MANIFESTATIONS POPULAIRES AUTOUR DU PROJET DE REFERENDUM

Le samedi de tous les dangers


Ceux qui ont encore en mémoire les derniers jours du régime du Général Moussa Traoré ne souhaitent pas voir le pays continuer à vivre dans cette atmosphère de tension caractérisée par deux camps opposés et se regardant en chiens de faïence. Surtout avec cette dynamique de marches et contremarches qui ne contribue qu’à tirer le pays vers le chaos. C’est pourquoi, demain samedi, avec le méga meeting programmé par la Plateforme «An té A bana, Touche pas à ma constitution» et la riposte programmée du camp du «Oui» le même jour, le pouvoir ne mesure pas à son juste niveau le danger qui court.

 
En raison de la rencontre du G-5 Sahel qui doit se tenir à Bamako, la Plateforme «An té A banna, Touche pas à ma constitution» a décidé de transformer sa marche prévue le samedi 1er juin 2017 en un meeting géant qui se tiendra à l’ACI 2000, plus précisément sur le grand boulevard où se déroule habituellement le défilé marquant la fête de l’Indépendance du Mali. Tout un symbole ! C’est dire aussi que les responsables de la Plateforme, tout en tenant à manifester publiquement leur point de vue et se faire entendre du pouvoir, prouvent qu’ils respectent le Mali. Raison pour laquelle, ils n’ont pas voulu maintenir leur marche prévue en plein centre-ville demain samedi pour ne pas perturber la tenue du sommet du G-5 Sahel, cette organisation sous régionale sécuritaire dont le Mali assure la présidence, en la personne du président IBK.

C’est donc dire qu’il n’y a  pas lieu de prendre les uns et les autres pour des ennemis parce qu’ils expriment des points de vue différents, surtout que ceux qui ont pris la décision de ne pas perturber la tenue de cette rencontre internationale par une marche comme on en avait vu le 17 juin dernier, ont posé ainsi un acte patriotique salutaire.

Mais ce qui est incompréhensible, c’est lorsque des gens qui se considèrent comme des «amis» du président de la République,  qu’ils soutiennent,  dont en première ligne des responsables de partis dits de la Majorité, ne se font pas le même souci et décident d’organiser une grande marche en ville, le même jour, pour tenter de contrer l’opposition au projet de révision constitutionnelle. Comme on le dit dans ce camp-là, on organise une contremarche pour démontrer à l’opposition qu’on sait mobiliser autant, sinon plus qu’elle. 

Dès lors, il y a de l’électricité dans l’air et on s’étonne de voir que ceux qui se disent membres de la Majorité et donc des soutiens du président IBK s’entêtent à chercher la confrontation, au risque de faire basculer le pays dans le chaos, au lieu de travailler pour la paix. En effet, et si les deux groupes se croisaient dans les rues de Bamako en cette période de sécurité fragile !

De toute façon, le discours belliqueux, disons va-t-en-guerre, tenu par le président IBK en recevant officiellement la Charte pour la paix et la stabilité des mains du président de la Commission chargée de l‘élaborer, n’est pas un exemple d’apaisement d’une situation déjà trop tendue et qui pourrait s’embraser à la moindre étincelle. Ce jour-là, devant des diplomates et des représentants d’institutions internationales, le président IBK s’est déchaîné pour tenir un discours mal à propos. On sentait l’agacement sur le visage de ces éminentes personnalités de l’auditoire.

En effet, le président IBK doit se ressaisir et appeler les prétendus «faucons» qui sont dans les rangs de ses souteneurs déclarés à mettre la pédale douce, pour ne pas tomber dans le piège de l’escalade. Car à ce rythme de marches et contremarches, c’est l’image du Mali qui s’en trouvera ternie et puisque l’argent n’aime pas le bruit, les bailleurs de fonds et autres Partenaires techniques et financiers du Mali freineront des quatre fers quant à la destination Mali, en attendant d’y voir clair. Ce serait regrettable. Le Mali n’a pas besoin de cette logique de confrontation physique qui arrive au moment où les plaies ouvertes lors des événements douloureux qui ont secoué le pays ces dernières années viennent à peine d’être pansées.

Le président IBK doit comprendre que ceux qui le poussent à faire passer son projet de référendum constitutionnel au forceps ne sont pas du tout ses amis, mais des agitateurs qui sont là tout juste pour faire mousser les choses à leur profit car personne n’a intérêt à voir le pays s’embraser. Mais à entendre ce qui se dit en ville, on n’en est pas loin.

L’opposition est dans son rôle et cherche toujours à faire le plus de bruit possible pour se faire entendre. Et le projet de référendum constitutionnel qui est une préoccupation de dimension nationale lui a donné l’occasion de se réveiller et de s’allier des franges importantes de la société malienne. Il n’appartient pas à la majorité au pouvoir de chercher à se comporter comme tel car ce serait ouvrir la porte à toutes les dérives.

Le président IBK qui a entamé une série de consultations autour de ce projet de révision constitutionnelle a donc fini par là où il fallait commencer. Notamment en écoutant tout le monde et prendre conseil avant de se lancer dans cette aventure qui est aujourd’hui comme une patate chaude entre ses mains car avec la dynamique de contestation actuelle, tout est possible.

Il nous revient que tous les services qui s’occupent de renseignements et de prévention sécuritaire ont alerté sur le danger d’avoir ces deux manifestations le même jour, c'est-à-dire samedi 1er juillet 2017 : le meeting des opposants au référendum et la marche des souteneurs du «oui» au projet. Mais les thuriféraires du pouvoir et de la Majorité s’adossent à un entêtement dangereux entretenu depuis Koulouba en passant par certains départements ministériels pour foncer tête baissée vers le piège de la confrontation, voire de l’affrontement. A ce jeu, IBK pense-t-il en sortir gagnant ? Rien n’est moins sûr ! L’avenir est le meilleur juge.

K.D.