BOUYÉ HAIDARA, CHÉRIF DE NIORO

«Je dispose de preuves attestant que la victoire d’IBK ne fera pas avancer le Mali»

Les déclarations émanent du guide spirituel Bouyé Haïdara à la faveur de son prêche hebdomadaire du vendredi 24 août 2018. Occasion pour lui de faire d’importantes révélations, en l’occurrence celles relatives à la volonté manifeste du fils de remplacer son père malade dans un avenir très proche. Lisez-plutôt !

« A travers cette élection, je comprends mieux ce que Karim m’a dit lors de sa visite à mon chevet au Maroc. Il a dit ce jour que la santé de son père était très fragile. Obligation lui est donc faite à lui, de s’impliquer dans la gestion du pouvoir. Le père étant aujourd’hui malade, il [Karim Keïta] se bat en vue de parachever ses œuvres le jour où il serait incapable de gouverner. C’est ce qu’il a dit ce jour-là. Aussi, il a précisé qu’on ne peut pas préparer le second mandat sans pour autant économiser beaucoup d’argent. Ce sont ces propos qu’il (Karim Keita) a tenus ce jour-là. Ceci explique les cas de fraudes et autres irrégularités lors du scrutin présidentiel. Je le savais depuis fort longtemps !

Pour être bref, je suis convaincu et je dispose de preuves attestant que la victoire d’IBK ne fera pas avancer le Mali. Il se peut que des présidents aient fait des choses qui ne sont pas bons. Rares même sont ceux qui n’ont commis d’erreurs, mais aucun président au Mali n’en a fait autant qu’IBK. Le fait de prendre le pouvoir et de le confier à sa femme et son fils pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, nous ne l’avons vu qu’avec lui, IBK. Nous n’avons jamais vu cela au Mali. Ni avec Modibo, Moussa, Alpha ni avec ATT !

Certes, certains enfants de chef d’Etat ont été impliqués, mais à un niveau insignifiant contrairement à la femme et aux enfants d’IBK qui gèrent quasiment tout dans le pays.

Le nom du fils revient partout, sur tous les sujets. C’est pourquoi je suis contre ce pouvoir ; contre cette manière de diriger. Tous mes disciples sont aussi contre ce pouvoir. Et nous serons ensemble pour ce combat avec tous ceux qui seront contre ce pouvoir.

Mais je ne combats ce pouvoir par la violence et ne je ne suis pas prêt à collaborer dans ce sens. Nous n’avons aucun moyen d’empêcher les abus de pouvoir dont nous pourrions être victimes, mais nous n’allons jamais casser les biens de ce pays ni agir par la violence qui pourrait faire régresser ce pays. La raison : ils [ceux qui sont aux affaires] sont venus hier, ils partiront demain, mais le Mali demeurera. D’autres avant eux sont passés. Et après leur départ, le pays reviendra à tous les fils de ce pays. Ce pouvoir n’est rien sans le peuple malien. C’est le peuple qui l’a élu. C’est pourquoi, je dis que le pouvoir passe, mais le peuple reste.

Parlant de la gestion du pays, il y a eu beaucoup de gaspillages à cause de la mauvaise gestion. Je suis et resterai contre ce pouvoir. Je lance un appel aux porteurs d’uniformes du Mali (militaires, la garde nationale, la police, la gendarmerie). Sachez que vous êtes agents du Mali ; vous n’êtes ni au service de Modibo, de Moussa, d’Alpha, d’ATT et encore moins d’IBK. Votre pays est le Mali et c’est ce que vous devez défendre. Vous travaillez pour la sécurité et le développement du Mali. Vous ne devez pas accepter de procéder à la violence contre votre peuple au nom d’un président. Vous ne devez pas faire cela !

De nos jours, des présidents font des menaces ! Je tiens à préciser cela. Beaucoup le savent et l’admettent. Mais des incrédules se refusant à croire jusqu’à l’unicité de Dieu, ne croiront jamais !

 Ce que je vais dire, c’est que le candidat qui a été au 2ème tour, Soumaïla Cissé dit qu’il a gagné cette élection et que sa victoire lui a été volée. Le pouvoir (IBK) a aussi dit qu’il a gagné, cela n’est pas mon problème. Mais celui dont la victoire a été volée bénéficiera de mon soutien. S’il (le camp de Soumaïla Cissé) dit qu’il a été volé, je le crois parce que les Maliens sont dérangés et leurs droits sont violés. Mais si eux (les gouvernants) disent qu’ils ont gagné, je ne peux rien dire car ils disposent de tous les moyens et ce sont eux qui proclament les résultats. Moi je ne sais pas.

Mais demain [samedi 25 août], on va marcher partout à travers le pays, Inch’Allah ! L’objectif de la marche est de protester contre la fraude électorale. Le peuple dira que le pouvoir lui appartient. Je précise : nous sommes contre ce pouvoir ; nous voulons qu’il parte !  Mais notre marche est pacifique et dans le respect des lois qui nous l’autorisent ; sans jet de cailloux ni aucune autre forme de violence. La raison de ma participation : ce pouvoir a échoué ! C’est un pouvoir qui viole les droits des faibles. J’ai dit cela ici à Nioro et je le ferai ici à Bamako. Nous allons nous joindre aux organisateurs pour marcher pacifiquement. Je lance un appel à tous ceux qui partagent notre démarche pacifique de nous rejoindre…».

 

LA DÉVOLUTION MONARCHIQUE DU POUVOIR IBK

Karim Keïta : Khalife à la place du Khalife ! Un projet désormais éventé

Ainsi, le fiston national rêve de succéder à son père avec, visiblement, la bénédiction de celui-ci.  Les révélations du Chérif sont plus qu’édifiantes et pertinentes. Et pour cause. 

Le plan a été muri, planifié et aujourd’hui en phase d’exécution. Le fils n’étant pas optimiste sur l’issue de la maladie du père, aspire donc à le remplacer avant la fin de son très contesté et second quinquennat. Le fiston doit certainement avoir à disposition le bilan de santé et l’avis des médecins traitants du paternel ! Autrement, il ne s’aventurerait pas sur un terrain aussi glissant ! Pour la petite histoire : en 2015, l’entourage d’IBK a violemment pris à partie le Président de l’Assemblée Nationale Issiaka Sidibé au motif que ce dernier a fait fi de la santé du Président IBK évacué d’urgence en France, dans le seul but de pouvoir lui succéder dans la perspective d’une vacance de pouvoir.

Le même entourage est resté curieusement muet, suite à l’évocation du même sujet par Karim Keïta. Celui-ci dispose alors certainement des arguments pour sa défense.

Les déclarations du Chérif ne sont, en tout cas, pas sans fondement. Et pour cause. Le père a d’ores et déjà émis de nouveau la perspective d’une réforme constitutionnelle. Et à l’issue de cette relecture de la loi fondamentale, seront introduites des dispositions visant à créer et faire occuper par le fiston un portefeuille devant servir de tremplin vers Koulouba. Les scenarii sont dès lors nombreux. Il s’agit par exemple de création d’un poste de vice-président et/ou d’un président de Senat, taillé sur mesure et dont le récipiendaire succèdera au président de la République en cas de vacance de pouvoir…

Le fils n’aura plus qu’à se faire élire président du Senat ou être nommé vice-président et attendre patiemment le jour « J » en vue de «parachever les œuvres du père».

Et d’ores et déjà, il faudra s’appliquer à faire taire toutes oppositions et réduire au silence tout empêcheur de tourner rond. Les arrestations et disparitions signalées ces temps-ci procèdent-elles de cette logique ? Il s’avère, en tout cas, que les personnes visées (disparues et sur la liste noire, dont Ras Bath et des confrères bien connus) sont considérées à raison, comme de véritables perturbateurs.

Bien entendu, rien n’est gagné d’avance pour qui sait qu’une forte opposition est en ce moment en gestation. L’Adema Association ainsi que de nombreux acteurs du mouvement démocratique ont désormais repris du service. 

Batomah Sissoko