REFERENDUM CONSTITUTIONNEL : DES MILICES ARMÉES S’INVITENT AU DÉBAT

Vers les escadrons de la mort !

Ce n’était pas une première. Mais ce fut bien la première fois depuis l’instauration du débat sur le projet de référendum constitutionnel que des membres d’une milice privée s’en prennent publiquement aux partisans du «Non» devant une structure de l’Etat et en présence des éléments des forces de l’ordre restés passifs. Un constat qui n’augure rien de bon.

Les faits se sont déroulés mardi dernier aux portes de l’ORTM où les membres du Mouvements du «Non» ont été empêchés par des loubards de tenir leur sit-in. Ce groupe d’associations voulait protester contre la partialité de l’ORTM et pour l’égal accès aux médias d’Etat. Ce qui n’est pas trop demandé en démocratie.

Il est en effet de notoriété que la chaine nationale est désormais monopolisée par le pouvoir en place et s’abstient par conséquent de couvrir et de diffuser toutes autres activités n’allant dans le sens de la vision du régime en place. Ce qui constitue une grave entorse au principe démocratique.

Aussi, les manifestants étaient dans leurs droits et avaient par surcroit obtenu l’autorisation requise pour leur sit-in. Raison pour laquelle d’ailleurs des éléments des forces de l’ordre ont été déployés sur place afin d’encadrer la manif.

Mais sur les lieux, ce sont les loubards qui feront régner terreur et désordre. Habillés tous en t-shirt blanc, ils s’appliqueront tout simplement à empêcher le sit-in en agressant physiquement les membres de l’’autre camp au seul motif qu’ils sont les ressortissants du quartier BOZOLA, siège de l’ORTM. Ce qui est tout simplement aberrant dans la mesure où les autorités légitimes ont donné leur caution. On devine aisément que les gros-bras en question ont été engagés et payés par la tendance du «Non». Et il nous revient que certains d’entre eux détenaient des armes blanches et à feu.

Le plus grave est que les éléments des forces de l’ordre présents sur les lieux n’ont daigné lever le petit doigt afin d’empêcher les loubards de perturber une manifestation légale soit dit en passant. Tout se passait comme s’ils n’étaient là. Et pourtant, il est de notoriété que les mêmes éléments sont prompts à intervenir et à faire usage de violence surtout de gaz à la moindre tentative de trouble à l’ordre public, dans d’autres circonstances, bien entendu. Qu’est-ce qui expliquait donc leur passivité ici ?

En tout état de cause, les agressés ont promis, pour une prochaine fois, de prendre des mesures adéquates afin de faire face à tout empêcheur de tourner en rond dans le mesure où, disent-ils, les pouvoirs publics (les forces de l’ordre en l’occurrence) s’abstiennent de prendre leurs responsabilités.  Vous avez dit légitime défense ? Il faudra alors logiquement s’attendre à des cas d’attaques, de ripostes et de représailles entre les partisans des deux tendances. 

Aussi, l’on sait que les loubards en question ont été engagés, entretenus et bénéficient de la protection de la tendance du «Oui», donc du régime en place. Il s’agit donc d’une véritable milice portant les germes d’un escadron de la mort comme en Côte d’Ivoire dans un passé récent.

Et le fait pour les forces de l’ordre de cautionner la pratique signifie leur propre mort à elles d’abord puisqu’elles abandonnent du coup leur mission et devoir. A quoi servent-elles désormais, s’interroge-t-on très logiquement ? Il s’agit bien d’un suicide ! Et sans compter la menace d’une guerre civile !

Batomah Sissoko