Visas pour l’Eldorado
Le serial killer Oumar Doumbia prenait leur argent avant de les  assassiner froidement


 

Avec déjà cinq meurtres reconnus, le serial killer Oumar Doumbia aura fort avec la justice. Mais l’on se demande d’ailleurs s’il ne s’est pas empressé de limiter les dégâts en arrêtant ses aveux à ce nombre afin de couvrir d’autres meurtres. Cette version est en tout cas la mieux partagée au niveau de son quartier, djicoroni-para, où dans la cour familiale où  il était en train de finir la construction d’un étage dont la valeur dépasse de loin le total des sommes déclarées comme carottées chez les cinq victimes. Mais déjà, nous apprenons qu’il avait programmé d’amener dans ce voyage sans retour le frère d’une de ses victimes après lui avoir pris de l’argent. Le départ était programmé pour le mois de février. Quelle chance alors pour ce jeune qui a finalement découvert le sort réservé à son aîné. Mais c’est la preuve que le tueur Oumar Doumbia n’a pas tout dit.

 Nos investigations nous ont conduits à une enquête de proximité au cours de laquelle nous en avons beaucoup appris sur Oumar Doumbia qui se faisait passer tantôt pour un commerçant tantôt pour un démarcheur de visas ou même parfois pour un agent de joueurs en mesure de permettre le transfert de jeunes footballeurs vers la Belgique. Son aisance financière subite avait quand même commencé à inquiéter des voisins qui se le murmuraient à l’oreille, de peur d’être entendus par la mère du jeune tueur qui n’allait pas hésiter à cracher son venin sur quiconque toucherait à son fils bien-aimé. Un demi-frère du jeune Oumar Doumbia en a fait les frais car à la suite d’un accrochage, sa marâtre, qui n’est autre que la mère du serial killer Oumar, l’a traité de tous les péchés d’Israël, avant de lui cracher à la figure qu’il nourrissait tout simplement une jalousie incommensurable à l’endroit de son fils qui a réussi dans sa vie.

On sait que dans la plupart de nos familles, seul compte désormais l’argent. Qu’importe la façon dont c’est gagné. Et ce demi-frère d’Oumar, qui a occupé de hautes fonctions de la République du temps du Président ATT et dont nous préférons taire le nom, a subi les rigueurs de cette loi. Finalement, il était obligé de se replier dans une maison d’une cité de logements sociaux qu’il a acquise, ne venant dans la grande famille que pour voir ses parents et surtout pour s’occuper de son père qu’il aimait tant et qui est d’ailleurs décédé il y a seulement quelques mois.  

C’est une grosse erreur donc que de s’en prendre à tous les membres de la famille du criminel Oumar Doumbia. Même si, au niveau du voisinage à Djicoroni-para, on raconte cette histoire du meurtre d’un jeune chauffeur de taxi, qui aurait rendu l’âme après une bastonnade subie dans cette cour. Et puisque les langues osent maintenant se délier, le nom du serial killer revient souvent comme l’auteur présumé de cette bastonnade.

Pour rappeler les faits, il s’agit d’un jeune chauffeur de taxi qui habitait dans le coin. Selon nos investigations, il lui était reproché des relations adultérines avec une des femmes mariées de la concession. Il se raconte que les deux tourtereaux profitaient du moment où la femme volage entrait dans la toilette pour se laver le soir, laissant son mari en train de regarder la télé, cloué dans son canapé après un repas copieux.

De toute façon, le taximan n’a pas eu la vie sauve après avoir été passé à tabac. Ce qui fera dire à des habitants du voisinage qu’il y a un adage selon lequel celui qui tue une fois ne s’arrêtera jamais de le faire. Est-ce le cas du jeune Oumar Doumbia que des habitants du quartier ont tout le temps soupçonné d’être l’auteur de cet autre crime ? Est-ce vrai ? Voilà, en tout cas, une autre piste d’enquête pour les limiers en charge de ce dossier car cette affaire permettra de comprendre beaucoup de choses.  

Toujours est-il que le jeune Oumar Doumbia qui a reconnu cinq meurtres. Il agissait de sang-froid et usait de ruse pour se permettre même de prendre de l’argent au niveau de la famille des victimes, comme l’ont d’ailleurs découvert les éléments de la Brigade d’investigations judiciaires qu’il faut vraiment féliciter eu égard à la diligence dans l’enquête qui a fini par faire tomber ce sanguinaire d’Oumar Doumbia/ Lequel faisait croire  à ses victimes qu’il pouvait les faire entrer en Europe moyennant la somme d’un million cinq cent mille Francs CFA (1.500.000 F CFA). Alors qu’il les destinait à une mort atroce.

Il exigeait, avant toute chose, de lui verser un acompte d’un million de nos francs au moins et ensuite de lui désigner la personne chez laquelle il devra encaisser le reliquat, une fois le candidat à l’émigration clandestine arrivé en Europe.

Après avoir drogué sa victime qu’il amenait à bord de sa voiture dans un coin non fréquenté, parfois hors de Bamako, il la tuait et revenait sur ses pas, quelques jours après, pour demander à la famille du disparu de solder les comptes. Quel sang-froid !

Il se trouve que pour mieux tromper la vigilance des gens, il prenait le soin d’appeler avec un numéro masqué la famille de celui qu’il a déjà exécuté, pour imiter sa voix  et faire croire qu’il était bien arrivé en Europe. Non seulement on le remercie, mais on lui verse de l’argent et la nouvelle de la réussite de son opération lui attire de nouveaux prétendants au voyage qu’il pouvait plumer sans crainte.

Cependant, le père d’une des victimes que nous avons rencontré, en l’occurrence Balla Moussa Keïta, un des responsables du parti Yéléma de Sébénicoro où il  se trouve être un officier d’état-civil, avoue que le départ il était sceptique, lorsque son fils lui a parlé de seulement 1,5 million de FCFA pour pouvoir rejoindre l’Europe. Mais puisque le fiston lui a apporté le cas de deux de ses amis footballeurs qui étaient censés être en Belgique grâce à Oumar Doumbia, il ne savait plus quoi dire et a mis la main à la poche.

En plus, même lorsqu’on lui faisait croire que son enfant est bien arrivé en Europe il n’en était pas certain et attendait d’en savoir plus. Il nous révèle qu’au dernier moment, il a eu des soupçons et avait commencé une petite enquête. C’est au moment même où il se décidait à alerter la sécurité pour l’aider à en savoir davantage sur son fils que la nouvelle, cruelle, est tombée : le corps de celui qui était présenté comme étant en Europe, Ousmane Keïta, a été découvert dans un état avancé de décomposition aux abords du village de Kéléya, en allant vers Bougouni. C’est dans cette localité que l’enterrement des restes du corps du jeune Ousmane Keïta a été effectué, suite à une cérémonie mortuaire organisée par le chef de village, selon des témoignages reçus des proches de la famille.

« J’en avais marre de toujours entendre dire au niveau de la famille que mon fils a appelé mais ne laisse jamais de contact pour être joint, prenant prétexte que, n’étant pas en règle, il utilisait les téléphones des autres et ne pouvait donner leurs numéros. La dernière fois j’ai même crié sur lui en lui disant de ne plus m’appeler s’il ne peut pas nous donner de contact, encore moins une adresse ou envoyer quoi que ce soit qui puisse rassurer. Mais curieusement, depuis ce jour, les appels téléphoniques se sont raréfiés et Oumar qui passait voir la famille de temps en temps devenait moins visible» confie notre interlocuteur qui avoue que le serial killer les a bien eus.

Mais plus grave, le jeune frère d’Ousmane, croyant dur comme fer à l’arrivée de son grand-frère en Europe, était prêt à tenter le coup et avait même donné l’avance réclamée par Oumar Doumbia. Heureusement pour lui car lors de sa dernière rencontre avec le meurtrier, ce dernier lui avait fait comprendre que le départ était programmé pour le mois de février. Un voyage sans retour auquel il a échappé et se rend maintenant compte du danger qu’il courait.

Selon toujours des proches de victimes, Oumar se débrouillait pour connaître les numéros de beaucoup de membres de la famille qu’il appelait de temps en temps par un numéro masqué, osant même parfois dire que leur fils promettait d’envoyer aux parents un véhicule que lui se chargerait d’aller chercher dans un des ports des pays voisins. Naturellement, il en profitait pour prendre de l’argent.

Pour le moment, il a reconnu avoir ainsi mis fin à la vie de cinq personnes. Outre Ousmane Keïta dont nous venons de parler, il y a parmi les victimes deux  ex-footballeurs de l’équipe de Kawral de Lafiabougou. Il s’agit de Souleymane Keïta dit Bassolo âgé de 26 ans et Cheick Oumar Keïta qui avait 29 ans. Deux amis qui habitaient ans le même quartier que leur bourreau, Oumar Doumbia, à Djicoroni-para. Pour cette fois, Oumar s’est fait passer pour un agent de joueurs en mesure de les amener pour jouer au football en Belgique. Mais patatras ! Leurs dépouilles ont été retrouvées aux environs du poste de péage de Sanankoroba.

Il y a aussi Beïdi Fomba dont le corps a été découvert, suite aux enquêtes menés par la Bij, vers Kéléya, quasiment au même endroit où on a retrouvé la dépouille d’Ousmane Keïta.

Le dernier meurtre par lequel tout a été découvert est celui du jeune Moussa Thiam, retrouvé mort à Dikato à quelques encablures de Farabana dans la commune du Mandé, après avoir été porté disparu depuis le 20 décembre 2016. Oumar Doumbia lui aurait pris 1 300 000 francs CFA et lui a fait subir le même sort que les autres. Mais puisque déjà le père d’Ousmane Keïta commençait à avoir des doutes au vu de sa réaction vive contre les appels téléphoniques intempestifs supposés provenir de son défunt fils avec un numéro masqué, Oumar a voulu changer de stratagème, en tentant de faire passer Thiam pour un mort des suites d’un accident de moto. En effet, Oumar a fait appeler la famille avec une voix féminine pour informer la famille de Thiam d’un accident de moto qui l’aurait emporté. Mais lorsque la famille voulut en savoir davantage, point de réponse. L’interlocuteur avait raccroché et le téléphone ne répondait plus. Pourtant la supposée informatrice avait utilisé le téléphone de la victime et disait avoir retrouvé le numéro d’un membre de la famille dans le répertoire téléphonique.

La famille fouillera toutes les morgues de Bamako sans rien trouver et aussi pas de trace d’accident enregistré au niveau des services de police et de la sécurité civile. Mais la moto sera aperçue dans une maison voisine, plus précisément dans la chambre de la sœur d’un certain    Camara dont les témoignages diront qu’il a été la dernière personne aperçue avec Moussa Thiam. C’est ainsi que Camara arrêté, l’enquête a remonté jusqu’à Oumar Doumbia.

C’est dire qu’il y a toute une chaîne de complicités, à l’instar de cette voix féminine qui a informé du faux accident de Moussa Thiam. On en dit beaucoup sur cette affaire certes, et des noms circulent çà et là. Mais puisque l’enquête est en cours, nous attendons de voir jusqu’où cela peut aboutir.

 

A.D