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SUITE À LA DISSOLUTION DE LA FEMAFOOT POUR «RAISON D’ETAT», LA FIFA LANCE UN ULTIMATUM  AU MALI
Le délai de grâce, ce vendredi 10 mars et… Les non-dits d’un autre scandale 



«La décision du Ministre est une interférence dans les affaires internes de la FEMAFOOT…                                                                                   Au cas où la décision ne serait pas annulée à la date de vendredi 10 mars 2017 [aujourd’hui], le cas sera automatiquement soumis au Bureau du Conseil de la FIFA pour considération». C’est bien ce que révèle la correspondance de la FIFA moins de 24 heures après la dissolution du                  Bureau Fédéral de la FEMAFOOT par le Ministre Malien des Sports. Housseini Amion Guindo  a visiblement la marge de manœuvre désormais très réduite. Il est appelé à lever sa décision de dissolution de la FEMAFOOT moins de 24 heures après l’avoir adoptée, ou exposer le pays à                   une suspension.
 Dans une correspondance en date du 09 mars 2017 adressée à Boubacar Baba Diarra,                                                                                       Président de la FEMAFOOT, l’instance suprême du football mondiale, précise en effet ceci : «La décision ministérielle du 8 mars 2017 va à l’encontre de ce principe et sa mise en œuvre constituerait une interférence dans les affaires internes de la FEMAFOOT. Dès lors, nous vous             prions de bien vouloir en informer le Ministre et lui indiquer qu’au cas où la décision ne serait pas annulée à la date de vendredi, 10 mars 2017, le cas sera automatiquement soumis au Bureau du Conseil de la FIFA pour considération»                 (lire encadré).   
 Dans le même document, Zurich (siège de la FIFA) rappelle que «les articles 14 par. 1 let. i) et 19 des Statuts de la                                                     FIFA toutes nos associations membres doivent gérer leurs affaires de façon indépendante. A défaut, et si elles ne sont                                             pas en situation de le faire, elles sont passibles de sanctions de la part de la FIFA, y inclus une possible suspension,                                             même si l’ingérence n’est pas imputable à l’association membre concerné

 Autrement dit, la sanction concernera non les membres de l’Association (la FEMAFOOT), mais le football malien dans tous ses compartiments. Et le ministre a seulement ce jour jusqu’à minuit pour faire marche arrière. Mais comment  en est-on arrivé ?

 

«Raison d’Etat» selon le Ministre Guindo

 

C’est en effet dans la journée du 08 Mars dernier que le Ministre des Sports a invité Boubacar Baba Diarra (Président de la FEMAFOOT) à se rendre au Ministère. Sur place, il lui fit savoir par le biais de son chef de cabinet qu’il a décidé de casser le bureau fédéral pour «raison d’Etat». Et par la suite, c’est le Ministre lui-même qui lui lança ceci au visage : «J’ai décidé et c’est tout « â - bana » (c’est fini !). Les choses furent dès lors précipitées. Une correspondance fut adressée au président de la FEMAFOOT dans laquelle il est écrit : «Considérant la persistance de la crise… ».  

 

Moins de 24 heures après la «dissolution», 03 huissiers accompagnés d’un camion rempli de policiers se rendirent au siège de la FEMAFOOT pour y enlever des documents et poser des scellés. Et presque 03 heures de temps plus tard, tomba la correspondance de la FIFA : la levée de la décision de dissolution ou la suspension du Mali !

Un choix difficile et pour cause. Revenir sur les pas discréditerait davantage un gouvernement déjà fragilisé et préoccupé par d’autres crises sociales pour le moins pernicieuses et quant au statu quo, il est tout simplement synonyme de sanctions.

Mais en attendant que le ministre, voire IBK, se décide, la «Raison d’Etat» a-t-elle son sens ici ? Difficile de le dire dans la mesure où la sécurité de l’Etat malien n’est nullement en péril.

Au demeurant et à propos de la crise présumée persistante, les deux parties en conflit sont convoquées par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) ce lundi 20 mars 2017 à Lausanne,  en Suisse,  en vue de vider complètement et définitivement le contentieux. C’est dire que la procédure suit son cours normal. Autrement, il n’ y a pas le feu au lac !

Un abus de pouvoir
Si les textes autorisent le Gouvernement à retirer sa délégation de pouvoir à toute association mais dans des conditions bien définies, il n’a cependant nullement le droit de dissoudre une association dont l’existence est garantie par notre loi fondamentale (la liberté d’association). Vu sous ce prisme, la décision du Ministre est anticonstitutionnelle. C’est l’Assemblée Générale dument convoquée d’une association (la FEMAFOOT ne fait pas exception) qui a pouvoir de dissoudre le bureau. L’ingérence est donc patente !  
Par ailleurs, le retrait de la délégation de pouvoir dans le cas de la FEMAFOOT est assujetti à des critères bien établis. Il peut être adopté en cas de blocage avéré de la discipline (le football), de troubles graves à l’ordre public du fait de ladite association, ou lorsque les compétitions ne se déroulent pas du tout. L’on constate allègrement que ce n’est pas le cas ici. A l’heure actuelle en effet, le championnat national est à sa 7ème journée, celui des dames est désormais lancé, etc.
Autre violation de la loi par le Ministre : la saisie du patrimoine de la FEMAFOOT, à savoir son siège sis à l’ACI 2000. Il s’avère que c’est la FIFA qui a payé la parcelle et construit entièrement le bâtiment avant de l’offrir à la FEMAFOOT. L’Etat malien n’a donc aucun droit sur ces installations considérées à raison comme une propriété privée.
C’est dire qu’en marge d’éventuelles sanctions de la FIFA, la FEMAFOOT est bien en droit de poursuivre l’Etat malien devant les juridictions nationales compétentes.
En tout état de cause et selon toute évidence, la décision du Ministre Guindo semble avoir des motivations non dévoilées. En somme, «la raison d’Etat» et la «persistance de la crise» ne sont que des alibis. Et si les raisons étaient d’ordre politique ?

Batomah Sissoko