IBK vu par confrère français

 

« Un roi fainéant » tel est le titre d’une enquête sur Ibrahim Boubacar Keïta réalisée par le journaliste Jean Louis le Touzet 

« Candidat à sa réélection, le président malien est un intellectuel brillant, chaleureux mais léger. Le plus souvent en voyage à l’étranger, il brille par son absence. Un vide dangereux dans un pays au bord du gouffre ». Telle est l’introduction de cette enquête réalisée par Jean Louis le Touzet qui révèle que, selon les audiences accordées par le président IBK sont rarement matinales parce que « c’est loin d’être un lève-tôt » écrit-il.

« Depuis cinq ans, IBK dirige le Mali, un grand corps malade plongé dans une profonde léthargie » écrit-il. Il explique que pendant un mois et demi il a sollicité les services de la Présidence pour une longue interview sur le bilan du président IBK. Mais finalement, « le président est trop occupé » lui a-t-on répondu par sms, avant d’ajouter que lorsqu’il a montré cette réponse à un responsable européen, celui-ci s’est exclamé : « Mais occupé à quoi, bon sang ? IBK, c’est Néron dans son palais qui joue de la lyre devant un Mali qui va s’embraser ».

Le journaliste rappelle qu’il avait rencontré IBK lorsqu’il était candidat à la présidentielle de 2013. « Il était fort civil, avec des accents lyriques, incontestablement théâtral » relève-t-il. Et il cite Laurent Bigot, ancien haut fonctionnaire du Quai d’Orsay, qui fait le parallèle entre IBK et Hamid Karzaï. « Le parallèle avec Hamid Karzaï est dans toutes les têtes » écrit-il, avant d’expliquer pourquoi : « Comme son ancien homologue afghan, le président malien a d’abord joui du soutien de la communauté internationale et porté les espoirs d’un pays libéré du joug jihadiste avant d’en incarner tous les travers », rapporte-t-il, avant de rappeler, parlant de la biographie du président IBK : « Personne n’ignore non plus que son grand-père est mort à Verdun. Parfois c’est son arrière-grand-père. Le doute n’est pas levé parce que les deux versions sont imprimées ».

L’auteur précise : Selon son hagiographe …un certain Moussa Cissé, IBK aurait fait partie du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère français des Affaires étrangères, dirigé à l’époque par Thierry de Montbrial qui ne se rappelle pas de lui ». Par contre, écrit le journaliste : « L’historienne Hélène Carrère d’Encausse, dont il se réclame, se souvient de lui, mais dément avoir supervisé son Doctorat comme il le prétend. On lui attribue aussi d’improbables études sur les « rayons cosmiques » au laboratoire de physique nucléaire Leprince-Ringuet ».

Citant Albert Bourgi le Monsieur « Françafrique » qui connaît bien IBK selon lui, il écrit : « Ibrim, que j’ai fréquenté à Paris, alors étudiant, n’a jamais été vraiment un politique. Un intellectuel, oui. Très rive gauche, libertaire, tiré à quatre épingles, roulant en cabriolet. Un côté zazou qui aime la bonne chère. Au fond, c’est un homme des années 50. Il avait une  pour le cinéma de Jean-Luc Godard puisqu’il m’avait demandé un jour de lui dénicher l’affiche de « La Chinoise ». De ses années-là, je retiens un vrai sapeur avant la lettre.  Mais surtout, un vrai lettré. »

Dans son enquête, le journaliste parlera de son passage à l’Ong « Terre des hommes » où IBK se fit remarquer par « les longues lettres très littéraires qu’il envoyait » car en temps-là, précise l’auteur, il n’y avait pas d’Internet « et le téléphone était hasardeux » pour communiquer. Le journaliste de continuer ainsi : « Toutefois, se souvient Didier François, « ses lettres contenaient assez peu d’informations de terrain. Eh bien, à la lecture, parfois, je me demandais ce qu’il faisait vraiment sur place… »

Mais malgré « sa paresse légendaire » écrit le journaliste, IBK est devenu Premier ministre du président Alpha Oumar Konaré. « Un antidogmatique aux commandes du gouvernement servait Alpha Oumar Konaré et ses projets de réformes » avait révélé une source, comme le rapporte l’auteur de cette enquête qui continue ainsi : « Un point de vue partagé par Soumaïla Cissé : « Le président Konaré n’ignorait pas les travers d’IBK mais pour autant ne supportait pas que l’on dise du mal de son Premier ministre. Ça le peinait. Il me disait : « Soyez respectueux avec lui ! » Car Ibrahim Boubacar Keïta s’avère fort utile. Le président lui confie des relations qui peuvent s’avérer compromettantes » écrit Jean Louis le Touzet. Lequel poursuit : sa bigoterie affichée durant la campagne fait sourire un de ses vieux amis parisiens : « il est religieux comme je suis le pape. »

Le changement d’horaire du Conseil des ministres, les cortèges vides qui vont au palais, ses innombrables voyages etc. Tout est dans cette longue enquête sur laquelle nous reviendrons amplement, ceci n’étant qu’un avant-goût de son contenu.

A.D.