POLEMIQUE A PROPOS D’UNE MOSQUEE DE L’ACI 2000

Mahmoud Dicko fait révoquer un jeune imam chiite


Cela s’est passé à la mosquée majestueuse de l’ACI 2000 construite par les Turcs et qui se dresse non loin de la Direction générale des collectivités territoriales. Il y a tout juste près d’un mois, à l’occasion d’une cérémonie officielle de clôture du Tafsir du Coran, organisée généralement à l’approche du mois de ramadan, les chiites ont déboulé de partout pour venir envahir les lieux et accrocher leurs drapeaux partout dans les environs. Le président du Haut conseil islamique qui était présent en tant qu’invité officiel à côté d’autres personnalités de l’islam, ne pouvait que réagir.
Cette mosquée, l’une des plus belles de Bamako, est actuellement placée sous la supervision du Haut conseil islamique par les Turcs qui l’ont construite. Il se trouve, en effet, qu’après la réalisation de l’édifice, les Turcs voulaient amener un de leurs imams pour y officier. Ce que Mahmoud Dicko, en tant que président du Haut conseil islamique, avait refusé et ne manquait pas d’arguments dont le principal : comment un imam turc pourrait-il jouer pleinement son rôle de guide religieux s’il ne parle aucune des langues pratiquées dans le pays ?
A vrai dire, le président du Haut conseil islamique a été vigilant et a fini par décrocher, après d’âpres négociations avec les promoteurs turcs de cette mosquée, qu’on le laisse désigner un des jeunes imams qui sont formés en conséquence et n’attendent que d’être responsabilisés.
C’est sur cette base donc que cette mosquée a été mise sous une sorte de tutelle du Haut conseil islamique qui a désigné le jeune imam Cissé pour y officier en tant qu’imam principal.
Pourtant, en le désignant, Mahmoud Dicko savait bien que le jeune était un chiite. Mais selon un proche du président du Haut conseil islamique, l’imam Mahmoud Dicko ne fait pas de distinction, considérant que nous sommes tous des musulmans, l’essentiel étant  que le jeune imam Cissé respecte les normes et prescriptions pour mériter sa place d’imam.
Depuis l’ouverture de cette mosquée, il y a près de deux ans, tout allait bien jusqu’à ce samedi matin du mois d’avril dernier, lorsqu’en pleine cérémonie officielle de clôture du Tafsir du Coran, ponctuée notamment par un récital de Coran et des séances de bénédictions, les chiites déboulent de partout et deviennent maîtres des lieux, en peu de temps.
Partout il y avait leurs signes distinctifs dont des drapeaux. Le président du Haut conseil islamique, mis devant le fait accompli, n’en revenait pas car se trouvant ainsi piégé au milieu de cette foule de fidèles chiites apparemment bien mobilisés pour la cause. 
C’est en ce moment que Mahmoud Dicko et d’autres invités se sont levés pour partir, refusant ce que l’un des proches du président du Haut conseil islamique appelle «une tentative d’humiliation».
Mais avant de s’éloigner, l’Imam Dicko a tenu à dire au jeune imam Cissé cette mise au point : «Tu oublies que c’est grâce à moi que tu es devenu imam de cette mosquée. Mais à partir de ce jour sache que tu ne l’es plus».
Aussitôt dit, aussitôt fait car l’imam Cissé, dès cet instant, ne pouvait plus diriger les prières dans cette mosquée, laissant son adjoint assurer l’intérim pendant deux jours, avant qu’un nouvel imam ne soit désigné par le Haut conseil islamique.
C’est désormais l’imam Haïdara de Djicoroni-para qui a été désigné pour remplacer le jeune Cissé. Mais la communautchiite n’a voulu rien comprendre et a tenté de donner une autre version des faits pour reprocher à l’imam Mamoud Dicko de vouloir faire preuve d’ostracisme, en ne favorisant que les imams de la mouvance wahabbite.
Malheureusement pour les détracteurs, le remplaçant du jeune Cissé, l’imam Haïdara, n’est pas connu comme wahabbite. Lorsque nous avons interrogé ceux qui avaient l’habitude de se mettre derrière lui à Djicoroni-para pour prier, ils ont été formels : l’imam Haïdara n’est pas Wahabbite et serait plutôt de la Tidianiya. Débat donc clos à ce niveau.
Les premiers jours après la révocation de l’imam Cissé, il y a eu quelques remous au niveau de la mosquée car tout le monde n’était pas au même niveau d’information. Mais à présent, les choses sont rentrées dans l’ordre.
L’autre question qui agite les débats, c’est de savoir si Mahmoud Dicko a réellement la prérogative de changer un imam. Deux réponses qui se recoupent ont été formulées par un des fidèles qui fréquente cette mosquée de l’ACI 2000, mais qui a une formation qui le destinait au départ à être un imam. C’est donc un connaisseur. Pour lui, en tant que président du Haut conseil islamique, Mahmoud Dicko a un statut officiel d’émir qui peut lui permettre d’intervenir pour redresser pareilles situations de dérive. 
Mais pour ce cas précis de la mosquée de l’ACI 2000, précise-t-il, il faut savoir que c’est Mahmoud Dicko qui avait désigné l’imam Cissé resté sous son parrainage car même si le jeune imam partait en voyage, il s’en référait à Mahmoud Dicko qui désignait un imam chargé d’officier le jour du vendredi, laissant l’adjoint du jeune imam Cissé diriger les autres prières jusqu’à son retour.
Ces précisions faites, il n’y a donc plus de quoi s’égosiller et de faire de cette affaire une cabale contre les chiites. Ce qui est loin d’être le cas.  Mais pour autant, les mosquées doivent-elles être transformes en lieux de propagande !

K.D.