CONFERENCE D’ENTENTE NATIONALE

 
La montagne risque d’accoucher d’une souris
La grosse farce de mésentente nationale


 La tenue de la Conférence d’entente nationale au forceps laisse apparaître les premiers signes d’un échec de ce «grin national» version IBK. En effet, après avoir menacé de boycotter, la CMA et la Plateforme ont pris de l’argent pour faire de la figuration car n’ayant rien préparé de sérieux à présenter comme elles le disaient dans une correspondance datée du 19 mars et co-signée par les deux organisations. En réalité, pour organiser la Conférence d’entente nationale IBK a fait du forcing alors qu’au vu de la situation générale du pays, cela ne s’imposait pas. La montagne risque d’accoucher d’une souris. 

 Comme pompeusement annoncé, la Conférence d’entente nationale devra aboutir à l’adoption de «La Charte pour la paix». Ce que tous les Maliens souhaitent d’ailleurs. Mais faudrait-il que du sérieux soit apporté à l’organisation d’une telle rencontre pour atteindre cet objectif.

En effet, que représente la Conférence pour les professionnels de la Santé publique en grève depuis plusieurs semaines, sans avoir d’interlocuteur. Que dire des patients qui meurent dans les structures de santé à cause de cette grève ? Pensez-vous que leurs parents se retrouveraient dans cette Conférence organisée par un régime qui a du mal à lui assurer le minimum vital : la santé.
Allez parler de la Conférence d’entente nationale aux enseignants qui menacent de boycotter les examens scolaires et pis, de déclencher une grève illimitée. Pensez-vous que les parents d’élèves, préoccupés par cette situation qui compromet l’avenir de leurs enfants peuvent accorder un tant soit peu de crédit à cette conférence d’entente nationale ?
Sans compter la crise du football qui s’est transformée en une catastrophe dans laquelle des milliers de jeunes sont  privés de leur passion et de leur gagne-pain. Pendant que les travailleurs de Huicoma broient du noir dans la cour de la Bourse du Travail transformée en un lieu de camping géant où ils séjournent avec leurs familles, dans l’indifférence générale des autorités.

Les préavis de grève s’accumulent sur la table du ministre du Travail et le mécontentement se généralise au niveau des travailleurs, tous secteurs d’activités confondus. Comme aussi, un mécontentement généralisé gagne les populations embourbées dans les difficultés de toutes sortes. 

Tout ce beau monde qui représente la majorité de la population malienne constitue le gros lot des exclus de la Conférence d’entente nationale qui est de loin de leur moindre préoccupation, conscients qu’ils sont que ce « grin national » version IBK a été organisé par principe, pour faire plaisir aux groupes armés du nord du pays et aussi pour que la Communauté internationale sache que du côté de Koulouba, il y a une volonté de respecter les dispositions de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger.

En réalité, IBK ne croit pas réellement en cette Conférence d’entente nationale comme instrument de résolution des problèmes du pays. Si non, comment comprendre qu’avant la tenue de cette conférence, il introduit de façon cavalière un projet de révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale pour son adoption. C’est la plus grande preuve du manque de considération vis-à-vis de la Conférence d’entente nationale où doivent être discutés, en principe, de grandes questions qui interpellent le Mali et devraient guider la révision constitutionnelle.

On appelle alors les gens pour discuter de quoi et pourquoi ? C’est une question pertinente au vu de tout ce qui a été soulevé plus haut car comme le confie un médecin en grève : «Si on refuse de nous écouter et de discuter avec nous, ce n’est pas dans un brouhaha d’une conférence d’entente nationale que nous aurons gain de cause. Qu’on nous comprenne, si nous nous sommes radicalisés, c’est parce qu’on ne nous respecte pas alors que le Mali nous appartient tous. Pourquoi devrait-on voir tous les jours les dirigeants du pays et leurs proches se partager l’argent du pays alors que nous restons parmi les plus pauvres du pays, malgré le rôle important que nous jouons dans la société». Et ce raisonnement, avouons-le, reste partagé par plusieurs pans de la société.

En réalité, c’est pour le plaisir de la Cma et de la Plateforme que cette Conférence d’entente nationale a été tenue pour trouver un prétexte de légitimation des dispositions controversées contenues dans le projet de révision constitutionnel pour lequel on a tenté d’adopter le texte aux desiderata des signataires de l’Accord. En effet, comment un accord entre l’Etat et une partie de la population dont une bonne partie a d’ailleurs agressé le Mali, peut-il être imposé à l’ensemble de la population au prix de tripoter la Loi fondamentale.

C’est pourquoi, comme le disait une fois les responsables de la Coordination pour la justice dans l’Azawad (Cja) le pouvoir n’écoute personne et n’entend que les canons qui tonnent. Une logique au nom de laquelle le pouvoir est tenu par les groupes armés qui, pour ou un non, élèvent la voix et sont donc calmés à coups de plusieurs centaines de millions de nos francs. C’est le cas de la Cma et de la Plateforme qui ont su hausser le ton dans leur lettre du 19 mars 2017, contenant des menaces voilées de boycott de la Conférence d’entente nationale. Et paf ! Le gouvernement vide nos caisses à leur profit, donnant ainsi 400 millions FCFA à la Cma et 200 millions de FCFA à la Plateforme.

Pourvu qu’après avoir encaissé cet argent, ils n’en demandent pas encore à la fin du délai de sept jours impartis, sous le prétexte de consulter leurs bases pour les résolutions, refusant ainsi d’adhérer aux conclusions.

Ou peut-être, accepteront-ils les conclusions si jamais elles étaient taillées sur mesure en leur faveur, notamment en imposant aux trois régions du Nord, de réalité différente, cette histoire de l’Azawad car déjà dans les couloirs du Palais de la Culture où se tient la Conférence, on entend souvent crier : « Azawad ! Azawad ! ». Comme si c’était une des principales préoccupations de la rencontre. 

De toute façon, il va falloir gérer le cas des Dogons qui se disent les grands oubliés dans le cadre de l’organisation de ce « grin national » alors qu’ils sont confrontés à la réalité du terrain terroriste au centre du pays.

En plus, la tenue de cette conférence nationale révèle que le mal est plus profond qu’on ne le pense et que le gouvernement est dépassé. En effet, il faudra prêter attention au cas des Bellas qui ont affirmé ne pas se reconnaître dans la «Charte pour la paix » issue de la Conférence d’entente nationale s’ils continuent de subir un déni de reconnaissance et d’être confinés dans un statut empreint de stigmatisation parce que descendants d’esclaves !

On a voulu nier, dès les premières heures de la Conférence, qu’il y a un problème identitaire en rabrouant un Pasteur qui défendait la cause des Bellas, alors que l’Accord qui fonde la tenue de cette conférence d’entente nationale, en tant que tel, contient des dispositions qui renvoient à la question identitaire comme la fameuse question de l’Azawad. Faut-il alors semer une profonde mésentente en voulant simuler une entente à travers une parodie de concertations !

K.D.