KLEPTOMANIE FINANCIERE

 
« Le Sphinx » l’avait dénoncé, le Parena confirme…..et enfonce le clou.

 
Il y a cinq mois, « Le Sphinx » dans son édition N° 668, avait pointé le doigt sur les détournements qui ont émaillé l’achat des avions chinois et brésiliens et des hélicos dans un article paru sous le titre : « Acquisitions d’avions militaires par le Mali : les scandales se suivent et se ressemblent ». Après une minutieuse enquête, c’est au tour du Parti pour la Renaissance africaine (Parena) d’enfoncer le clou avant-hier mercredi, lors d’une conférence de presse. Nous vous proposons ici la déclaration linéaire de Tiébilé Dramé, le Président du Parena et notre article paru le 24 novembre 2017.

Achat d’équipements pour l’armée malienne 

Micmacs et détournements : un hélicoptère super PUMA payé en espèces, le mystere des avions brésiliens !


 INTRODUCTION :

 Les lignes qui suivent décrivent comment les ressources publiques destinées aux forces armées de sécurité d’un pays en guerre sont détournées et pillées par les autorités maliennes retranchées derrière le « Secret Défense ».

Nous ne révélons aucune information sensible sur les moyens dont dispose notre armée. Nous dénonçons le vol à grande échelle dont nos forces, notre peuple et notre pays sont les victimes de la part de nos dirigeants.

De toutes les façons, dans leurs tentatives d’endormir les Maliens, le président de la République et ses gouvernements ont eux-mêmes décrit par le menu, à plusieurs reprises, les nouveaux moyens. Ils ont même ouvert les portes des casernes pour montrer aux téléspectateurs les avions de transport et les hélicoptères. Donc, ils sont mal venus de nous accuser de parler de ce qu’ils ont eux-mêmes exhibé à la télévision et dans les journaux.

 

Malgré l’insécurité croissante, les milliards destinés à l’armée sont détournés.

 

Depuis au moins un an, le président de la République et le Gouvernement ne ratent  aucune occasion pour célébrer « la remise à niveau » de nos forces armées.

D’importants moyens auraient été acquis pour mettre nos forces en état d’accomplir leur mission sacrée de défense de notre pays. Les propagandistes du régime mettent notamment l’accent sur l’achat d’avions et d’hélicoptères de transport de troupes ou de combat. A les croire, l’armée de l’air, en particulier, « a poussé des ailes ». « Jamais un président de la République n’avait fait autant pour les forces armées et de sécurité » a déclaré le ministre de la sécurité lors d’une interview avec des animateurs de radio en langue bamanan.

Le président de la République lui-même a déclaré en décembre 2017 : « Nous avons fait un effort budgétaire considérable pour doter (les forces) d’armements modernes, notamment d’une aviation. Sont acquis ou en voie de l’être quatre hélicoptères Puma et MI-35, quatre avions d’attaque Super Tucano brésiliens, trois avions de transport Casa et Y-12 chinois. Quand je suis arrivé aux affaires, notre aviation, qui eut ses heures de gloire, était à l’image de l’Etat malien : réduite à néant. Aujourd’hui, elle renaît, à l’instar du Mali » (Jeune Afrique numéro 2969 du 3 décembre 2017).

Plus récemment il a dit aux journalistes d’un quotidien français : « l’armée vient d’acquérir des avions achetés au prix fort » (le Monde du 22 février 2018).
Malheureusement pour les Maliens, plus le président et ses ministres parlent de nouvelles acquisitions, plus l’insécurité augmente.

En 2017, 716 personnes ont perdu la vie au Mali. Parmi elles, 245 militaires maliens. Les trois premiers mois de 2018 ont enregistré la mort d’au moins 300 personnes dont 51 militaires maliens et six internationaux.
Victimes civiles et militaires au nord et au centre du Mali de 2013 à 2017
Il y a cinq mois, « Le Sphinx » dans son édition N° 668, avait pointé le doigt sur les détournements qui ont émaillé l’achat des avions chinois et brésiliens et des hélicos dans un article paru sous le titre : « Acquisitions d’avions militaires par le Mali : les scandales se suivent et se ressemblent ». Après une minutieuse enquête, c’est au tour du Parti pour la Renaissance africaine (Parena) d’enfoncer le clou avant-hier mercredi, lors d’une conférence de presse. Nous vous proposons ici la déclaration linéaire de Tiébilé Dramé, le Président du Parena et notre article paru le 24 novembre 2017.

Achat d’équipements pour l’armée malienne 

Puma maliens tombent souvent en panne. L’on a, ici, une claire indication que le gouvernement a préféré acquérir de vieux appareils dans des conditions douteuses (paiement en espèces d’un des deux Super PUMA) plutôt que d’investir dans des hélicoptères à même de voler.
Le mystère des avions brésiliens : en juin 2015, le Mali a signé un contrat de 88,7 millions de dollars américains, soit environ 51,682 milliards FCFA (au cours en vigueur en Juin 2015), pour l’acquisition de six (6) avions de guerre « Super Tucano ».
Dans l’interview à « Jeune Afrique », citée plus haut, le président de la République a annoncé la livraison imminente de quatre (4) Super Tucano.
Embraer SA, la société brésilienne qui fabrique les Super Tucano s’apprête, en effet, à livrer quatre appareils. La valeur totale de ces quatre avions (qui inclut aussi des prestations de service) est d’environ 68 millions de dollars.
 Au lieu de 51,7 milliards FCFA initialement prévu, le contrat de Juin 2015 a fait l’objet de 53,302 milliards de FCFA d’engagement et de mandatement entre 2015 et 2017 par les services financiers de l’Etat.
Une première tranche de 13,367 milliards a été « liquidée » en 2015.
Une seconde tranche de 18,636 milliards a été payée en 2016. La « liquidation » de la troisième tranche de 21,298 milliards était prévue en 2017.
Pourtant, EMBRAER ne livrera que quatre appareils comme annoncé par le président.
Où sont donc passés les deux autres avions de guerre ?
La valeur de ces deux avions est d’environ 20,7 millions de dollars, soit environ 11,2 milliards de FCFA (au cours actuel du dollar).   
 Que s’est-il passé entre temps ? Un mystère que le gouvernement se doit de dissiper au plus vite. Comme il doit expliquer le retard de livraison des quatre Super Tucano ?

 Facsimilé d’un extrait du rapport d’audit (voir ci-dessous)

 Hélicoptère réparé à près de six milliards ! Un hélicoptère de combat acquis sous le président Amadou Toumani Touré a été réparé en 2016 à hauteur de 5,8 milliards francs dans un pays voisin.

Un pilote formé à 250 millions de FCFA ! Le Mali a signé un contrat pour la formation de 15 pilotes à 3,78 milliards de FCFA avec une entreprise basée à Singapour qui offre des cours en République Tchèque. Des vérifications auprès d’experts aux Etats-Unis suggèrent que le coût de formation d’un pilote se situe entre 20 et 35 millions de FCFA.

 Des taux de change imaginaires. La plupart des contrats ont été signés en dollars américains. Entre 2015 et 2017, le dollar a fluctué entre 545 et 630 FCFA. Pourtant, les sommes convertis l’ont toujours été en défaveur du Trésor public qui a perdu plus de 2,1 milliards de FCFA dans les opérations de change.

 Conclusion :

 Depuis plusieurs mois, le président de la République, Chef suprême des armées, est en possession de deux rapports explosifs sur des détournements massifs de ressources financières destinées à nos forces.
Il n’a pris aucune sanction administrative contre ceux qui se sont livrés à ces détournements.
Il n’a ni publié lesdits rapports ni saisi la justice.
Que faut-il en conclure ?
Que le président de la République couvre de son autorité les actes abondamment décrits dans les deux rapports !
L’inaction du Chef de l’Etat dans le traitement de ces graves affaires n’est ni compréhensible ni acceptable.
Sa responsabilité politique et morale en tant que Chef suprême des armées est totalement engagée.
La mauvaise utilisation des ressources financières destinées à nos forces dans ce contexte de guerre contre le terrorisme est un immense scandale d’Etat.
C’est parmi les plus grands scandales financiers de l’ère IBK, c’est sans doute le plus grand scandale politico-financier depuis l’indépendance du Mali. Jamais les ressources publiques n’ont été dilapidées avec tant de cynisme.

 Le président, les premiers ministres et les ministres concernés doivent s’expliquer et tirer toutes les conséquences des actes posés.

En guerre et exsangue, notre pays ne mérite pas d’être gouverné ainsi.

 Bamako, le 25 avril 2018.