Président Alpha Oumar Konaré : Adresse solennelle ajournant le référendum sur le projet de révision de la loi constitutionnelle (Bamako, le 20 NOVEMBRE 2001)

Mes chers compatriotes,

Le gouvernement a décidé d’organiser le 23 décembre prochain le référendum sur le projet de révision de la loi constitutionnelle.

On se souvient qu’il y a près de trois ans ce projet a fait l’objet de concertations sur toute l’étendue du territoire national par des partis politiques, des représentants des pouvoirs publics, des organisations et associations de la société civile, des experts nationaux et des personnes-ressources étrangères. On se souvient qu’il y a presse dix-huit mois l’Assemblée nationale du Mali a approuvé ledit projet et que cette décision a été sanctionnée par la loi n°00-54/AN-RM du 21 juillet 2000. Le projet de révision de la Constitution ne résulte donc pas d’une volonté unilatérale et arbitraire d’amender notre loi fondamentale.

Le gouvernement, poursuivant la démarche de légitimation de la révision constitutionnelle, a décidé de recourir à la sanction du peuple, et cela à travers le référendum. Nous étions fondés à croire, mes chers compatriotes, au terme de l’approche participative, qu’un large consensus était réalisé autour des modifications proposées et que celles-là s’inscrivaient toutes dans la logique du renforcement des acquis démocratiques et de recherche d’un meilleur fonctionnement des institutions. Ces propositions de modification étaient fondées sur les enseignements tirés de la riche expérience politique et institutionnelle que le peuple malien a connue ; elles devraient contribuer à la consolidation du cadre politique.

Mais voilà que des voix se font entendre pour exprimer leur désaccord avec le projet. Ces voix discordantes, que je respecte même s’il n’est pas établi qu’elles reflètent le jugement de la majorité du peuple, émanant de certaines de ses composantes. C’est le signe que toutes les forces vives de la nation ne regardent pas dans la même direction, s’agissant de la loi fondamentale dont la vocation est d’unir les filles et les fils de ce vieux pays pour le présent et l’avenir.

Mes chers compatriotes,

Il est pourtant nécessaire que les Maliennes et les Maliens s’accordent sur l’essentiel au-delà de leurs différences, différences qui, du reste, constituent une richesse dont notre démocratie est en droit de se féliciter. Je ne désespère pas que notre peuple, dans sa sagesse, puisant dans ses ressources intellectuelles, morales et spirituelles, atteigne cet objectif dans les délais les meilleurs.

Une révision constitutionnelle ne vaut que par une adhésion populaire et consciente. Pour permettre que les conditions optimales de concrétisation de ce rêve s’établissent, à ma qualité de président de la République, garant de la cohésion et de l’unité nationale, investi de la mission de régulation du corps social, au nom de la concorde, de la paix et de la stabilité, au nom de la démocratie, j’ai décidé de demander au gouvernement de surseoir à l’organisation du référendum prévu pour le 23 décembre prochain.

Mes chers compatriotes,

Encore une fois, c’est dans un élan solidaire que nous bâtirons le Mali de nos rêves, le Mali que nous voulons grand, prospère, démocratique. En ce saint mois de carême, mois de concorde et de pitié par excellence, puisse Dieu veiller sur nous et préserver notre grand pays, le Mali et L’Afrique !