi de faire partir tous les suppléants, nous laissant encore l’un d’eux en vie». Pour ce sage, «contester sa titularisation et tenter de parachuter un imam inconnu du quartier relève d’un manque de foi religieuse, mais obéit beaucoup plus à un calcul d’intérêts très éloignés de ce que la charia recommande», affirme-t-il.

En effet, après plusieurs semaines d’intérim de l’imam Ibrahima Diallo, la question de la succession fut posée. Le chef de quartier, Birama Siré Fadiga, eut la bonne idée de préciser qu’il s’agissait tout simplement de confirmer l’intérimaire et de choisir ensuite des suppléants. Proposition aussitôt rejetée par un membre du Comité de gestion qui a eu ensuite l’outrecuidance de refuser au chef de quartier, et son conseil, la prérogative de désigner un imam.

Un imam installé au forceps

Quelques jours après cet incident, précisément à la veille de la fête de Tabaski de l’année dernière, un mariage était célébré dans la mosquée. On était dans l’après-midi, entre 16h et 17H. A la fin de la cérémonie, le chef de quartier, le même qui avait désigné auparavant le suppléant, annonça qu’il y avait un nouvel imam et qu’il se chargeait de l’amener dans quelques minutes pour diriger la prière du crépuscule. Et cet imam n’est pas l’intérimaire. Volte-face du chef de quartier !

Constatant les grincements de dents et contestations qui ont accueilli son message, le chef de quartier, Birama Siré Fadiga,  prit le soin de faire venir le commissariat de police du 1er Arrondissement pour certainement dissuader toute tentative de révolte des fidèles. Déjà, s’il faut faire intervenir la police pour parvenir à installer un imam au forceps, cela veut dire que l’on n’est pas dans le droit chemin.

Avec la tension qui montait, les éléments du 1er Arrondissement prirent une sage décision : fermer la mosquée jusqu’à nouvel ordre, le temps qu’une solution soit trouvée. Mais au moment où ils évacuaient les gens par la grande porte, un groupe, certainement préparé pour le coup d’état, est passé par la petite porte de la mosquée pour appeler à la prière. Aussitôt après, leur imam, que certains appellent «l’inconnu», fut projeté devant les fidèles présents pour diriger la prière, assurant ainsi sa prise de fonction. Les policiers, mis devant le fait accompli, ne pouvaient que veiller à éviter l’affrontement, se gardant d’interrompre la prière entamée.

 Quelques jours après, pour apaiser la tension, le chef de quartier informe qu’il a consulté le Comité de gestion de la mosquée – qui ne voulait pourtant pas se prononcer au départ- et a proposé ce qu’il appelait une solution de sortie de crise : deux imams pour la mosquée. Ne riez pas car c’est bien de cela qu’il s’agit. Deux imams pour diriger les prières dans cette mosquée, alternativement. Ainsi, Ibrahima Diallo fut désigné pour les trois premières prières de la journée et l’autre, se chargeant de diriger les deux dernières prières de la journée (les heures d’affluence).

Sortie de crise : deux imams pour diriger les prières en alternance

Une solution qui ne pouvait être acceptée car ne répondant pas aux prescriptions car il faut bien un imam titulaire qui ne prie derrière aucun autre dans la mosquée. Mais chose curieuse, le clan de l’intérimaire n’a pas bronché. C’est celui du nouvel imam qui a rejeté cette proposition, précisant que seul leur protégé, Cheick Tidiane Tall, restera l’imam principal de cette mosquée. Le coup de force !

Il faut préciser que le président du Haut conseil islamique de la Commune III, Alou Tabouré, a déployé beaucoup d’efforts pour réconcilier les deux camps, en vain. C’est à croire qu’en dehors du fait de diriger la prière, avec tout ce que cela représente comme charges et contraintes, il y avait aussi le côté jardin de la chose pour susciter tant de convoitise.

Mais le choix de Cheick Tidiane Tall n’est apparemment pas du goût de la plupart des fidèles qui le contestent et préfèrent ainsi boycotter cette mosquée pour s’éparpiller entre quatre autres mosquées des environs, même s’il faut aller jusqu’au quartier d’à-côté, Dravela.

Mahamoud Dicko pointé du doigt

Une véritable honte pour la communauté musulmane qui se prévaut pourtant d’instances en mesure de trouver une solution définitive à ce problème. Justement, le président du Haut conseil islamique du Mali, l’imam Mahamoud Dicko, est pointé du doigt pour n’avoir jamais rien tenté afin que cesse cette guéguerre qui contribue à diviser la communauté musulmane d’un même quartier. Et la remarque d’un fidèle de cette mosquée est pertinente : « Mahamoud Dicko ne dira pas qu’il n’a pas du temps pour régler ce problème qui doit beaucoup le mobiliser plutôt que de rassembler les gens pour un oui ou un non afin d’entretenir des débats politiciens. Il est de plus en plus éloigné de nous, les musulmans pour s’occuper de chose politique. Qu’il se ressaisisse ! ».

En effet, l’attitude de Mahamoud Dicko, pourtant bien informé de cette situation, est source d’interprétations diverses et chacun y va de son laïus. Pour eux, le Haut conseil islamique, l’Amupi et l’Imamat en ne voulant pas rassembler les fidèles pour trancher selon les règles édictées par l’islam, sont donc accusés de laisser pourrir la situation qui pourrait pourtant dégénérer à tout moment.

Guéguerre entre deux familles Tall

Il est bon de préciser, pour une meilleure compréhension de cette situation, que c’est l’une des conséquences de la guéguerre entre deux familles Tall du coin. En effet, comme le laisse entendre un vieux fidèle du quartier : «Elles ne s’entendent pas et chacune des deux familles fait tout pour contrôler la mosquée. Si l’imam est issu ou est proche de l’une de ces familles, l’autre abandonne pratiquement la mosquée, en attendant le moment de prendre sa revanche. C’est pourquoi, ajoute-t-il, même s’il n’y a pas un imam disponible au sein de la famille et vivant dans le quartier, on va en chercher un ailleurs» se désole-t-il, avant d’appeler à l’union des cœurs et des esprits, en tant que frères musulmans, pour que l’on sorte, enfin, de ces tiraillements.

En effet, nos interlocuteurs dans le quartier Oulofobougou rappellent qu’il y a eu le même problème au Badialan III, suite au décès de l’imam Mamadou Coulibaly et l’Amupi s’était activement impliquée pour trouver une solution et parvenir finalement à installer le suppléant intérimaire, Souleymane Sylla. N’est-ce pas déjà jurisprudence ? Pourquoi ces deux poids et deux mesures ? S’interrogent-ils. Affaire à suivre.

K.D.