INTERVIEW DU DÉPUTÉ MAMADOU HAWA GASSAMA (URD) À PROPOS DE L’ACCORD DE READMISSION

«Comme ATT à propos du code de la Famille, IBK doit reculer !»

                                                                         



 










Dans un entretien qu’il nous a accordé, le Député Mamadou Hawa Gassama Djaby explique tous les contours de l’expulsion de nos deux compatriotes d’Allemagne. Il évoque également le cas de ceux en attente dans le couloir de l’expulsion un peu partout dans l’espace U.E. Il ne s’arrête pas là : il conseille vivement au Président IBK de changer de fusil d’épaule. Interview !

  Le Sphinx : Honorable Gassama, deux Maliens viennent d’être expulsés d’Allemagne. Il ne s’agit pas d’une première sur le sol européen. Qu’en pensez-vous ?

 Mamadou Hawa Gassama : Je vous remercie pour votre démarche. Avant toute chose, je me dois de vous dire dans quelles circonstances j’ai accédé à ce dossier. Cela fait aujourd’hui 23 ans que je séjourne à l’Assemblée nationale en qualité de Député. Et je n’ai jamais vu et entendu ce qui se passe aujourd’hui au Mali. Moi-même, je suis migrant issu de la 1ère Région. Je dispose d’une carte de séjour valable jusqu’en 2026. Nous avions appris, à travers des rumeurs, que le gouvernement malien a signé un document autorisant l’Union européenne à expulser les Maliens en contrepartie d’un montant. Ils ont démenti. Mais qu’est-ce qu’on voit par la suite ? Deux Maliens, à savoir Mamadou Dramé et Amadou Bâh respectivement de Kéréouané (Nara) et de Kayes expulsés sur Bamako. Ils ont dit leur avoir remis des laissez-passer et que le délai était désormais passé. 

Qui donc leur a délivré ces laissez-passer ?

L’Ambassadeur du Mali en Allemagne, à savoir Toumani Djimé Diallo ! Il leur a donné un délai de trois (03) mois qui a été forclos. Par la suite, les autorités allemandes ont procédé à d’autres arrestations de Maliens au motif que leur pays avait signé l’accord et ont précisé que leurs homologues du Mali ont envoyé des fonctionnaires maliens à Berlin pour les interviewer. Il s’agissait tout simplement de les identifier afin de procéder à leur expulsion. Mais comment procèdent-ils ? Il s’agit de policiers en civil qui font parler les personnes concernées et les incitent à se confier à eux. Et une fois qu’ils ont entendu ce qu’ils veulent entendre, ils les embarquent.

Pour le cas de Mamadou Dramé et Amadou Bâh, ils ont été embarqués dans un vol commercial en Allemagne et c’est en France qu’ils ont tenté d’emprunter un vol dans lequel se trouvaient de nombreux Maliens. Très fâchés, ces derniers ont protesté et menacé de saccager l’avion. Ils furent contraints de les faire sortir et d’aller les remettre en prison. Il nous revient qu’en prison là-bas, ils n’avaient droit qu’à un seul repas par jour, exactement à chaque 11h 45. Aussi, ils ont subi des châtiments corporels.

A Bamako, lorsque nous avions obtenu la preuve de tout ce qu’ils ont subi et surtout de l’existence des fameux documents paraphés par les autorités maliennes, nous avons compris que c’était sérieux et qu’il faille réagir au plus vite. Nous (l’opposition politique) avions déposé une motion de censure et il y a eu l’interpellation du Gouvernement. Le Premier ministre Modibo Keïta, les ministres Diop, Mountaga Tall et Abdrahamane Sylla ont alors profité de l’occasion pour nous insulter et jouer au théâtre, prétendant n’avoir jamais signé de papier et qu’ils ne signeront jamais. Nous leur alors dit de ne pas signer s’ils ne l’ont pas encore fait. Mais nous savons qu’ils ont paraphé.

 Vous dites qu’ils ont paraphé ? Et que veut dire parapher selon vous ?

Parapher c’est certifier avoir lu et pris connaissance du contenu d’un document. Il ne reste alors plus qu’à finaliser. Et c’est la signature du communiqué qui a constitué cette finalisation. Autrement, comment comprendre que sur la seule base d’un paraphe qu’ils entament de facto les procédures d’expulsions…
On en était là, lorsque nous avions appris que de nouveaux laissez-passer ont été délivrés à l’intention de Mamadou Dramé et Amadou Bâh le 25 Novembre 2016 et qu’ils devraient être expulsés le 08 Janvier. Mais au lieu du 08, ils ont anticipé au 06 janvier. Cela aussi, nous l’avions appris. Mais au lieu d’un vol commercial, ils ont choisi un vol spécial. Je rappelle que les deux hommes ont leurs femmes et enfants là-bas en Allemagne. Et tenez-vous bien : l’un d’eux était en voie de régularisation, conformément à la loi sur l’immigration en Allemagne. Mais à cause du laissez-passer délivré par le Mali, ils ont arrêté la procédure et entamé celle de l’expulsion.
Qu’à cela ne tienne. Nous avions estimé que les autorités maliennes seraient présentes à leur accueil. Mais personne n’était là ! Ce jour à l’aéroport, étaient pourtant présents tous les membres du Gouvernement pour cause de visite d’IBK au Ghana en vue de prendre part à l’investiture du Président Ghanéen. Nous les avions vus. Et le chef de Cabinet que mon frère et moi avions apostrophé, a clairement dit qu’il venait accompagner le Président IBK et rien d’autre.  En vérité, ils ont essayé de tout verrouiller et empêcher les journalistes d’accéder aux lieux. Et là, nous avions vu les deux compatriotes descendre de l’avion avec deux policiers. Il n’y avait aucune autorité malienne sur place. Aucune !

Ce sont des gendarmes maliens qui sont venus, mais pas pour les deux expulsés, mais pour m’expulser, moi !

Au sortir de l’Aéroport, nous avons rencontré des journalistes, obtenu des soutiens et des réactions très positives et encourageantes. 

 Selon vous, les autorités maliennes ont-elles ou non signé l’accord de réadmission de leurs compatriotes ?

Voyez-vous, elles disent n’avoir pas signé et pourtant l’Union européenne est en train de s’exécuter sur la base du même document et les nôtres ne font rien pour l’empêcher. Elles disent être en pourparlers. Quels pourparlers alors que ceux de l’autre côté sont en pleine exécution !

Nous constatons que les Blancs ont finalement obtenu avec IBK ce qu’ils n’ont jamais eu avec les autres, à savoir, Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré, ATT. Ceux-ci ont tous refusé. Mais il doit reculer comme ATT l’a fait à propos de l’affaire relative au code de la Famille. C’est celui-là un Responsable !

 

Y a-t-il d’autres Maliens sur le point d’être expulsés d’Allemagne ?


Bien sûr ! Il y en a plusieurs un peu partout en Europe ! C’est une opération qui ne fait que commencer. Les Maliens n’ont plus la paix en U.E. Le président de l’Adp-Mali-Ba qui vit en Italie en a fait le témoignage en direct sur une radio à Bamako. Le cas de l’Italie a-t-il dit, est pire, c’est la honte. Les Maliens sont d’abord bastonnés avant d’être emprisonnés et expulsés.

Il y a autre chose en France : l’affaire du consulat ! Certains Maliens disposent de documents de séjour d’une durée de six mois à un an. Une fois l’échéance passée, il s’agit systématiquement d’un récépissé que le détenteur est tenu de le renouveler à l’aide de son passeport. Mais seulement voilà : impossible d’obtenir le passeport sans la carte NINA. Et point de cartes NINA ! De nombreux compatriotes ont ainsi perdu tous leurs droits et travail pour cette raison. Les Maliens passent toute la nuit à l’Ambassade et au Consulat juste pour obtenir leur carte. Et après seulement 30 livraisons, le consulat prétend qu’il n’y en a plus…

 
Et qu’a fait l’opposition pour les deux expulsés ?   

Les Députés de l’Opposition ont décidé d’aller réconforter les deux Maliens expulsés d’Allemagne chez eux à domicile. Nous y avions été. Je l’ai fait parce que je suis le défenseur des Maliens où qu’ils soient, leur garde-corps, avocat et journaliste. Nous sommes tous concernés.

Nous sommes une opposition républicaine… Au début, nous étions 21 à l’Hémicycle. Aujourd’hui, nous sommes plus de trente suite à l’adhésion d’autres députés de Sadi, Adp... Nous, nous savons n’avoir pas la majorité parce qu’ils ont acheté des députés. Et chaque fois que nous protestons, quand bien même les intérêts supérieurs du Mali soient en péril, ils mettent en effet le fait majoritaire. C’est bien pour cette raison que des députés ont démissionné de leurs propres rangs.
Pour notre part, nous dénonçons ce qu’il y a à dénoncer, nous déposons une motion de censure au besoin. Nous communiquons… Nous estimons avoir joué notre rôle et continuerons à le faire…
Dans des Etats sérieux comme le Sénégal par exemple, les dossiers font plusieurs circuits avant d’être adoptés… Mais au Mali, le Conseil adopte et c’est tout. L’Assemblée n’est même pas consultée. C’est cela un Etat !

Propos recueillis par A. Dramé

 

YORO MAÏGA (URD)

«Les Maliens n’ont désormais plus la paix… Nos Diplomates sont complices»


 Yoro Maïga est membre de l’Urd, très présent dans l’Espace de l’Union Européenne. Pour lui, la chasse aux Maliens a bel et bien commencé. Et les premiers complices des autorités européennes sont nos diplomates en poste. 

 «Pour ma part, je signale que le cas Amadou Bâh, est très difficile à comprendre. Son premier laissez-passer a été signé le 1er Août 2016 par l’Ambassadeur du Mali.   Mais l’intéressé s’est caché et ils n’ont pu le retrouver dans le délai indiqué qui est de 03 mois. Et après l’échéance, il est réapparu. La loi n’autorisait plus les autorités allemandes à l’expulser.
Et il s’est rendu auprès d’elles en vue de renouveler son visa. Sur place, les Allemands lui ont conseillé de se rendre à l’Ambassade du Mali afin d’obtenir un document d’authentification de sa nationalité malienne. Et c’est seulement après que son visa sera renouvelé.
Sur place à la représentation diplomatique malienne, le 2ème Conseiller de l’Ambassadeur, à savoir Alassane Touré, a écrit une lettre sous pli fermé à l’intention des autorités allemandes indiquant qu’il ne disposait d’aucun papier attestant qu’il était Malien. Et naturellement, lorsqu’il a lui-même amené cette lettre, il a été arrêté. En vérité, l’Ambassade avait déjà délivré le laissez-passer le concernant. La complicité est évidente.
Je signale qu’il a passé 13 ans en Allemagne, qu’il y travaillait et dispose toujours d’un compte bancaire, d’une assurance... L’on sait qu’il est quasiment impossible d’obtenir de tels privilèges en Allemagne si l’on ne présente pas de garanties.
Je dis tout simplement que les véritables complices sont nos diplomates en poste en Europe.  Mais pourquoi se comportent-ils ainsi ? Nous l’ignorons».