BILAL AG ACHERIF, PRÉSIDENT DE LA CMA

«Nous ne nous reconnaissons pas dans ce projet de révision constitutionnelle»

Et patatras ! Voilà IBK de plus en plus seul ; lui et les siens qui justifiaient la révision constitutionnelle par le respect des engagements dont l’Accord d’Alger. Mais voilà que le président de la CMA, un des signataires et non le moindre affirme sans ambages qu’il ne se reconnaît guère à son projet de referendum. Un autre coup dur !

Les propos du leader de l’ex-rébellion ont été recueillis par notre confrère Alexis Kalembery («les Echos») à la faveur d’une conférence de presse tenue mardi dernier.

Selon le confrère, Bilal Ag Acherif était présent à Bamako pour une série de rencontres avec les autorités, la société civile, les autorités coutumières et religieuses, le directoire de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA). Et c’est à l’issue de cette séance qu’il a rencontré la presse. Voici l’essentiel de ses déclarations :

«Pour nous, nous ne sommes même pas à l’étape de la mise en œuvre de l’accord. Les choses bloquent déjà au niveau de la mise en confiance. Nous sommes loin de la paix, a fortiori de la réconciliation qui est l’épilogue du processus. Le processus de paix est global. On se focalise sur Kidal, alors que ça va au-delà de Kidal. On focalise tout sur Kidal juste pour distraire le peuple malien.

Si on prend les examens de fin d’année, cette année, au DEF, Kidal a fait mieux que d’autres régions. Certains centres n’ont même pas pu faire les examens ! Evitons de tout mettre sur Kidal et de prendre le peuple en otage.

Nous ne savons pas pourquoi le processus bloque. Sinon, nous avons dit au gouvernement, à l’Imam Dicko… que les Fama peuvent venir. Nous ne sommes pas des extraterrestres. Cependant, il faut que l’Etat fasse la différence entre ses propres décisions et celles de ses milices.

Notre crise au Mali ne peut pas se régler par une solution militaire. Il faut les aspects politiques et institutionnels. Notre problème avec le gouvernement ne peut se régler que par le dialogue.

Il était effectivement prévu que l’armée et le gouverneur viennent à Kidal en juin. Juste avant la date, la milice est venue encercler la ville, avec visiblement pour objectif de saborder le processus de paix. Dans ces conditions, peut-on avoir confiance ? Nous n’admettons pas cette situation, car elle ne débouche que sur une confusion.

Nous avons accueilli des ministres à Kidal. Alors, pourquoi pas un gouverneur ? Ce n’est pas à nous d’amener des gens par force. En tout état de cause, nous n’accepterons plus que Kidal soit un objet de chantage».

Ces propos ne manquent certainement pas de relents. Mais une seule question : qui donc «focalise tout sur Kidal juste pour distraire le peuple malien» ? Autrement dit, qui a intérêt à faire perdurer la crise ? Mais il y a plus grave !

Le leader De la CMA poursuit : «en plus, nous ne sommes pas d’accord que l’on dise que l’on révise la Constitution pour prendre en compte des aspects de l’accord. Le projet ne prend pas en compte l’accord. Nous ne nous reconnaissons pas dans ce projet de révision constitutionnelle».

Une déclaration qui est visiblement adressée au camp IBK et lui-même en personne lorsqu’ils soutiennent que c’est dans le souci d’appliquer les clauses de l’Accord d’Alger qu’il est question du referendum Constitutionnel. Bilal Agchérif, un des principaux signataires desdits accords est clair : «le projet ne prend pas en compte l’accord. Nous ne nous reconnaissons pas dans ce projet de révision constitutionnelle».

Que l’on nous explique maintenant les véritables raisons de l’entêtement à tenir le fameux referendum.  Sacré Bilal va ! Tu as désormais pattes blanches !  

Batomah Sissoko