REPORT DES ELECTIONS LOCALES

L’alliance Plateforme-CMA demandait 300 millions pour accepter la tenue du scrutin

 

Avec la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, le président IBK jubilait pour avoir obtenu un instrument de construction de la paix, la stabilité et la réconciliation. Mais cet Accord, au fil des jours, est devenu finalement encombrant parce que source de conflit dans sa mise en œuvre. En effet, la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma) et la Plateforme (composée des mouvements d’autodéfense) tous deux signataires dudit accord, ne sont vraiment pas dans de bonnes dispositions de collaboration avec les autorités maliennes qu’elles entendent faire marcher par le chantage. Le dernier en date n’a pas marché devant le Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga qui leur a tenu tête et les menaces mises à exécution ont été à la base du report des élections locales initialement prévues pour le 17 décembre prochain, à cause de la multiplication des attentats.

 

Une fois de plus, Le Sphinx a eu raison sur les thuriféraires qui aveuglent le président IBK en travestissant la vérité pour lui faire prendre  des décisions qui n’aboutissent qu’à des impasses. Le énième report des élections locales décidé en Conseil des ministres extraordinaire de dimanche dernier en est une parfaite illustration. 

En effet, il y a un mois, dans un de nos articles intitulé  « Collectivités territoriales, élections locales et révision constitutionnelle : Divergences profondes entre la coalition Cma-Plateforme et le régime IBK » nous avions évoqué la menace qui pèse sur les élections locales prévues pour le 17 décembre 2017 en des termes sans équivoque : « Y a-t-il encore un Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger ? Cette question vaut son pesant d’or dans la mesure où de grandes décisions prises ces derniers temps par l’Etat malien sont contestées par l’entente Plateforme-Cma qui considère que l’Accord a été violé par l’Etat malien, notamment par des dispositions contraires à celles de l’Accord et qui se trouvent contenues dans des lois votées et relatives à la libre administration des collectivités territoriales, au Code des collectivités territoriales et sur la révision constitutionnelle. Sur cette base, cette coalition rejette évidemment l’organisation de toute élection locale, tant que les textes dénoncés ne seront pas en conformité avec l’Accord. », écrivions-nous.

Sans être des oiseaux de mauvais augure, nous avons voulu informer que l’évaluation faite de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation par la Plateforme et la Cma, à la fin du mois d’octobre dernier, n’augure rien de bon, pour amener les autorités à prendre leurs dispositions. Ce qui n’a pas été fait et le régime IBK fonce droit vers l’impasse car il n’est même pas évident que les élections locales puissent se tenir au mois d’avril 2018 comme prévu.

C’est parce que la Cma et la Plateforme, deux frères ennemis devenus subitement des alliés contre le pouvoir, ont beau jeu d’utiliser le prétexte d’impairs au niveau de la mise en œuvre de l’Accord pour s’opposer à toute initiative du Gouvernement, faire monter les enchères et verser dans le chantage pour accepter la tenue d’élections dans leur zone d’influence, comme c’est le cas pour les élections locales que l’on vient de renvoyer au mois d’avril prochain.

En effet, dans un document intitulé « Evaluation succincte de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger » qui nous et parvenu, cette alliance Cma-Plateforme, faisant le point de l’état d’avancement de la mise en œuvre de l’Accord, ont fait ressortir « des points de timide avancée du processus » avant d’égrener un long chapelet de « difficultés rencontrées ». Il s’agit de l’énumération d’une longue liste de points d’insuffisance dans la mise en œuvre de l’Accord, avant d’en tirer des recommandations dont l’application est posée comme un préalable à l’organisation de toute élection. C’est dire que cela reste valable pour la Présidentielle et ceux qui parlent encore d’une Transition faute de scrutin sont dans la prospective.

Certaines de ces 12 recommandations qualifiées d’urgentes ne sont pratiquement pas applicables d’ici la fin du mandat du président IBK qui se trouve pris dans son propre jeu. Et surtout que l’une de ces recommandations (n°4) demande clairement de ‘surseoir à l’organisation des élections de proximité (régions, cercles, communes) dans les régions du Nord/Azawad). L’alliance Cma/ Plateforme a été donc claire sur la question : elle s’opposait à la tenue des élections programmées pour le 17 décembre 2017.

Mais puisque le président IBK, qui est déjà en campagne électorale pour la Présidentielle de 2018 a un agenda qu’il tente de faire passer au forceps, un choc des intérêts était inévitable. Mais la Cma, comprenant donc l’enjeu que représentent ces élections locales pour IBK, en a profité, comme à son habitude, pour demander de l’argent afin d’accepter qu’elles puissent se tenir.

Il nous revient donc que cette proposition de leur verser 300 millions de nos francs et aussi de donner de l’argent « aux autres » a irrité le Premier ministre qui non seulement a du mal à entrer dans ce jeu, mais a compris aussi qu’en parlant « des autres » il ne s’agit que des mêmes éléments de cette alliance du mal éparpillés dans plusieurs groupes à engraisser avec fonds de l’Etat.

C’est ainsi que le Premier ministre a refusé ce chantage et face aux menaces proférées par les maîtres chanteurs, il leur a rappelé qu’il est descendant de Sonny Ali Ber, par conséquent il n’a pas peur d’eux. Que d’ailleurs, ils sont minoritaires.

Le reste est connu : la mise à exécution des menaces par la multiplication des attentats pour empêcher la tenue des élections initialement prévues le 17 décembre 2017. Finalement, c’est la énième reculade de l’Etat face à ces terroristes qui prennent en otage une partie de notre territoire et se font arroser grassement, à coups de centaines de millions, voire des milliards de nos francs par nos autorités car, rappelons-le, si l’Etat a résisté, ce ne fut pas le cas dans d’autres circonstances antérieures.

Le Premier ministre a failli être débarqué illico presto, comme quoi nul de doit, sous IBK, s’opposer au bon vouloir des enfants gâtés de la République pour provoquer ainsi leur colère qui empêche la réalisation de l’agenda politique du châtelain de Sébénicoro. En effet, il faut tenir les élections locales, même dans la douleur, pour ouvrir la voie à la Présidentielle qui reste à l’heure actuelle la seule raison de parler et d’agir des thuriféraires du régime et de leur mentor.

Si le fait de s’opposer aux bandits de grand chemin qui empestent la vie des Maliens en refusant de tomber dans leur jeu ignoble de chantage revient à créer des problèmes au président IBK. Il y a donc lieu de se demander si faire le contraire, c’est-à-dire donner l’argent de la République à ces pyromanes du nord et du centre du pays reviendrait à aider IBK.

De toute façon, si on ose affirmer que c’est ce qu’il fallait faire pour pouvoir tenir ce scrutin et dérouler l’agenda vers la Présidentielle, ce serait planter un couteau dans le dos du Mali et pareils actes sont répréhensibles et méritent bien une accusation de haute trahison du Mali.

N.S.