Marcel Ceccaldi :


« Vous avez les richesses naturelles qui se trouvent au Nord. Vous avez des grands groupes qui ont intérêt à ce qu'il y ait partition au Mali. Parce qu'il est plus facile de traiter tout de suite avec un état qui vient d'être installé donc  par nature nécessairement faible plutôt que de négocier un état fort comme l'est la République du Mali. Ce qui est en jeu c'est cela, c'est l'avenir du Mali.»

 

Dans une interview qu’il a accordée à notre confrère Mahamadou Kane de radio Klédu, Me Marcel Ceccaldi, sans fioriture, donne son point de vue sur la nouvelle loi de révision constitutionnelle votée par l’Assemblée nationale, tout en précisant qu’il n’a nullement participé à l’écriture de ladite loi mais qu’il a plutôt été payé pour donner son avis sur la question de décentralisation. Qu’il a fait des propositions mais ne sait pas si elles ont été prises en compte. Toujours soucieux de donner la bonne info, « Le Sphinx » a pu consulter la critique et les propositions de Me Ceccaldi qu’IBK et ses ouailles ont cachées comme une maladie honteuse. (Voir page 3). Nous remercions l’avocat français pour son honnêteté intellectuelle et surtout pour l’estime qu’il a pour le Mali.

 Radio Klédu : Bonjour Me Marcel Ceccaldi. Quelle a été votre contribution à la rédaction du projet de la révision constitutionnelle du Mali ?

 Me Marcel Ceccaldi : Ecoutez,   il y a beaucoup d'inexactitudes qui ont été écrites à ce sujet.  Permettez-moi de vous dire que le Mali dispose de suffisamment d’intellectuels, d’éminents juristes pour pouvoir retrouver en son sein des esprits nécessaires et éclairés pour présenter un nouveau projet de constitution. Je n’ai été admis qu’à émettre un avis sur des questions que m’a posées par le ministre Tapo qui est un ami et qui a été un avocat du barreau de Paris. Concernant ce projet de Constitution, je crois qu'il faut remettre quand même les choses sur les rails. L'initiative de ce projet de constitution,  à l'origine, ne vient pas des autorités publiques maliennes. Ce projet de révision constitutionnelle a été imposé à la République du Mali par les accords d'Alger. La date butoir a été fixée au 31 décembre 2017. C'est donc sous la pression internationale que la République du Mali a été obligée d'engager cette réforme constitutionnelle. »

 

Est-ce que vous avez touché des honoraires pour ce travail-là ?

Eh bien, écoutez!quand un avocat fait un travail, il perçoit des honoraires. J’ai donné mon avis sur la décentralisation. Je  dis que la décentralisation allait coûter beaucoup d’argent aux  finances maliennes. Pourquoi ? Parce que les accords d’Alger dans le cadre du  bicaméralisme prévoient deux Assemblées au futur. Quand vous avez deux assemblées.  Eh bien !,  le coût de fonctionnement de ses assemblées est multiplié par deux. Vous allez avoir l’assemblée territoriale. Et structurellement, il faut du personnel, il faut le transfert de la fonction publique à la fonction territoriale.


Est-ce que le moment est propice à une révision de la constitution au Mali ?

 Je suis peu informé sur cette constitution que si vous me demandez : avez-vous  le projet qui a été voté à l’Assemblée nationale, je serai incapable de vous dire oui. Vous me dites que je suis le rédacteur d’une constitution dont je n’ai même pas le projet.

 

Vous n’avez pas une copie de la révision constitutionnelle ?

Mais non, je n’en ai pas. Désolé de vous le dire, je n’en ai pas. Je n’ai pas le texte qui a été adopté par l’Assemblée nationale. Je n’ai pas le texte qui a été proposé à l’Assemblée nationale ? Donc ne me demandez pas. J’ai cependant fait des observations mais je ne sais pas si ces observations ont été prises en compte par le gouvernement ou pas.

Ce que j’ai fait des notes concernant la décentralisation. J’ai même  écrit dans une des notes qu’il convenait de faire attention. Qu’il faut éviter de faire la décentralisation sans délai car les finances de la République du Mali ne permettent  pas supporter une telle chose. Qu'il fallait faire un calendrier de mise en place progressive.

 

Cela veut dire que vous  êtes contre la révision ?

Je vous dis simplement  que je ne suis  pas pour la partition : Je suis tout à fait hostile à la partition. Je trouve qu'il est absolument scandaleux d'avoir mis à la charge de l'Etat malien les obligations qui lui ont été imposées par les accords d'Alger. C'est-à-dire c'est un travestissement des faits. C'est un travestissement de la réalité. C'est un travestissement des causes de l'agitation au Mali. Parce que derrière cette entreprise qu'est-ce que vous avez ? Vous avez les richesses naturelles qui se trouvent au Nord. Vous avez des grands groupes qui ont intérêt à ce qu'il y ait partition au Mali. Parce qu'il est plus facile de traiter tout de suite avec un état qui vient d'être installé donc  par nature nécessairement faible plutôt que de négocier un état fort comme l'est la République du Mali. Ce qui est en jeu c'est cela, c'est l'avenir du Mali.

 

Transcrit par A.D