CALVAIRE DES TRAVAILLEURS DE DAKAR-BAMAKO FERROVIAIRE

Les cheminots renvoient le président IBK à ses promesses

 
Le vernis est tombé ! Ainsi peut-on dire du chemin de fer du Mali où la prétendue reprise du trafic voyageur, à grands coups de communication politicienne, cache mal les difficultés dans lesquelles il se noie avec ses travailleurs non payés depuis le mois de février et qui menacent de se lancer dans une série de manifestations. Non seulement pour réclamer l’intégralité des salaires dus au plus tard ce 27 avril, mais aussi et surtout pour exiger de véritables réformes en mesure de leur ôter les nombreuses difficultés qu’ils connaissent depuis plus d’une décennie. 

 Lors de leur point presse de mardi dernier, le Groupement des associations de cheminots du Mali a fait part des conditions inhumaines de travail dans lesquelles ils sont maintenus par le gouvernement.
En effet, comme l’ont dénoncé les cheminots, c’est avec une seule vieille locomotive, qui devait d’ailleurs être vendue à la ferraille n’eut été l’ingéniosité des techniciens maison, que le chemin de fer du Mali fonctionne pour prétendre prendre en charge des frais de personnel qui s’élève à 180 millions de FCFA par mois et assurer le carburant dont la facture mensuelle atteint 15 millions de nos francs et en même temps faire face aux charges inhérentes à la circulation du train. C’est donc une aberration et prétendre que le train voyageur a vraiment repris du service, pour se faire une bonne image de campagne électorale, relève du cynisme.

C’est pourquoi, ils renvoient IBK à ses promesses, notamment celles d’une subvention de 4 milliards en plus d’une dotation en locomotives, tout en relevant que pour la relance effective du chemin de fer, c’est la volonté politique qui manque le plus car,  ils sont bien des Maliens au même titre que ceux du Nord dont les doléances sont toujours satisfaites par l’Etat.

Il faut signaler qu’à l’issue de la réunion des experts du Sénégal et du Mali tenue le 6 décembre 2015, il avait été décidé que les deux Etats prennent en charge les charges du personnel pendant un délai, ce délai pouvant être prorogé en fonction de l’état d’avancement du dossier sur la relance effective du trafic, conditionnée par la réception de pièces de rechange à commander et la réalisation des travaux de remise en état de la voie ferrée.

Mais le ministre de l’Economie et des Finances du Mali, selon les cheminots, a écrit pour manifester son refus de prendre en charge le personnel, sous le prétexte qu’il n’y a pas de crédit budgétaire. En contrepartie, il demande que les ressources humaines de la société du chemin de fer prennent en charge lesdites charges du personnel.

C’est donc un retour à la case départ que propose le ministre de l’Economie et des Finances pour confiner les cheminots dans une galère sans fin parce qu’il sait bien que les ressources de la société, avec une seule locomotive fatiguée qui parvient à ne faire entrer en recettes que 29 millions, ne peut rien régler. 

Les cheminots n’ont donc plus le choix et vont se faire entendre si le gouvernement ne répond pas à leurs sollicitations car une grande marche est en train d’être préparée en ce sens.

Pourtant, dans une lettre confidentielle en date du 13 février 2018 dont nous avons pu obtenir une copie, le Premier ministre demande au ministre de l’Economie et des Finances et au ministre des Transports de « pendre les dispositions idoines pour mettre fin à la gestion de la phase transitoire de l’activité du chemin de fer Dakar-Bamako Ferroviaire d’ici fin mars 2018 » et aussi de « convoquer une réunion extraordinaire du Comité d’orientation en vue de mettre en place une société d’exploitation avec un statut juridique approprié avant le mois de mars 2018 ».

Cette nouvelle société qui s’appellera « la Société de patrimoine ferroviaire du Mali (Sopafer-Mali) », le Premier ministre demande de « prendre toutes les dispositions nécessaires pour la rendre opérationnelle ».

C’est dire que les jours de la société des chemins de fer, telle que nous l’avons connue, sont maintenant comptés. Il ne reste que la volonté politique des autorités publiques et une certaine cohérence de l’action gouvernementale afin que la nouvelle société (Sopafer-Mali) naisse sur les cendres de Dakar-Bamako Ferroviaire.

N.S. et A.D