Généralisation de la déclaration de biens des fonctionnaires

IBK face à un autre front

 

Auparavant, la déclaration de biens était l’affaire des responsables d’institutions de la République, des ministres et hauts fonctionnaires. Mais désormais, la mesure s’étend à tous les fonctionnaires maliens, qu’ils soient de la Fonction publique de l’Etat ou de celle des Collectivités. L'Office central de lutte contre l'enrichissement illicite chargé de traquer et réprimer les manquements vient de rappeler le dernier délai fixé au 30 août 2017. Mais les fonctionnaires restent indifférents et  la riposte est en gestation.

 Le président du Conseil de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite continue de dérouler sa campagne de sensibilisation et information et a procédé à une tournée dans les régions au cours de laquelle il y a eu affluence lors des séances d’information.
Mais selon une de nos sources établies dans une de ces régions, les gens sont partis écouter pour mieux comprendre les dispositions relatives à la déclaration de biens dont le principe est déjà rejeté par plusieurs corps de métiers qui estiment qu’il n’appartient aux institutions de Bretton Wood de dicter au Mali la conduite à tenir dans la gestion des affaires publiques, au point d’imposer une mesure si contraignante et dont l’application sérieuse reste à démontrer.
En effet, la généralisation de la déclaration de biens comme mesure de prévention de l’enrichissement illicite, contrairement à ce que l’on veut faire croire, n’est pas une mesure initiée par le président IBK, mais relève d’une des conditionnalités des partenaires techniques et financiers du Mali qui entendent, par l’intensification de la lutte contre l’enrichissement illicite, sécuriser les finances publiques.
L’initiative est louable, certes, mais le régime actuel, qui traine le bruit assourdissant de casseroles, est disqualifié pour faire appliquer ce genre de mesures. Voilà ce qui se dit dans les milieux des travailleurs où on a encore en souvenir les multiples scandales financiers qui impliquent des sommités de l’Etat et qui n’ont fait l’objet d’aucune sanction, malgré des faits avérées, constatés par la Section des comptes de la Cour suprême et le Bureau du Vérificateur général.
En premier lieu le scandale de l’achat de l’avion présidentiel pour lequel des investigations du Bureau du Vérificateur Général ont fait avouer à un haut cadre de Koulouba que le prix réel est d’un peu plus de 6 milliards de nos francs, contrairement à la vingtaine de milliards déclarés.
S’y ajoute le scandale du siècle au Mali : le marché d’acquisition de matériels militaires pour lequel la banque mondiale et le Fmi avaient décelé une surfacturation de plus de 29 milliards de nos francs, avant de demander des sanctions à l’encontre des fautifs.
En lieu et place de sanctions, tous ces prédateurs de nos finances publiques sont couvés par le pouvoir qui devient ainsi complice ou co-auteur du pillage de nos ressources. Par conséquent, ces autorités publiques sont  disqualifiées pour nous parler de lutte contre l’enrichissement illicite et déclaration de biens, après avoir fini de vider nos caisses au Trésor public » déclare un responsable syndical de l’Administration qui ajoute qu’au niveau de sa base, on ne se préoccupe même pas de cette histoire de déclaration de biens. Avant d’ajouter : «Mais par contre, si l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite tente de mettre ses menaces de sanction à exécution, il nous trouvera sur son chemin».
En réalité, IBK n’est pas une bonne posture pour imposer une mesure aussi impopulaire et il devra choisir entre  satisfaire les exigences des bailleurs de fonds pour recevoir leurs subsides ou tenir compte de l’intention des syndicats d’embraser le front social pour riposter, comme le laisse entendre un haut responsable syndical qui a déjà à ses troupes de rester calmes pour le moment, en attendant la fin du délai légal imparti. 

De toute façon, la mesure de déclaration de biens est une très bonne chose car elle permet d’endiguer l’enrichissement illicite, même si certains gestionnaires de fonds publics seraient tentés de passer par des prête-noms, après avoir assimilé cette leçon qui fait recette depuis quelque temps et enseignée par de hauts placés du régime.
Mais il faut bénéficier d’une certaine image au niveau de sa population pour faire passer pareilles mesures. Est-ce le cas ? Nous donnons notre langue au chat. Mais en tenant compte de ce qui se murmure dans les centrales syndicales et au niveau de certaines organisations, c’est un nouveau front qui est en vue pour IBK avec  la lutte contre l’enrichissement illicite.

K.D.