POUR POUVOIR EXPLOITER L’OR DU VILLAGE DE DOMBA

Bras de fer entre les villageois et Randgold

L’exploitation carrière aurifère de la commune rurale de Domba située dans le cercle de Bougouni par Randgold à travers sa mine de Morila, provoque la colère des populations qui exigent, hic et nunc, l’arrêt des travaux. Ce qu’ils avaient obtenu une première fois suite à une pétition adressée au ministre des Mines. Mais c’était sans compter avec des ressortissants du village de Domba vivant à Bamako, qui ont signé au nom des villageois et sans leur consentement, un protocole d’accord avec le groupe minier qui a repris les travaux, sans se soucier des préoccupations des populations. Le chef de village est d’ores et déjà dans tous ses états, mais le ministre des Mines, Thiémoko Sangaré, reste de marbre.

Lors d’une conférence de presse tenue récemment dans un hôtel de Bamako, le Pdg de Randgold, Mark Bristow, affirmait, dans le cadre des perspectives de sa firme au Mali : « Le projet de Domba a maintenant reçu l’aval de la communauté par l’intermédiaire de ses représentants. Le protocole d’accord conclu avec les représentants communautaires définit entre autres les modalités et le programme détaillé de déplacement des maisons touchées. Le projet devrait être lancé en septembre afin d’éviter l’impact de la saison des pluies sur les opérations et achevé d’ici la fin de l’exercice ».  

Ensuite, il précisera, parlant particulièrement de l’avenir de Morila : « Toutes les autorisations nécessaires pour le développement du satellite de Domba ont été obtenues après deux années de consultation avec les communautés et l’exploitation devrait débuter en septembre de cette année… »

Suite à cette conférence de presse, nous avons mené des investigations car auparavant nous étions informés que la population de Domba est en colère pour n’avoir jamais donné son aval et que les négociations ont été brusquement interrompues tandis que la mine continue ses travaux.

Il se trouve justement que cet aval dont parle le patron de Randgold est actuellement très contesté par la même communauté dont en première ligne le chef de village, Kourounko Mariko qui l’a fait savoir au ministre des Mines, Thiémoko Sangaré, qui reste pourtant de marbre face à la grogne des populations de Domba. Mais qu’est-ce qui s’est donc passé exactement ?

Une consultation publique autour du projet d’exploitation de la carrière aurifère de Domba au profit de Morila –sa a bel et bien eu lieu le 09 juillet 2015 sur la place publique de Domba sous la présidence du sous-préfet de Sanso, Bakary Keïta, en présence du maire de Domba, Oudou Mariko et le représentant du maire de Sanso, Fousseyni Traoré.

A cette réunion où les femmes étaient faiblement représentées, on notait la présence du chef de village de Domba et ses conseillers, les notables, le représentant des jeunes, entouré de plusieurs autres jeunes, les représentants des ressortissants de Domba résidant à Bamako.

Les services techniques de l’Etat étaient représentés notamment par la Direction nationale de l’Assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances (Dnacpn), de la Direction nationale de la géologie et des mines (Dngm) de la Direction régionale de l’Assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances (Dracpn) de Sikasso, de la Direction nationale du patrimoine culturel (Dnpc),  du Service Local de l’Assainissement et du contrôle des pollutions et nuisances (Sacpn) de Bougouni, du service Local de l’Agriculture de Domba et du chef de poste forestier de Domba. Même les médias étaient représentés à travers la radio locale de Sanso.

A l’issue de cette rencontre qui a duré des heures durant (elle a fini à 18 heures), les populations locales dit-on, ont accepté la réalisation du projet de la carrière de Domba sous réserve de recherche de solutions à leurs préoccupations et du financement des projets de développement communautaire proposés.

Mais au-delà de tout cela, la question cruciale qui se posait concernait la relocalisation du village de Domba envisagée par la Mine. Le point d’achoppement était que la Mine proposait une relocalisation partielle, alors que la communauté exigeait une relocalisation totale, pour ne pas casser les liens culturels et sociaux. En plus elle voulait que cela soit accompagné de toutes les commodités.

Lorsque cette question de relocalisation a été évoquée pendant la séance de consultation publique du 09 juillet 2015, les représentants de Morila avaient répondu que « la profitabilité du projet au stade actuel des réserves confirmées ne permet pas la relocalisation totale du village ». Et ils précisaient que « dans le passé, il avait été question de déplacer 99% du village. Le coût de l’or ne permettait pas au projet d’être profitable et a été abandonné ».

Tout ceci se trouve consigné dans un Procès-verbal de consultation publique signé par le sous-préfet Bakary Keïta dont « Le Sphinx » a copie. C’est pour dire que les autorités ne sont pas censées ignorer les divergences profondes qui existaient et leur devoir, naturellement, doit être de protéger les populations. L’a-t-on fait ? C’est moins évident car pendant que la mine de Morila continue tranquillement ses travaux, arguant avoir reçu l’aval de la communauté par ses représentants, le chef de village botte en touche et a même saisi les autorités par écrit pour leur signifier qu’il n’a jamais donné son aval et les populations qui sont avec lui sur place à Domba n’ont, elles aussi, jamais donné leur aval.

Le chef de village a expressément notifié son désaveu au directeur de Morila dans une correspondance datée du 29 juillet dernier et dans laquelle on pouvait lire : « Il me revient que la signature du Protocole d’Accord pour la réalisation du Projet de Domba est intervenue le 10 juillet 2017 entre votre société, le ministère des Mines et l’Association Domba Yiriwaton. Permettez-moi de vous rappeler Monsieur le Directeur que le village de Domba ne saurait être mieux représenté que par son chef que je suis. J’ai le devoir de vous signaler que j’ai par trois fois refusé de signer ce document au contenu duquel je n’ai pas adhéré. »

Et le chef de village de préciser, toujours dans la même correspondance : « Une première fois, le Professeur Elimane Mariko, président de l’Association Domba Yiriwaton, accompagné de Seydou et Yacouba tous Mariko de Gnéela, me l’avaient présenté pour signature, je n’ai pas accepté car, sur les quatre Familles qui composent le village de Domba, seule Gnéela était représentée, les rois autres : Sirakorola, Zantogola et Madiala étaient absentes ».

En plus, poursuit le chef de village de Domba : « Une seconde fois, les représentants des quatre Familles réunis dans le vestibule en présence du Conseil de village n’ont pu aboutir à un accord. C’était le samedi 03 juin 2017. Le lundi 05 juin, Yacouba Mariko, secrétaire administratif adjoint de Domba Yiriwaton est revenu de Bamako me soumettre le même document que je n’ai pas signé ».  Voilà qui est très clair. Mais que s’est-il passé après ?

Le chef de village de l’expliquer, toujours dans la même correspondance : « Devant mon refus répété qui traduit la volonté exprimée des chefs famille, des femmes et des jeunes du village, le président de Domba Yiriwaton m’a contourné et fait signer le protocole par Monsieur le Ministre, vous et lui-même. »

C’est extrêmement grave car si ce n’est de la trahison pure et simple de la communauté de Domba, ce n’est pas loin de l’être. C’est tellement vrai que le chef de village a précisé : « En dépit de tout cela, voilà que ce jour, 18 juillet 2017, le Professeur Elimane Mariko, président de l’Association, toujours accompagné de Seydou et Yacouba, tous Mariko, vient de m’annoncer la signature d’un document dans lequel je ne me reconnais pas et que je ne saurais approuver. Je n’ai ni donné un avis favorable pour la signature du protocole ni autorisé quelqu’un à signer à mes lieu et place.»

Et à la place de l’habituelle formule de politesse qui termine une correspondance administrative ou commerciale, le chef de village a écrit, laconique : …je vous prie de bien vouloir recevoir l’expression de mon profond désaveu ». Cela veut tout dire !

Cette correspondance a été envoyée en ampliation au ministre des Mines, au sous-préfet de Sanso, au maire de la commune de Domba, au président de Domba Yiriwaton et au président de Domba Dambé (une autre association). Mais curieusement, ni le ministre Thiémoko Sangaré ni le sous-préfet de Sanso encore moins le maire de Domba n’ont réagi comme le chef de village qui semble se retrouver ainsi comme la victime d’une vaste conspiration contre la communauté de Domba.

Alors que, en dehors de l’ampliation de cette lettre adressée au directeur de Morila, le ministre des Mines a été aussi saisi par écrit par le chef de village, par lettre du 19 juillet 2017.

Pourtant, les autorités publiques ont intérêt à attacher beaucoup d’intérêt au désaveu exprimé par le chef de village et qui se trouve être la position de trois familles de Domba sur les quatre que compte le village. Et on nous signale que ce n’est pas non plus une affaire de la famille Mariko, même si les trois personnes indexées en sont issues. Effectivement, des Mariko qui dénoncent ce faux protocole d’accord au profit de Randgold, il y en a beaucoup à Domba. C’est donc l’affaire d’un petit groupe qui a dû être vraiment motivé pour précipiter les choses de cette manière-là.

On ne parvient pas à comprendre ce qui a dû se passer entre temps pour que les responsables de l’Association pour le développement de Domba (Domba Yiriwaton) puissent agir de la sorte, elle qui avait initié en octobre 2015 une pétition pour protester contre l’exploitation de ce projet de carrière aurifère de Domba, affirmant que « les populations de Domba s’opposent à l’exploitation, dans les conditions actuelles, du gisement d’or situé dans leur village ».

Plus grave, une position radicale avait été adoptée, notamment en faisant comprendre aux autorités publiques que : « Contrairement à ce qui est affirmé dans la lettre de Randgold enregistrée à votre secrétariat le 15/09/2015, la position des populations a toujours été la même : pas de destruction partielle du village en raison, entre autres : des nuisances sonores dues aux bruits des engins de forage et des véhicules de transport du minerai ;  la pollution de l’air par la poussière, surtout que le site est situé à l’Est du village ; la contamination de la nappe phréatique ; l’impossibilité pour les enfants de se concentrer, le chantier est à quelques mètres des classes ».

Autant de raisons pourtant évoquées par la communauté lors de la consultation publique, mais pour lesquelles des solutions concrètes étaient encore attendues par le chef de village, les familles fondatrices du village, les femmes et les jeunes. C’est pourquoi le chef de village souhaitait encore prolonger la négociation.

Les propos contenus dans ladite pétition initiée par Domba Yiriwaton lui donnent pourtant raison : « La population souhaiterait le transfert du village sur un autre site. Les arguments économiques avancés par la société Morila ne tiennent pas face aux risques encourus, d’autant que dans la lettre qui vous a été adressée, on reconnaît que l’exploitation est rentable. Peut-on mettre la vie des gens en balance avec le prix de l’or ? »  

Curieux donc après tout ceci que trois responsables de Domba Yiriwaton se retournent pour trahir le village. C’est exactement ce qu’ils ont fait. Ah, argent quand tu nous tiens !

N.D