ACQUISITION D’AVIONS MILITAIRES PAR LE MALI

Les scandales se suivent et se ressemblent

Que ne fera-t-on au Mali sous le couvert du «secret défense» dans le cadre d’attribution de marchés douteux ? Après celui consécutif au Boeing 737 du président de la République, place aujourd’hui à ces avions militaires faisant encore la fierté et le bonheur de tous les Maliens mais acquis dans des conditions troubles en violation des procédures administratives et financières requises et, avec à la clef, des cas de surévaluations estimées à des centaines de millions, voire des milliards F CFA. Dans certains cas, c’est la qualité même de l’appareil qui s’avère hypothétique.

Disons-le tout de suite : Maliens à l’instar de tous les compatriotes, nous nous réjouissons de l’acquisition de tout moyen de défense au profit de notre Armée. Nous restons préoccupés par la situation actuelle du pays, de nos militaires, ces frères et sœurs engagés, non sur le front, mais sur la ligne de défense.

Pour autant, il n’est question de cautionner l’inadmissible qui, au demeurant, est susceptible de porter préjudice à nos braves soldats et au pays tout entier. A cet égard, nous estimons être sur la même ligne de défense. C’est le seul souci du Mali et non d’un régime politique ou d’un homme qui motive notre ligne de conduite. Ce ne sont donc pas la mention «secret défense» qui nous influencera. Pour tout dire, cette mention semble avoir pour seul objectif de dissuader les empêcheurs de tourner en rond de fourrer leur nez dans les cas d’opérations frauduleuses. D’ailleurs, les experts de la Banque Mondiale et du FMI estiment que le respect des procédures d’acquisition de matériels, militaires ou pas, ne saurait être confidentiel. Maintenant les faits !

Il est question aujourd’hui de 13 marchés relatifs à l’acquisition de matériels militaires et d’aéronefs en particulier dont les différentes procédures ont été entamées courant 2015 et 16. A l’heure actuelle, les marchandises en question sont pour la plupart livrées ou en voie de l’être. Une véritable source de réjouissance. Il y a cependant problèmes !

Des procédures financières litigieuses

Les différents marchés ont trait à la réparation de MI-24 (un hélico de combat) en Algérie, à la fourniture de 6 avions par le Brésil ; d’aéronef avec un fournisseur chinois, d’autres avec AIRBUS DEFENSE & SPASES Europe, d’Hélicos SUPER PUMA avec une autre société européenne et Russe, de formation de pilotes maliens, de maintenance, d’achat de pièces de rechanges, de munitions, etc…

 Hélico malien (MI 25)  hors d’usage. Frais de réparation : 5,8 milliards F CFA

Un Super Puma AS332. Frais d’acquisition 3.4 milliard F CFA


 Il s’avère que les documents de validation des marchés que « Le Sphinx » a pu  consulter,  ne portent ni cachet ni signature. En somme, dans les faits, personne n’a validé l’opération. Ces documents sont relatifs à l’acte d’engagement, au cahier des clauses techniques, au calendrier d’exécution, au délai de livraison, à la garantie de bonne exécution, à l’inscription au registre de commerce, etc.

Il se trouve pourtant dans le contrat, que les autorités désignées pour approbation desdits marchés soient le Ministre de l’Economie et des Finances, le Contrôle financier, le Ministre de la Défense et des Anciens combattants. Dans la pratique, aucun d’eux n’a apposé son cachet et/ou sa signature. Aux termes du contrat, ils sont pourtant les personnes habilitées à passer les marchés en question. Mais à quelle fin ?

La situation pour le moins sensible du pays est bien susceptible d’expliquer ces différentes carences. Pourtant, si les signataires se sont portés absents dans certains cas (marchés relatifs à la fourniture d’avions, de pièces de rechange, de munition de formation, etc.), ils ont répondu présents lors de l’attribution du marché relatif à la réparation de l’hélico de combat MI-24D pour un coût de 5,8 milliards F CFA. Ici, tous les actes administratifs et financiers sont en ordre. Les signataires ne sont nullement débinés. Nous avons presque envie de les féliciter pour leur engagement. Mais il y a un hic. 

1 hélico réparé à 5,8 milliards F CFA contre 02 autres acquis à 3,4 et 3,8 et milliards F CFA

La réparation de l’Hélico MI-24D mérite bien qu’on s’y arrête un instant.  Soit dit en passant, il nous apparait clairement qu’il s’agit de l’un des deux engins acquis par ATT et abandonné plus place lors de la débâcle des FAMAS en 2012 (voir photo). Le second a crashé.

A première vue, l’engin n’a pas subi de gros dégâts. Sa réparation en Algérie aura donc coûté la bagatelle de 5.820.005.104 F CFA (HT) entièrement financée (100%) par le Budget National malien. Rappelons-le : tous les signataires (Ministre de l’Economie et des finances, le Contrôle financier, le Ministre de la Défense et des Anciens combattants) ont validé l’opération consistant à une simple réparation. Et retenez bien : 5.820.005/104 F CFA en guise de frais de réparation !

Et pourtant, les 5ème et 6ème marchés sont tous aussi relatifs à la fourniture d’hélicos. Le premier est un SUPER PUMA révisé acheté avec le fournisseur «Airbus Hélicoptère Europe» pour un montant de 3.870.146.300 F CFA et le second (parfaitement en bon état), un autre «Super Puma» (AS332) acquis avec «VECTOR AEROPSPASES FINANCIAL SERVICE IRELAND LIMITED» à concurrence de 3.466.732.745 F CFA.

Récapitulons : Un premier hélico a été réparé en Algérie à hauteur de 5,8 milliards F CFA ; un second (révisé) à 3.8 milliards F CFA et un troisième en très bon état à 3.4 milliards F CFA (tous deux en Europe). L’arnaque saute aux yeux ! Les frais de réparation du premier engin en Algérie sont tout simplement exorbitants par rapport aux deux autres acquis en Europe. Pour un peu, ils auraient permis de les payer ensemble.

Dollars, Euros, F CFA : à vous de choisir !

On le sait : en matière de commerce international, le F CFA n’est pas la monnaie adéquate. Les transactions s’opèrent alors dans les devises (Dollars, Euros, yen, etc.). Les opérateurs chargés des 13 marchés ont donc privilégié le dollar pour une raison évidente : l’arnaque ! Autrement, ils auraient choisi l’euro dont la parité avec le F CFA est fixe.

Ils ont donc négocié les montants des marchés selon le cours du dollar non au moment de l’achat des appareils, mais de la signature des contrats et n’ignorant nullement que la parité entre les deux monnaie peut connaître une fluctuation favorable ou préjudiciable à l’acheteur.

Cette variation est à l’origine d’un Gap (écart) de 1,562 milliard F CFA dans le cas de l’acquisition  de 06 avions Super-TUCANO avec le Brésil ; de 118 millions F CFA avec le marché de la fourniture d’aéronefs chinois et de 450 millions F CFA dans le cas de la fourniture de véhicules blindés et pièces de rechange… Au total, ce sont 2,1 milliards F CFA qui sont très judicieusement considérés comme une surévaluation par les fournisseurs eux-mêmes, (exception faite aux algériens suite à la réparation du MI25).

Les fournisseurs européens parlent en effet de «surévaluation». A qui profite donc le crime ? Bien entendu, aux ordonnateurs des dépenses lesquels n’auront ensuite qu’à régler les factures en dollars puisque l’écart n’apparaît pas dans les écritures. Mais rappelez-vous : dans la plupart des cas hormis celui Algérien, il n’y a pas de signataire ni cachet à proprement parler ! Astucieux !

A suivre !

Batomah Sissoko

 











Des avions à risques ?

Il nous revient que certains des aéronefs, surtout ceux acquis en Chine et au Brésil ne sont pas tout à fait fiables.
Dans l’un ou l’autre cas, ces coucous ont des défaillances qui suscitent la méfiance de nombreuses armées africaines.
Pour certains de ces avions de chasse, les roues ne sont pas tractables. Elles sont donc en permanence, sorties alors que l’avion (un chasseur au sol) est censé voler en basse altitude. Ce qui n’est pas sans risque d’accident.
La cabine de ces autres avions de chasse n’est pressurisée. L’appareil ne peut donc excéder une hauteur de 1.500 mètres d’altitude au risque de voir le pilote s’évanouir par manque d’oxygène. En volant à basse altitude, l’appareil est donc constamment à la merci des batteries anti-aériennes.
Bien entendu, l’aviation, militaire ou civile n’est pas sans risques. Il est cependant primordial de les minimiser en acquérant des marchandises de qualités. La victoire en dépend.