VIOLATIONS FLAGRANTES DES LIBERTES ET RECOURS A DES MILICES

 Au secours, la dictature s’installe !

Ceux qui ont vécu les événements du 26 mars 1991 voient dans les pratiques du pouvoir actuel et ses affidés un remake des actes de désespoir des derniers mois du régime du Général Moussa Traoré qui était déjà honni par le peuple et usait de la force aveugle pour tenter de s’imposer. Ils n’ont pas tort de faire cette comparaison car au fil des jours, les libertés des Maliens sont confisquées par une majorité présidentielle qui glisse dangereusement vers la dictature. Il est donc à craindre la réaction des Maliens qui n’accepteront jamais plus que leurs libertés soient bafouées et leur volonté rabrouée parce que, tout simplement, ils refusent de porter des œillères.  

 Le jeudi 8 juin 2017, une marche organisée par le Mouvement «Trop c’est trop» devant la Bourse du Travail a été sauvagement réprimée. Deux jours après, soit le samedi 10 juin, le même mouvement a remis cela et a subi encore une répression. Son porte-parole fut d’ailleurs interpellé par les forces de sécurité, avant d’être relâché deux heures plus tard.

Ensuite, on a assisté à une coupure des réseaux sociaux pour empêcher les appels à la mobilisation lancés en faveur de la marche pacifique du samedi 17 juin contre la révision de la Constitution. Pour la énième fois les réseaux sociaux sont coupés pour empêcher l’expression populaire sous le régime IBK qui présente une image très négative de côté-là. 

Il nous revient d’ailleurs, qu’après avoir tenté de nier en vain la responsabilité de ces coupures des réseaux sociaux, les services qui sont la main armée du pouvoir demandent maintenant aux opérateurs de procéder à une dégradation. En termes plus clairs, cela signifie que les réseaux sociaux ne fonctionnent qu’apparemment  puisqu’il faut patienter parfois près d’une demi-heure pour pouvoir ouvrir une page. Ce qui décourage et altère les ardeurs des utilisateurs.

C’est d’ailleurs au regard de toutes ces violations des libertés, entre autres pratiques dictatoriales, que la plateforme «Anté A banna Touche pas à ma constitution» a bien fait, dans un communiqué daté du 04 juin dernier, d’attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur ces dérives constatées ces derniers temps dont notamment le recours à des milices armées pour s’en prendre à des citoyens qui usent  de leurs droits fondamentaux, notamment les libertés d’expression et de manifestation.

En effet, le projet de révision constitutionnelle a divisé le pays en deux blocs distincts qui se regardent en chiens de faïence : le camp du « Oui » et celui du « Non ». Des risques d’affrontement, il y en a ! On sait qu’à plusieurs reprises des milices armées sont entrées en jeu pour empêcher la tenue de manifestations de mouvements et associations de ceux qui s’opposent à ce projet machiavélique de référendum. En effet, des milices armées d’armes blanches ont empêché une délégation de la Plateforme « An té A banna Touche pas à ma constitution » de se rendre dans plusieurs localités du pays dans le cadre e sa campagne de sensibilisation. «Le dimanche 2 juillet, une délégation de la Plateforme se rendant à Bougouni, conduite par l’un des porte-paroles, a dû rebrousser chemin sous la menace de groupes d’individus armés d’armes blanches. « Ces miliciens se réclamaient du camp de plusieurs hommes politiques de la majorité présidentielle. Ces miliciens, au mépris des forces de l’ordre, ont tenu le poste de contrôle de la ville et procédé à des fouilles des véhicules pour débusquer nos représentants », indique le communiqué. On se croirait alors dans un endroit mis sous coupe réglée par des terroristes et non au Mali du président Ibrahim Boubacar Keïta, élu à la présidentielle par un score soviétique qui révèle tant d’espoir du peuple de le voir mettre un terme à l’insécurité.  

Ces faits relatés par des responsables, non inventés mais réels, se sont déroulés pourtant dans un pays qui sort d’une crise sécuritaire qui devait pousser à redouter l’usage de pareilles méthodes, au lieu de les ériger en arguments pour violer les libertés d’expression, de mouvement et de manifestation. Le pouvoir doit pouvoir sévir contre de tels comportements, mais les milices qui agissent actuellement ne sont nullement inquiétées et ont d’ailleurs le temps et la liberté, comme pour le cas de la route de Bougouni, d’agir tranquillement au poste de péage de l’entrée de la localité, sans l’intervention de la force publique.

Doit-on alors penser à une connivence entre ces milices et des autorités publiques ?  Rappelons que «Mercredi 28 juin, une délégation de la Plateforme se rendant à Fana a été victime d’intimidations de la part des autorités préfectorales. Le vendredi 30 juin, une autre délégation se rendant à Banamba, conduite par un autre porte-parole, s’est vu refuser la tenue d’une conférence sur la révision de la Constitution par les autorités locales. Le commandant de la brigade de gendarmerie de la localité a suivi la délégation dans chacune de ses visites de courtoisie aux autorités traditionnelles et coutumières, insultant chaque membre de la délégation et les menaçant d’arrestation», rapporte ledit communiqué de la Plateforme.

Ensuite, toujours comme dénoncé par la Plateforme: «Le Préfet de Banamba a ensuite rédigé une correspondance confidentielle à la mairie de la localité, interdisant la tenue de la conférence. Cette correspondance invoquait le motif de l’état d’urgence alors qu’une conférence similaire a été organisée par les députés de la majorité présidentielle dans les mêmes conditions».

Mais ce qui est plus grave, c’est lorsqu’un outil public par excellence, comme la télévision nationale, est confisquée par le parti au pouvoir pour faire passer des messages qui relèvent beaucoup de la propagande que des préoccupations des Maliens et de leur réalité quotidienne. Cela rappelle purement et simplement les périodes sombres de la dictature jetée à la poubelle de l’Histoire, lorsqu’au Mali il n’y avait de voix que pour les thuriféraires du parti unique au pouvoir.

Là également, des associations parties vers l’Ortm (doit-il encore s’appeler comme cela d’ailleurs ?) pour manifester contre cet accaparement de la télévision publique ont encore été accueillies par une milice, bien organisée, pour les empêcher de s’exprimer. 

Le pouvoir est garant de la sécurité des citoyens pour ne pas laisser le champ libre à des milices. Si ce n’est donc pas une complicité de responsables haut placés avec ces loubards, pourquoi donc le recours aux milices continue-t-il de prospérer, rappelant des méthodes de certains responsables sortis récemment de l’Aeem et qui se retrouvent justement aujourd’hui des chantres de la Majorité ? Ou encore est-ce la manifestation d‘une lacune de l’Etat en matière sécuritaire ? Cela n’augure rien de bon et ceux qui usent et abusent des services de milices doivent savoir que demain, en cas de grabuge, ils répondront devant des juridictions comme la Cour pénale internationale car s’ils pensent tout gérer dans l’ombre, ils se trompent car au Mali tout se sait et se dit. A bon entendeur…

K.D