NOUVEAU STATUT DES ENSEIGNANTS VOTE PAR L’ASSEMBLEE NATIONALE

Un fardeau de 300 milliards FCFA d’incidence financière


 

Après le vote d’une loi leur accordant un nouveau statut, les enseignants restent malgré tout sur leur garde avec le slogan : « Nous ne voulons rien comprendre, à part trois choses : voter, promulguer et appliquer ». Pour une loi dont l’incidence financière fait 300 milliards FCFA sur le budget d’Etat 2018 qui ne l’a d’ailleurs pas prévu, ça sent le soufre !

 

Le vote de la loi portant nouveau statut des enseignants rappelle bien le coup porté aux magistrats et personnels de la santé, rassurés par des textes pour casser l’allure belliqueuse de leurs syndicalistes, alors que l’application des nouvelles dispositions se faisaient désirer, faute de moyens financiers du côté de l’Etat. En quelque sorte, des promesses vaines, au point que durant cette année électorale, le front social risque de s’embraser.

L’Union nationale des travailleurs du Mali (Untm) a déjà donné le ton en rappelant au bon souvenir des autorités de gros dossiers de contentieux dont celui de Huicoma. C’est à l’occasion d’une conférence de presse faisant suite à une sortie publique de la ministre de la Fonction publique et du Travail, Mme Diarra Racky Talla, qui a lourdement chargé la centrale syndicale, en évoquant des centaines de millions qui auraient disparu des 2 milliards 100 millions de FCFA versés par l’Etat à une commission présidée par l’Untm, pour le paiement d’indemnités aux ex-travailleurs de Huicoma. Parler ainsi alors que l’Etat doit près de 8 milliards de nos francs aux ex-travailleurs de Huicoma relève de la provocation, selon des responsables syndicaux qui promettent une riposte à hauteur de l’affront.  

C’est déjà un bon prétexte pour le réveil du front social dont Mme la Ministre se targue, en privé, d’avoir pu le neutraliser à travers une trêve sociale. Il s’y ajoute que d’autres syndicats qui ont observé justement cette trêve, commencent à se lasser de trop attendre la réalisation des promesses. C’est le cas des syndicats de la magistrature et ceux de la santé qui ont été amadoués par un début d’exécution des accords avec le gouvernement, mais qui ne voient point les choses avancer comme promis par le gouvernement.

C’est dire que cette stratégie qui consiste à signer des accords pour n’en respecter qu’un bout est désormais comprise par les syndicats. Raison pour laquelle les enseignants n’ont voulu rien céder et le vote de la loi qui leur accorde un nouveau statut ne les a pas si enchantés.

En effet, ils ont répondu à l’appel des parents d’élèves et autres partenaires de l’école malienne, mais attendent de voir le gouvernement respecter ses engagements. Déjà, une frange importante des syndicats d’enseignants qui ont reçu de la part du ministre de l’Education nationale le texte de loi et le projet de sa mise en application sous forme de décret, n’est pas d’avis que la loi réponde aux préoccupations telles que posées.

Ensuite, dans les milieux enseignants, on se dit vigilant quant à des manœuvres qui ne viseraient qu’à permettre à un ministre de redorer son blason aux yeux de l’opinion, en vue surtout de l’échéance de 2018, fondement de moult calculs politiciens. Ce qui intéresse les enseignants, c’est de voir l’application de mesures qui satisfont à leurs demandes. D’où le slogan ambiant : « Nous ne voulons rien comprendre à part trois choses : voter, promulguer, appliquer ». 

Si voter a été déjà effectif, promulguer le sera certainement dans quelques jours, si l’on en croit l’entourage du ministre Poulo, lequel tient à honorer ses promesses. Mais l’application, notamment avec l’incidence financière, risque de poser beaucoup de problèmes car d’abord ce n’est pas pris en compte par la loi de Finances 2018 et ensuite il faut trouver les ressources financières nécessaires pour motiver une loi des Finances rectificative.

Alors qu’en cette année électorale connue comme budgétivore, il faut aussi satisfaire les syndicats dont les dossiers sont en attente depuis un, voire deux ans. C’est à de véritables travaux d’Hercule que le gouvernement devra donc s’attaquer et surtout s’exécuter vite et bien car le ton monte du côté du front social et il y a de l’électricité dans l’air.  

N.S.