LITIGE AUTOUR DU TERRAIN CSK

Salif Keita (Csk) et Sékou D. Keita (Lcba) se battent pour le bien d’autrui

 

Le terrain du Centre Salif Keïta (CSK) de l’Aci 2000 en devenant par la suite le terrain de Lafia Club de Bamako (Lcba) cache mal un contentieux transformé en un véritable feuilleton judiciaire dont les acteurs sont les présidents des deux clubs, notamment Salif Keïta pour le Csk et Dr Sékou Diogo Keïta pour Lcba. Le dernier acte de cette bataille pour le contrôle du terrain est l’expulsion du Lcba lundi dernier par la justice sur ordre du Procureur près le tribunal de grande instance de la commune IV de Bamako. Cet espace sportif, mis sous scellé pendant quelques jours, a été remis finalement à Salif Keïta et son équipe, en application d’une décision de justice. Mais ce dossier cache bien des anomalies. Le Sphinx a enquêté.

 

La mairie de la commune IV a été citée dans cette affaire et aussitôt de l’amalgame a été fait avec les autres dossiers du foncier soulevés par le jeune maire Assane Sidibé élu sur la liste de l’alliance Kaoural-CAV et qui est actuellement troisième adjoint au maire chargé des questions foncières à la mairie de la commune IV. C’est parce que les gens ne sont pas informés que la mairie de la commune IV est en plein dans ce contentieux du terrain Csl devenu par la suite terrain Lcba depuis le début, donc bien avant l’installation de l’équipe actuelle. C’est pour essayer de délimiter la responsabilité des uns et des autres que Le Sphinx, fidèle à sa ligne et ses obligations de recherche continue de la vérité, a enquêté pour en savoir davantage et a découvert des faits renversants.

Pour ceux qui ne le savaient pas encore, le terrain querellé entre Salif Kéïta Domingo, initiateur du Centre Salif Keïta (Csk) et le Dr Sékou Diogo Keïta, président du Lafia Club de Bamako, n’appartient ni à l’un ni à l’autre. C’est un domaine de la mairie de la commune IV du district de Bamako qui en a fait un espace ouvert à sa jeunesse sportive. Mais comment cet espace est-il donc devenu le terrain Csk et ensuite le terrain Lcba ? Chronologie des faits.

Le 23 octobre 2008, le Dr Sékou Diogo Keïta, en ce temps-là président du Csk (nous disons bien Csk) car il était associé à Salif Keïta, a signé un protocole d’entente avec la mairie de la commune IV représentée par le maire Issa Guindo. Le protocole visait à normaliser une situation de fait car comme c’est précisé dans son préambule : « Le centre Salif Keïta a manifesté son désir d’aménager le terrain sur lequel il s’entraîne, pour ce faire, il a introduit une requête auprès de la mairie de la commune IV du district de Bamako. La parcelle concernée n’étant pas un bien dévolu à la collectivité municipale, il avait été demandé de surseoir à toute forme de réalisation dans la zone concernée. Ignorant cette instruction, le Csk a poursuivi ses travaux sans aucune autorisation préalable au mépris de la réglementation en vigueur ».

Il faut donc comprendre le transfert de propriété à la mairie du terrain et des équipements qui appartenaient donc à l’ACI 2000 n’était pas terminé. En plus, la mairie avait constaté une violation de la règlementation en vigueur de la part du Csk représenté par Sékou Diogo Keïta, mais avait laissé faire. Pis, cet entêtement à ignorer les instructions de la mairie sera récompensé par un protocole d’entente qui « autorise le Csk à poursuivre ses séances d’entrainement et d’investissement sur ledit terrain de sport pendant une période de cinq ans renouvelables à compter de la signature de la présente convention ».    

Il faut noter que si Dr Sékou Diogo Keïta est signataire de ce protocole d’entente, il l’a fait au nom du Csk. Dans le document, il n’est point question de Lafia Club de Bamako. Une des raisons qui ont poussé la justice à trancher en faveur de Salif Keïta pour installer de nouveau le Csk sur le terrain de sport.

Comme nous le fait remarquer un dirigeant sportif très au parfum de ce dossier : « Lorsqu’il a eu des problèmes avec Salif Keïta et a quitté le Csk pour fonder le Lafia Club de Bamako, Sékou D. Keïta devait tout faire pour signer une nouvelle convention avec la mairie de la commune IV au nom de Lafia Club dans la mesure où il en avait le temps car le protocole d’entente qui date de 2008, pour une durée de 5 ans, est caduc depuis 2013. Mais il a continué à occuper le terrain qui, officiellement, a été mis à la disposition du Csk ».

De toute façon, l’article 3 de ce protocole d’entente est assez évocateur dans la mesure où il précise que le terrain « demeure une propriété exclusive de la mairie de la commune IV qui pourra toujours l’utiliser dans l’intérêt exclusif de l’ensemble de sa jeunesse ».

L’article 6 du même protocole, de son côté, stipule que « les parties se réservent le droit de dénoncer la présente convention sous réserve de l’observation d’un préavis de trois mois. Dans un tel cas de figure la mairie s’engage à rembourser la valeur intégrale des réalisations suivant une échéance convenue et acceptée par tous ».

Au-delà du fait que cette convention signée par le maire Issa Guindo pour un bien immobilier de la communauté, aussi précieux, est très léger sur la forme et dans le fond. En plus, signalons que cette signature du maire n’est pas soutenue par une délibération du Conseil municipal sur la question.

Notons que le Médiateur de la République, saisi par l’une des parties en conflit, a sollicité à plusieurs reprises la mairie pour récupérer le terrain afin d’empêcher l’accès à l’une ou l’autre des protagonistes. Mais la mairie a toujours répondu que l’affaire étant pendante devant la justice, elle se devait de se garder d’intervenir, préférant attendre la fin de la procédure. Ce que les autorités municipales ont toujours fait.

Mais la plus grande erreur de la mairie a été de s’adresser à Salif Keïta pour dénoncer le protocole comme prévu en son article 6, alors qu’il n’était pas l’occupant des lieux. En contrepartie celui qui est signataire du protocole est certes usufruitier mais au nom d’une association différente, inconnue de la mairie pour cette affaire-là. Une situation que la mairie pouvait exploiter pour mettre fin au conflit et reprendre le terrain. Mais on a laissé la situation pourrir. En plus, en s’adressant à Salif Keïta, la mairie de la commune IV tombait ainsi dans une reconnaissance de fait du Csk comme occupant légal des lieux, alors que le conflit qui a enfanté d’un feuilleton judiciaire n’avait pas encore révélé son dernier épisode.

C’est tout naturellement que, malgré l’huissier parti lui notifier les correspondances de la mairie, Salif Keïta a refusé de les prendre et la seule fois qu’il a pris un document de la mairie par voie d’huissier, il a refusé de décharger et ne s’est pas aussi présenté dans les locaux de la mairie pour discuter des modalités de séparation à l’amiable comme on le lui proposait.

C’est dire que la mairie de la commune IV a fait une gestion chaotique de ce dossier avec d’abord le maire Issa Guindo et ensuite le successeur de Moussa Mara suite à sa nomination comme ministre. Il s’agit du maire Siriman Bathily élu du parti Yéléma de Moussa Mara car c’est lui qui s’est adressé à Salif Keïta tout en sachant que ce dernier n’occupait pas les lieux et que le signataire n’était plus un mandataire du Csk avec lequel il était en conflit.

En effet, comment le maire pouvait-il savoir tout ce qui se passait et adresser une sommation à Salif Keïta désormais replié jusqu’en commune VI, le 13 février 2015 par voie de Me Fadimata Djenepo huissier de justice, pour lui demander de se présenter à la mairie afin de « discuter de la suite à donner au protocole d’accord signé par eux et déjà expiré en lui rappelant qu’une notification des différentes pièces de ce dossier lui avait été déjà faite en décembre 2014 et qu’il a d’ailleurs refusé de prendre ». A vrai dire, la mairie a aidé la justice en reconnaissant que son interlocuteur régulier pour ce terrain c’est Salif Keïta. Pourquoi donc Sékou Keita et le Lcba devaient-ils donc continuer de l’occuper ! Autant de choses qui ont poussé le procureur à faire appliquer une décision de justice dont l’exécution avait été bloquée à plusieurs reprises. C’est ainsi que le Procureur Dramane Diarra de la commune IV a ordonné l’expulsion de Lcba pour réinstaller depuis hier matin sur ce terrain Salif Keïta et son staff, cet espace redevenant ainsi terrain Csk.

Mais il nous revient que l’équipe actuelle de la mairie n’a pas dit son dernier mot et envisage d’engager la procédure de récupération de ce terrain dédié à sa jeunesse et éventuellement renégocier avec un repreneur dans de meilleurs conditions. 

Pour le moment, on pense au gazon qui est resté plusieurs jours sans être arrosé après la mise sous scellé du terrain sur ordre du procureur et plusieurs jours sans recevoir la moindre goutte d’eau, c’est fatal pour l’aire de jeu. Heureusement que le ciel clément ces derniers temps a fait descendre quelques filets d’eau. Mais est-ce suffisant !

 

N.S