LES NON-DITS DU REPORT DE LA VISITE DU ROI M.VI À BAMAKO
Quand les maladresses d’IBK exposent davantage le pays


Laconique fut le communiqué de Koulouba annonçant le report de la visite du roi à une date ultérieure et sans la moindre explication. Tenter éventuellement de justifier ce couac serait revenu à étaler les lacunes et maladresses de la diplomatie malienne à travers les tergiversations du Président Ibrahim Boubacar Keïta.


















C’est par un tweet publié dans la matinée du mardi 21 février dernier que la présidence malienne a annoncé que «la visite de Sa Majesté le roi Mohammed VI du Maroc au Mali est reportée à une date ultérieure». Et de préciser que ce report s’est fait «à la demande de la partie marocaine».

Pour être reportée, il aurait bien fallu auparavant que ladite visite ait été officiellement annoncée par l’auteur du tweet, à savoir, la Présidence de la République du Mali. Aussi, pourquoi à la demande du Roi lequel, non plus, n’a fait la moindre annonce en prélude ? C’est dire que la fameuse «visite reportée» ne manque pas de relents.  

Contrairement à la rumeur, ce n’est point la maladie du Président IBK qui serait à l’origine du report. Les raisons ne semblent, non plus provenir côté marocain dans la mesure où le visiteur continue allègrement sa tournée dans le reste du continent à savoir, le Ghana Zambie, le Kenya, la Côte d’Ivoire et la Guinée Conakry. Il y a donc autre chose.    

Troublantes coïncidences
Hier jeudi 23 Février, la salle du Ministère du Développement Industriel a abrité une rencontre des officiels maliens avec une forte délégation du «Forum des Chefs d’Entreprises algérien» (FCE). A l’ordre du jour, «Entretien avec le Ministre du Développement Industriel avec la Délégation», «Présentation de la Délégation/ Objectifs et attentes de la Mission (Centre d’Intérêt)», etc.  
Quel rapport donc avec la visite du roi ? Pour tout dire, le séjour du souverain chérifien initialement prévu du 21 au 23 Février aurait été marqué par cette rencontre du Forum des Chefs d’Entreprise Algérien. Et la date de la rencontre ne semble pas un fait du hasard. La presse marocaine en donne un début d’explication :

«S’agissant de la quatrième étape de cette tournée, le Mali, qui est la plus déterminante, dans le sens où l’Algérie, ayant anticipé cette visite royale, a fait bouger ses services diplomatiques pour se mettre dans la poche ce pays. A contrario de ses manœuvres qui ne s’appuient sur aucun partenariat de développement réel, le Maroc devrait jouer la carte de la coopération dans les domaines socio-économiques et la visite du roi Mohammed VI sera l’occasion d’inaugurer un certain nombre de projets, dont un hôpital portant le nom du souverain» (source : http://fr.le360.ma/).

L’on apprend donc que c’est en prélude à l’étape malienne au demeurant «très déterminante» pour le Maroc, que l’Algérie a mis en branle sa diplomatie. Le sachant donc, la partie marocaine a demandé et obtenu le report certainement jusqu’à ce que le ciel se dégage («une date ultérieure»).

Encore de troublantes coïncidences

Selon le calendrier préalablement conçu, la mise en place des autorités intermédiaires devrait survenir du 13 au 20 février dernier dans l’ensemble des régions concernées : Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka et Taoudéni. Mais dans les faits et sur le terrain, les populations de Gao ont manifesté leur désaccord. Tombouctou a emboité le pas. Les rebelles de CMA lesquels ont pourtant réclamé à hue et à dia cette option ont surpris plus d’un en boycottant la cérémonie de mise en place. 
Récapitulons : la mise en place des autorités intermédiaires devrait survenir au plus tard le 20 Février et la visite du roi à Bamako s’étalait initialement du 21 (soit au lendemain de la mise en place des autorités intérimaires) au 23 Février.
A se demander encore en quoi cela peut-il concerner le report de la visite du roi à Bamako. Un rappel s’impose.
Ces «Marocains» de la CMA
On le sait : le Maroc a une influence certaine sur une partie (peut-être la plus importante) des séparatistes de la CMA. Il l’a démontré de la plus belle manière. Les composantes censées sous son influence, à savoir, le MNLA, le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) se sont abstenus de parapher l’Accord d’Alger à la date du 1er Mars 2015 nonobstant l’insistance d’Alger.
Aussi, le Maroc n’a pas jugé opportun de dépêcher son chef de la diplomatie ou un ministre quelconque pour représenter le royaume à ladite cérémonie de signature. Une absence consécutive à la visite de Bilal Ag Chérif à Rabat à Rabat où il a été reçu par le Roi Mohamed VI en personne.
C’est finalement à la date du 20 juin que tout le monde fut présent à Bamako en vue de la signature dudit document.
Avec la bénédiction du Souverain Chérifien ? Certainement, en tout cas, à en croire Ali Ansari, président du Centre des études Tombouctou qui, à la faveur d’une Conférence tenue à Rabat le 11 juillet 2015, a insisté sur «le rôle joué par le royaume dans le processus de paix au Mali».
Et de préciser : «C’est la diplomatie marocaine qui a convaincu les composantes de la Coordination des mouvements de l’Azawad de signer, le 20 juin à Bamako, l’accord de paix… Malheureusement, cet effort n'a pas bénéficié d'une campagne de médiatisation à l’intérieur du pays comme à l’étranger».
Faut-il alors croire qu’au contraire de l’Algérie, le Maroc a beaucoup plus d’influence sur les Mouvements séparatistes ? Au regard de la volte-face de la CMA pourtant acquise à la mise des autorités intérimaires, il y a de quoi faire admettre cette hypothèse. Il s’agirait donc d’une réponse du Maroc à l’Algérie et aussi une mise en garde à l’attention de Bamako.
Les maladresses et tergiversations d’IBK
Les observateurs ont été nombreux à déplorer l’existence de plusieurs médiateurs souvent antagonistes dans le dossier malien. C’est en effet à la demande du président malien que des pays ont pris part au débat : Algérie, Burkina Faso, Maroc, Mauritanie, Qatar, etc. Si, par principe toutes les initiatives s’avèrent les bienvenues dans le cadre d’un règlement pacifique de la question, l’on ne peut que se réjouir du nombre important des acteurs. Mais la question n’est pas seulement d’ordre qualitatif. C’est plutôt la qualité, pas la valeur intrinsèque des acteurs qui compte.
C’est bien IBK qui, au mépris des réalités géopolitiques de la sous-région, a fait appel aux frères ennemis algérien et marocain. Toute chose à l’origine de la naissance de tendances au sein des groupes armés et par extension, de la naissance de blocs et d’interlocuteurs défendant chacun son mentor. En clair, chaque groupe semble désormais réagir à une demande expresse de son protecteur marocain ou algérien. Comme pour dire que le légendaire contentieux algério-marocain s’est invité dans la crise malienne.  Et la récente réadmission du Maroc dans l’Union Africaine risquera d’exacerber la crise malienne puisqu’il faudra s’attendre à une plus grande présence et influence des deux pays (Maroc et Algérien) sur «leurs» groupes armés respectifs. Mais pourquoi donc ?
L’épineuse question du Sahara Occidental
Il existe désormais au Mali un courant politique favorable au Maroc dans le dossier du Polisario. Il s’agit du Parti CODEM membre de la Mouvance présidentielle. En 2015, cette formation, 3ème sur l’échiquier national, a invité l'Etat malien à réviser son choix politique à l'endroit du Sahara Occidental. En clair, qu'il cesse de reconnaître la souveraineté du Polisario et par conséquent, le considérer dorénavant comme une province du Sud du Maroc.
Le parti de la « Quenouille » fonde son choix sur la résolution de l'ONU déniant toute possibilité de création d'un Etat Sahraoui, à large autonomie accordée aux provinces par le roi Mohamed VI. Aussi, pour cette formation politique, le Mali tirera beaucoup davantage suite à sa nouvelle orientation politique, à l'image du Sénégal, du Burkina, entre autres pays africains qui entretiennent des relations très avantageuses avec le Royaume Chérifien.
Le nouveau choix politique serait en effet beaucoup plus avantageux pour le Mali d’autant plus qu'il est lié au Maroc par plusieurs siècles d'histoire.
La géopolitique de la région est cependant loin d'être simple. Les partisans d'un Polisario dans le giron chérifien n'ignorent certainement rien des relations plutôt délicates entre certaines puissances de la région ainsi que les mille et un contentieux historiques entre les Etats.
Souvenez-vous-en : quand en 2007, la Libye procéda à l'ouverture d'un consulat à Kidal, la réaction algérienne ne se fit pas attendre. Alger exerça alors une énorme pression sur le Mali, pression empreinte de menace de boycott de l'Accord d'Alger. Le sous-entendu était clair : le voisin menaçait d’offrir une base arrière aux rebelles touaregs. Bamako céda.

A l'image de la Libye, l'Algérie n'entretient pas le grand amour avec le Maroc. Elle s'est même abstenue d'inviter le Royaume au sommet sur la sécurité dans la bande sahélo-saharienne en 2014. Le Roi n'a pas aimé et l'a fait savoir. En clair, les tensions restent vives entre les voisins dans cette partie du continent. Elles sont exacerbées par des actes de terroristes, de trafic de tout genre et chaque pays accusant son voisin d'être l'instigateur des troubles.
Autant dire que la tension entre les Etats de la Région, en l'occurrence entre ceux du Maghreb et du Nord-est africain, reste toujours vive. Et elle impacte désormais sur toute la sous-région en l’occurrence sur le Mali déjà confronté à une crise multiforme.
Le pays risque bien d’être le théâtre d’un conflit par procuration entre Algériens et Marocains à travers les groupes armés séparatistes et/ou jihadistes. La preuve ? Le Maroc accuse aujourd’hui l’Algérie d’exacerber la crise malienne en y envoyant les combattants issus des camps de réfugiés de Tindouf pour perpétrer des attentats et de considérer le pays en question comme «une arrière-cour privée ou un terrain d'expérimentation». Et il promet de s’impliquer afin que cela cesse.  Pour Alger, j’y suis et j’y reste ! Quant à Bamako, elle reste, coincée entre les deux puissances qu’elle a elle-même sollicitées ! Hélas ! Une maladresse qui lui impose un choix cornélien : reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Polisario et exposer le pays aux représailles de l’Algérie, le pays de l’Accord de Paix ou continuer reconnaître celle du Sahara Occidentale et exposer son pays à la colère du Roi du Maroc lequel, on le sait, ne manque désormais plus de moyens de pression non seulement à travers les groupes armés qu’il contrôle désormais, mais aussi, à travers ses nombreuses investissements et le rachat de de la quasi-totalité des sociétés et entreprises maliennes. Bref, le Roi Mohamed VI peut, à l’heure actuelle, contribuer à effondrer l’économie malienne. Et l’Algérie, à détériorer davantage le Nord et le Centre du Pays. N’est-ce pas d’ailleurs elle (l’Algérie) qui offre couvert et gîte à Iyad Ag Aly ainsi qu’à nombre de combattants ? 
Batomah Sissoko